‹ Mémoires de GoetheChapitre 39 sur 189 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

motif que je croyais devoir ttre plus de son goût. Il se moqua de mes prétentions et m'assui'a que loin de chercher à comprendre le texte hébreu de l'Ancien Testament, je devais m"cstimer foit heureux si je parvenais à le lire. Pour lui prouve r qu'il se trompait, je m'appliquai de tout mon pouvoir. L'alphabet ne m'arrêta pas longtemps et je croyais que la lecture allait commencer, mais j "avais encore à me familiariser avec toute une armée de petits signes destinés à représenter les voyelles, ce qui metonna d'autant plus, que l'existence des voyelles est incontestable dans l'alphabet. J'appris en même temps qu'à l'époque où la nation juive avait des prophètes poètes, ces prophète» ne se servaient que de l'Alphabet. J"aurais voulu fah'e comme eux, mais mon maître me déclara que les plus savants hébraïsants pouvaient seuls arriver à lu*e sans le secours de ces signes, et qu'au reste, il fallait se conformer à la grammaire hébraïque, telle qu'on l'avait faitp pour les personnes qui veulent apprendre cette langue. Je me résignai et j'en fus bientôt récompensé, car je r.c tardai pas à traduire l'Ancien Testament. Ce travail me fournit le prétexte de demander des explications sur certains pass;iges qui m'avaient toujours paru contradictoires et inconséquents, tels que le soleil qui s'arrête à Galiaon, comme la lune le fait dans la vallée d'Ajalon. Le bon docteur s'opposa d'abord à ces digressions, puis il s'en amusa, sans me donner la moindre explication, car il n'interrompait ses petites toux sèches et ses rires creux^ que pour s'écrier de temps en temps : Le drôle de garçon ! oh ! le drôle de garçon i La chalem' avec laquelle je lui exposais mes doutes, finit cependant parle décider à me donner un guide qui put m'aider à approfondir des matières sur lesquelles la crainte de se compromettre, le forçait à garder le silence; ce guide étiit une grande Bible qu'il avait dans sa bibliothèque, œmTC remarquable contenant tous les livres de l'Ancien Testament, avec des commentaires aussi sages que satisfaisants. Cette œuvre avait pris naissance en

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Angleterre ; des théologiens allemands l'ont perfectionnée;, car en la faisant passer dans leur langue, ils y ont ajouté leurs commentaires à eux, et les raisons sur lesquelles ils les fondent.

Les événements extérieurs peuvent nous faire dévier tantôt à droite et tantôt à gauche, la nature nous ramène toujours sur la route qu'elle nous a tracée. Mes efforts pour apprendre la langue et pour saisir le véritable esprit de l'Ancien Testament, n'ont servi qu'à graver dans ma mémoire, l'image vivante des peuples primitifs, des événements qui les ont rendus si célèbres et de la terre tant vantée où ces événements se sont accomplis. J'avais compris que ce point de la terre, réunissait seul toutes les conditions nécessaires pour devenir le berceau de lespèce humaine, d'où devaient nous arriver les premiers vagues éléments de l'histoire des temps primitifs, car il fallait qu'une telle localité fût à la fois simple et propre aux pérégrinations, aux établissements les plus merveilleux, aliu que nous pussions facilement nous en faire une juste idée. C'est entre quatre fleuves, que, l'homme encore enfant, devf'^t, séparé du reste de la terre, développer par degrés ses facultés naissantes ; c'est là, qu'il devait apprendre à connaître par lui-même la destinée réservée à tous ses descendants, c'est-à-dire, que ces descendants étaient prt;(!rstinés à perdre le repos et le bonheur en aspirant au sa.X'.iir. Une fois le paradis perdu, les hommes se sont multip'its et corrompus. Peu accoutumés encore à la méchancet;; do ces nouvelles créatures de Dieu, les Elohim ' perdent patience et les exterminent dans une immense inondation. Dès que les eaux se sont retirées, la terre reçoit de nouveau le petit nombre d'hommes privilégiés qui ont échappé à la destruction de leur esp; ce. Sur les quatre fleuves du paradis terrestre, deux continuent à couler dans leur lit, et laissent de ce paradis, autant de traces

» Anges dont Moïse parle dans la Genèse, [^'o'.e du traducteur.)

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