‹ Mémoires de GoetheChapitre 4 sur 189 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ka naissance. — Le bien qui en résulte pour la ville de Francfort,

— La maison paternelle. — Jeux de ma première enfance. — Ma grand'mère. — Théâtre de marionnettes donné par elle à ses peiils enfants. — Notre rue. — Reconstruction de notre maison.

— On m'envoie à l'école. — Promenades dans Francfort avec mes petits camarades. — L'iiolel de ville. — Souvenirs du couronnement des empereurs d'Allemagne Cliarles VU et François l'^^ — Cérémonie caractéristique de Francfort conservée du moyen âge.

— Les artistes de Francfort. —Mode d'éducation adopté par mon père pour ma sœur et pour moi. — Ma mère. — Mes premiers essais en poésie. — Mes premières lectures. — La petite vérol*. me rend laid, ce qui me fait perdre l'affection d'une de mes tantes.

— Mon iirand-père. — Sa seconde vue. — Mes idées religieuses. Sacrifice offert au Dieu de l'univers. — Dégcàls causés par ce sacrifice.

Le îlS août 1749. je vins au monde, à Francfort-sur-le- Main^ pendant que Ib.orloge sonnait midi. La constellation était favorable, le soleil était dans le signe de la Vierge et culminait ce jour-là; Jupiter et Vénus le regardaient d"un air amical, Mercure ne lui était pas hostile, Satiunie et Mars restaient indifférents. Mais la Lune, alors dans son plein, exerçait avec d'autant plus d'énergie ïe pottvoir de sa réverbération, qu'elle venait d'entrer aans son neure

planétaire; aussi s'opposa-t-elle à ma naissance, qui ne put avoir lieu que lorsque cette heure se fut écoulée.

C'est sans doute à ces heureux auspices, que, plus tard, les astrologues firent valoir "très-haut, qu'il faut attribuer ma conservation ; car, grâce à la maladresse de la sagefemme, je ne donnai en naissant aucun signe de vie, et ce ne fut qu'après des efforts inouïs, qu'on parvint à me faire voir la lumière du jour. Cette circonstance, dont mes parents furent d'abord très-alarmés, devint favorable à mes concitoyens et à ceux de leurs enfants qui naquirent après moi ; car elle décida mon grand-père maternel, Johann Wolfgang Textor, qui était prévôt de la ville, à y établit un accoucheur et un cours pour l'instruction des sagesfemmes.

Lorsque nous cherchons à nous rappeler les événements de notre enfance, nous sommes exposés à confondre le souvenir des récits qu'on nous en a faits, avec celui qu'ils ont réellement laissé dans notre mémoire. Sans entrer, à ce sujet, dans un examen fort inutile, du reste, je dirai que nous habitions une vieille maison dont les chambres étaient indépendantes les unes des autres. Un escalier tournant conduisait aux étages supérieurs; et comme il n'y avait pas deux pièces de plain-pied, il fallait, à chaque instant, monter ou descendre des marches ; aussi, nous autres enfants, nous tenions-nous de préférence dans le vestibule. Cette pièce était trrs-vaste et se prolongeait jusque dans la rue, au moyen d'un grillage de bois placé en dehors de la porte d'entrée. En été, ces sortes de cages, dont la plupart des maisons de Francfort étaient munies, donnaient aux rues de cette ville un air tout à fait méridional. C'est là que les femmes venaient coudre ou tricoter et causer avec leurs voisines, les cuisinières y épluchaient leurs légumes, tout le monde s'y croyait libre, parce qu'on se sentait en communication directe avec le public. Lorsque jy venais jouer, j'avais presque toujours pour témoins de mes jeux, les trois MM. d'Ochsenstein, fils du défunt

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