LI\T\E IV
tent et exécutent les ordres avec une obéissance aveugle.
Les premiers hommes étaient d'abord intimement liés entre eux, mais leurs travaux ne tardèrent pas à les diviser. Le chasseur indépendant par excellence, développa le germe du guerrier et du conquérant. Le cultivateur qui, après avoir labouré la terre, construit des granges et des maisons pour conserver le fruit de son travail et abriter sa famille, ne pouvait manquer de nourrir un certain sentiment d'orgueil, car il comprenait qu'il posait la base fondamentale de toutes les idées d'ordre et de stabilité ; quant au berger, il jouissait de la plus grande part d'indépendance, et ses possessions, quoique passagères, s'étendaient à l'infini. Ces trois divisions de la société naissante, semblaient avoir pris à tâche de se mépriser et de se haïr mutuellement ; le laboureur, le citadin, avaient horreur du berger, qui les ha'issant à son tour, se renferme toujours davantage dans sa caste ; le chasseur disparait dans les montagnes et ne s'offre plus à nos regards qu'en qualité de guerrier et de conquérant.
Tous les patriarches étaient bergers. Leur manière de vivre sur l'immense océan des déserts et des pâturages, donnait de l'ampleur à leurs pensées; et la voûte étoilée du ciel qui se déployait sans cesse à leurs regards, épurait et élevait leurs sensations; aussi avaient-ils plus que le chasseur habile, plus que le laboureur casanier, besoin de la foi inébranlable en un Dieu, qui les guide dans leurs voyages, qui vient les visiter dans leurs tentes, qui les protège et les sauve quand un danger les menace. On ne sau- /ait cependant s'empêcher de dire, que malgré le charme naïf de la religion des patriarches, cette religion offre des traits de barbarie et de cruauté à l'aide desquels l'homme peut se relever ou se perdre. Il est naturel que le sang d'un ennemi apaise la haine qu'on lui portait, et il n'y a rien de surprenant dans l'idée d'apaiser les Dieux et de se les rendre favorables en leur immolant des animaux, mais la manière d'otTrir ces sacrifices a quelque chose de.
révoltant; car quel que fût le nombre des victimeS;, il fallait les couper en deux, poser une moitié à droite et l'autre à gauche^, et laisser entre ces chairs palpitantes, un sentier ensanglanté sur lequel marchait l'élu de Dieu, qui se proposait de contracter alliance avec lui. Une autre particularité merveilleuse et prophétique, jette son reflet terrible sur ce monde si jeune et si beau, c'est que tout être vivant consacré à Dieu, levait nécessairement lui être immolé. Les craintes supei'stitieuses ou une reconnaissance exagérée, ont souvent donne lieu h de semblables consécrations, qui ont fait d'enfants innocents, des victimes expiatoires de la démence de leurs pères. Abraham n'a pas trouvé dans son âme de patriarche, la pensée d'un aussi atroce genre d'adoration ; mais l'Etemel, qui pour éproin^er les hommes, se montre parfois animé des mauvaises passions dont ils osent le croire susceptible, lui ordonne de sacrifier son fils comme gage de la nouvelle alliance qu'il va contracter avec lui. L'aveugle soumission d'Abraham ne connaît pas même d hésitation, il va obéira l'instant, mais la volonté suffit à Dieu. Abraham n'a plus d'épreiwe à subir, car que pouvait-il ajouter à ce qu'il vient de faire? A la mort de Sara, il lui achète une tombe, c'est pour la première fois qu'il éprouve le désir de la propriété, et la manière dont il le satisfait, est une allégorique prise de possession de la terre de Canaan, car cette tombe de Sara doit aussi devenir la sienne et celle de tous ses descendants. Le mariage d'Isaac ouvre une longue suite de scènes de famille du plus haut intérêt. Le sage Eléasar, chargé d'aller chercher une femme poin* le tus de son maître, commence par éprouver les jeunes filles qu'il voit à la fontaine afin d'amener la véritable future que Dieu destine au fils d'Abraham. Rébecca ne s'empresse pas seulement de lui olfrir à boire, elle abreuve aussi ses chameaux sans qu'il l'en ait priée ; c'est elle qui doit être la compagne d'Isaac, et elle le devient en effet; mais dans ce ménage, comme dans celui d'Abraham, les enfants se font longtemps attendre.