LIVRE IV
Rébecca se trouve enfin dans un état béni, et la discorde que nous avons vue régner dans la tente d'Abraham, eiitre deux mères et leurs deux enfants, éclate dans celle d'Is tar:, entre deux enfants que Rebecca porte à la fois dans son lein. Là, déjà, Esaû et Jacob ne cessent de lutter pour lécider, s;;ns doute, à qui naitra le premier. Esaù l'emporte, le droit d'aînesse lui est acquis; Jacob, le bien-aimé de la mère, trouve le moyen de se faire céder ce droit ; < t par une autre ruse, il prive son frère de la bénédiction paternelle. La colère d'Esaû éclate enfin; Jacob prend la fuite et va chercher fortune dans le pays de sa mère.
Il faut se rapi>eler ici que les saintes Écritures n'ont pas voulu nous donner des modèles de vertu en nous racontant la vie des patriarches et de tous ceux qui ont été favorisés par l'Éternel ; ils n'étaient que des hommes sujets aux défauts et aux faiblesses de leur nature ; une seule vertu leur était absolument indispensable, et cette vertu, c'était la foi, c'est-à-dire la conviction inébranlable, que Dieu s'occupait toujours spécialement d'eux et des leurs. La religion naturelle, ainsi que je l'ai déjà dit, se borne a la certitude que tout ce qui existe est dirigé par un être créateur, ordonnateur et tout-puissant. Si le cours des événements nous fait parfois perdre de vue l'intervention immédiate de cet être suprême, le cœur et la pensée nous y ramènent toujours. Il n'en est pas de même d'une religion révélée, car elle repose entièrement sur la foi, que le ph;s léger doute détruit à jamais. On peut revenir aune conviction, on ne revient jamais à la foi. Si on nous parie si souvent des épreuves auxquelles l'Éternel a soumis les patriarches, c'est pour nous donner une juste idée de leur foi héroïque. Soutenu par cette foi, Jacob commence sa pérégrination. Ses ruses ne nous ont pas tout d'abord disposés en sa faveur, mais il ne tarde pas à nous intéresser par son amour pour Rachel. Après avoir servi sept ans pour l'ob tenir, son beau-père, qui le surpasse en perfidie, le trompe et met dans son lit la sœur de Rachel, puis il lui donne en-
fin sa bien-aimée, à la condition quïl le servira sept ans encore. Devenu le mari de deux femmes^ son bonheur est loin d'être sans nuages; l'épouse adorée est stérile, l'autre seule lui donne des enfants. Rachel, imitant l'exemple de Sara, devient mère par l'intervention d'une servante; Lia en fait autant; et voilà Jacob mari de quatre femmes et le plus malheureux des hommes, car si trois de ses femmes lui donnent des enfants, la plus chérie de toutes, reste encore stérile. Dieu exauce enfin la prit-re de Rachel, il lui donne un fils; ce fils, c'est Joseph. Après avoir retenu son gendre quatorze ans à son service, Laban, qui ne voudrait pas perdre un serviteur si utile, se décide enfin à lui donner une part de ses troupeaux. Il se réserve tous les agneaux blancs qui naîtront ; les tachetés, dont le nombre est toujours trèsminime, seront pour Jacob qui s"en contente, car il saura faire tourner cette condition à son profit. Un très-mauvais mets lui a valu le droit d'aînesse; un déguisement fort peu ingénieux, lui a fourni le moyen de subtiliser la bénédiction paternelle; un artifice basé sur les secrètes sympathies de a nature, lui livre presque tous les agneaux de son beaupère. C'est ainsi que Jacob se montre le digne père du peuple d'Israël, et devient, pour tous ses descendants, un modèle à imiter. Le résultat de l'artifice de son gendre a irrité Laban ; pour se soustraire à sa colère, Jacob fuit avec son avoir et sa famille; et c'est encore par une ruse adroite qn il échappe à la poursuite de son beau-père. Rien ne semble plus manquer à ses vœux, car Rachel va devenir mère une seconde fois, mais elle meurt en donnant le jour k un fils qui reçoit le nom de Renjamin. Rientôt un nouveau malheur vient frapper le patriarche ; c'est la disparition de Joseph, qu'il croit dévoré par les bétes féroces.
Mes lect-^urs me demanderont peut-être, pourquoi je leur raconte des faits que tout le monde connaît ; c'est que