‹ Mémoires de GoetheChapitre 50 sur 189 · LIVRE V. m · texte numérisé non relu

LIVRE V. m

Pendant le tnijet de notre retour à Francfort, il me piirîa du gouvernement de notre ville, en homme qui paraissait en avoir fait une étude consciencieuse. En nous séparant, il me dit qu'il s'estimerait heureux s'il avait pu m'interesser en sa tV.veur, parce qu'il se proposait de réclamer ma protection. Je ne savais ce qu'il voulait médire, les cousins me l'expliqi>àrent en m'apprenant qu'il désirait un emploi vacant en ce moment, et que je pouvais lui faire obtenir sans peine, puisqu'il était à la nomination de mon grandpère. Je commençai par m'excuser, car je ne m'étais jamais mêlé de semblables affaires; ils insistèrent et jefmi.s par céder, car je me rappelai que, dans la nomination des emplois, où la faveur ne devrait être pour rien, les prières de ma mère ou d'une de mes tantes, n'étaient jamais restées sans etiet; et je me croyais assez gi-and garçon, pour avoir à mou tour quelque influence sur l'esprit de mon grand-père. Un dimanche que je me trouvais seul avec lui dans son jardin, je m'armai de courage et je lui présentai la demande de mon protégé. Il la parcourut des yeux et me demanda si je comiaissais le pétitionnaire; je lui répétai tout ce que les cousins m'avaient dit sur son compte.

— S'il est vrai qu'il a du mérite et de bonnes moeurs, je lui accorderai la place qu'il désire par rapport à lui et par amour pour toi.

Il ne m'en dit pas davantage, et ce ne fut que plus tard que je connus le triste résultat de cette affaire. '

Vers la fin de l'été, je m'aperçus que Gretchen, au lieu de filer, s'occupait à des travaux d'aiguille aussi éléi^ants que délicats; et lorsque j'arrivais dans la journée,\lle n'était jamais chez elle et personne ne jugeait à propos de me dire où elle était. Ce changement dans ses habitudes m'mquiéta beaucoup ; le hasard ne tarda pas à m'en donner l'explication. Préoccupée d'une toilette de bal, ma sœur me pria d'aller chez sa marchande de modes chercher quelques fleurs artificielles dont elle avait besoin. En en-

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traiit dans le magasin où je l'avais acconipagn'-e plus d'une fois, j'aperçus une jeune personne qui, à travers les dentelles d'un élégant bonnet et les plis d'une mantille de soie, me parut jeune^ jolie et bien faite; je ne doutai point qu'elle ne fût attachée au magasin, puisqu'elle posait des plumes et des rubans sur un joli petit chapeau. La maîtresse me présenta un carton rempli de ces fleurs qu'alors on appelait fleurs d'Italie, qui se fabriquaient dans les couvents. Je les regardais à peine, la jeune fdle m'occupait exclusivement, car elle ressemblait à Gretchen au point que je finis par soupçonner que ce pouvait être elle-même ; ce soupçon devint bientôt une certitude, car elle me fit un signe d'intelligence pour m'avertir qu'il ne fallait pas avoir l'air de la connaître. Mon trouble m'avait fait oublier quelles fleurs il fallait prendre ; au reste, je prolongeai volontairement mon hésitation, puisqu'elle me permettait de rester près de ma bien-aimée dont le déguisement me peinait et me charmait en même temps, car elle me paraissait plus belle que jamais. La patience échappa enfin à la marchande de modes; fermant brusquement le carton, elle ordonna à une servante de le porter chez ma sœur afin qu'elle pût choisir elle-même ; c'était presque me mettre à la porte, il fallut partir. En arrivant à la maison, mon père m'apprit que l'élection et le couronnement de l'archiduc Joseph, ne tarderaient pas à avoir lieu. Pour me mettre en état de voir avec fruit une aussi grande solennité, il me fit lire devant lui les relations des deux derniers couronnements, et la capitulation que les empereurs sont forcés de signer avant d'être proclamés par les électeurs. Cette lecture se prolongea bien avant dans la nuit et me priva du plaisir d'aller voir ma bien-aimée, dont la gracieuse image vint à chaque instant se mêler aux faits les plus respectables du saint-empire romain. Le lendemain il me fallut recommencer ce travail, et ce ne fut qu'à la fin au jour que je trouvai le moment de m'échapper pour me rendre chez Gretchen. Elle avait repris son costume

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