‹ Mémoires de GoetheChapitre 51 sur 189 · LIVRE V. Hà · texte numérisé non relu

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liabilucl. ^pri^'s m'avoir accueilli en souriant, die dit à ses codsMis qu'ils avaient eu tort de vouloir me l'aive un myst<M'e du parti simple et naturel quelle avait pris. Puis elle me raconta que notre conversation sur les moyens par lesquels chacun de nous espérait se faire un bel avenir, lui avait suggéré l'idée d'utiliser son talent pour les Iravaux d'aiguille ; qu'elle s'était placée chez une marchande de modes à des conditions très-favorables ; qu'elle ne se parait que dans le magasin, du costume élégant auquel cette place l'obligeait et qui ne convenait nullement à sa position chez sa tante. Cette explication ne me tranquillisa pas complètement, l'idée qu'une aussi belle enfant passait toutes ses journées dans un lieu fréquenté par le monde galant, me fit connaître cous les tourments de la jalousie.

On avait de nouvelles commandes pour des poésies de circonstance, et nous nous mîmes aussitôt à l'œuvre; je dis nous, car le plus jeune des cousins s'était fait mon élève, afin de me remplacer quand je serais parti pour l'université, ce qui ne pouvait manquer d'arriver bientôt. Il avait de l'intelligence, mais pas le moindre instinct poétique, ce qui ne l'empêchait pas de faire les poëmes commandés. J'avais plus de peine à les corriger que je n'en aurais eu à les faire, mais Gretchen, qui assistait toujours à ce travail et qui, parfois même, donnait ses avis, me le rendait agréable. Malheureusement, des poëmes ainsi composés n'avaient pas un très-grand mérite, notre vogue diminua et, par conséquent, la splendeur de nos festins ; nous eûmes même la douleur de voir une de nos poétiques lettres de change, revenir avec un protêt formel. Nous nous en cons lûmes en nous moquant du mauvais goût de notre chalan '. Pendant que je m'abandonnais ainsi au bonheur de pass : toutes mes soirées auprès de ma bien-aimée, la diète qui, au mois d'octobre 1763, avait été convoquée à Augsbourg, fut transférée à Francfort pour y consacrer le reste de l'année et le commencement ;-^ i^'-nTiéo suivante aux travaux pré-

paratoires de l'élection et du couronnement de 1 empereur. L'arrivée des, électeurs fut précédée par un cérémonial tout à fait nouveau pour nous autres jeunes gens. Un des employés de notre chancellerie, monté sur un grand cheval, escorté par quatre trompettes également à cheval , et entouré d'une nombreuse garde à pied, traversa la ville et s'arrêta à chaque coin de rue où il fit, à haute voix, la lecture d'un édit qui, dans un style fort prolixe, proclamait ce que tout le monde savait déjà , et qui recommandait aux bourgeois une conduite grave, et digne du grand événement dont ils allaient être témoins. Bientôt après le quartier maître de l'Empire vint , suivant l'antique usage , préparer les logements des ambassadeurs et de leur suite. Ces messieurs nous causèrent beaucoup plus d'embarras que jamais les Français ne nous en avaient donné. Le premier étage de notre maison fut occupé par un seigneur du Palatinat électoral, et le second par lebaron de Kœnigsthal, représentant de la ville de Nuremberg. Le peu de place dont nous pouvions disposer chez nous, me fournit l'occa* sion de consacrer tout mon temps à aller voir, avec mes amis, ce qui se passait de curieux dans la ville. Après avoir admiré les nouvelles dispositions des salles de Ihôtel de ville, et assisté, le 16 février 1764, à l'arrivée des ambassadeurs, nous eiimes le plaisir de voir l'entrée solennelle des commissaires impériaux , qui se lit avec beaucoup de pompe. La dignité gracieuse du prince de Lichtenstein, nous impressionna agréablement. Des connaisseurs nous assurèrent que les livrées dont la richesse noujéblouit, avaient déjà servi dans quelque grande occasion, d'où ils conclurent que ce couronnement serait loin d'égaler en magnificence celui de Charles VII; cela ne nous empêcha pas de trouver tout ce que nous voyions aussi beau qu'intéressant. L'assemblée des électeurs fut enfin fixée pour le 3 mars suivant. Dès ce moment , le cérémonial des visites que les ambassadeurs commençaient à se f;>ire réciproquement, me tint sur pied tout le jour , et

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le soir j'écrivais ce que j'avais vu et observé. Mon père et le baron de Kœnigstlial, m'avaient imposé ce devoir, afin d'avoir des détails sur l'extérieur des événements qui chanf^eaient chaque jour d'aspect et de caractère. Parmi les personnages qui m'impressionnaient le plus , jo nommerai d'abord le baron d'Erthal^ premier ambassaileur de l'électeur de Mayence. Son extérieur cependant n'avait rien de remarquable, mais la grande robe noire garnie do dentelles dont il était constamment vêtu, lui allait si bien, que je le voyais toujours avec un plaisir nouveau; Le second ambassadeur du même électeur , me plaisait à cause de sa belle taille, de sa bonne mine et de ses manières aisées qui annonçaient un homme de coiu". Le prince Esterhazy, ambassadeur de la Bohême , était petit, mais bien lait ; il joignait à la vivacité d'esprit, la distinction des manières, et ses allures avaient un parfum de grand seigneur sans aucun mélange d'orgueil ou de roideur; je l'aimais surtout parce qu'il me rappelait le digne maréchal de Broglie, Malgré le mérite de ces messieurs , ils cessaient d'occuper la foule, dès que le baron de Plotho , ambassadeur de Brandburg , paraissait devant elle. Sa personne n'avait pourtant rien de saillant, si ce n'étaient ses petits yeux noirs et étincelants ; une parcimonie affectée régnait dans son costume etdansses équipages. Pendantla guerre de Sept ans, il s'était acquis la réputation d'un héros, sans pourtant avoir suivi d'autre carrière que celle de la diplomatie. Lorsqu'à la diète deRatisbonne.le notaire impérial, accompagné de plusieurs témoins, s'était rendu chez lui pour lui signifier que son roi avait été mis au ban de l'Empire , le baron, au lieu de l'écouter, le prit par le bras , le mit à la porte et le fit tomber du haut en bas de l'escalier. Cet oubli des convenances causé par l'indignation de l'insulte qu'on avait osé faire à son maitre, l'avait placé si haut dans l'estime publique, qu'il ne pouvait se montrer sans recevoir des témoignages d'approbation; peu s'en fallut qu'à Francfort , où il y avait alors des Allemands de toutes les con

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lTéc9,. on ne le saluât par des applaiulissements e*. dt\sviv?î Les scènes qui se passaient devant moi m'intéressaienl d autant plus, que je découvrais dans chacune d'elle-? liïitention dé ressusciter, ne fût-ce que pour un instant, Faiicien empire germanique, enseveli sous le poids des parchemins avec lesquels on avait voulu le consolider. Je reconnus en même temps que les pouvoirs qui se trouvaient en face les uns des autres , ne s'accordaient que pour diminuer le pouvoir du nouveau monarque, et qu'ils ne s'applaudissaient de leur influence que lorsqu'elle servait leurs propres intérêts. Au re«te, jamais encore les électeurs ne s'étaient montrés si défiants; ils avaient sans doute déjà le pressentiment des réformes que Joseph devait opérer un jour. Sur un degré moins élevé de l'échelle sociale, je vis mon grand-père et tous les magistrats de la ville, de recevoir et rendre tant de visites, qu'ils ne s'appartenaient plus ; et au milieu de cette fatigante et perpétuelle représentation , ils avaient à se défendre contre les empiétements par lesquels, dans ces sortes d'occasions, chacun cherche à augmenter son autorité aux dépens de celle de son collègue ou de son supérieur; en un mot, tout ce que j'avais lu dans les chroniques de Lersner, vivait et s'agitait sous mes yeux. Peu à peu la ville fut encombrée de hauts personnages , dont la plupart n'avaient pas été appelés officiellement. En vain les magistrats cherchaient-ils à faire valoir les stipulations de la ivalle d'or, les souverains avaient placé sous leur protection spéciale, non-seulement les ambassadeurs , les envoyés et leurs suites, mais encore une foule de curieux ; aussi les magistrats ne savaient-ils plus au juste à qui ils devaient réellement un logement. Cette incertitude fit naître des luttes et des querelles qui mirent tout le monde de mauvaise humeur. Nous autres jeunes gens aussi, nous n'étions pas toujours satisfaits. Les manteaux espagnols et les chapeaux à phuiies des ambassadeurs et plusieurs autres costumesproscrits de la vie ordinaire, n'étaient pas sans

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