LIVRE V
bourgeoises qui cherchaient à empêcher le peuple d'encombrer la roi.te du cortège. Le son des cloches et le tonnerre des canons, ne tardèrent pas à m'avertir que j'allais voir enfin un tableau plus imposant et très-flatteur pour un entant de Francfort , car la souveraineté de cette ville ouvrait, pour ainsi dire, la route à toutes les autres sou^ erainetésqui allaient passer sous nos yeux. Le premier personnage que nous vimes paraître, était l'écuyer de Francfort , suivi d'un grand nombre de chevaux de selle magnifiquement harnachés et couverts de chabraques ornées d'aigles blancs sur champ rouge, c'est-à-dire, dos ;;vmes de la ville. L'écuyer fut suivi de près par les députas que le sénat avait envoyés au-devant du chef de l"Emp!ii' ; ils marchaient au milieu d'une musique bruyante et cie nombreux valets de pied vêtus de la livrée dda ville. Trois compagnies de la garde bourgeoise à cheval terminaient cette reprt'sentation de notre souveraineté , dont chacun de nous s'attribuait personnellement une petite part. La suite du connétable de l'Empire et des six électeurs laïques, représentés par des ambassadeurs , s'avança à pas lents; chacune d'elles se composait de deux carrosses de parade, au moins, et d'une vingtaine de valets de pied. La suite des électeurs ecclésiastiques était tellement nombreuse , que les yeux et la pens Je s'y confondaient ; tout ce que j'ai pu remarquer, c'est que la suite de l'électeur de Mayence était , à elle seule, plus considérable que les deux autres. La suite de l'empereur devait nécessairement les surpasser toutes; aussi était-il impossible de compter les valets de pied, les écuyers et les chevaux de main qui précédaient les seize carrosses de gala à six chevaux , dans lesquels on voyait les chambellans, les conseillers intimes les chanceliers , le grand écuyer et le grand maître de la cour de l'empereur; cependant, ce n'était encore là qu'un début. Les rangs se concentrèrent, la dignité et la splendeur allaient tnijours en augmentant. Les ambassadeurs des électeurs absents elles électciU's ecclésiastiques, passèrent,.
d'après le règlement des rangs, dans leurs magnifiques carrosses , entourés par les principaux officiers de leur maison, presque tous à pied. Immédiatement après i'électeur de Mayence , arrivèrent dix coureurs impériaux, quarante et un laquais et huit heiduques; puis l'empereur et son fds parurent dans un carrosse entouré de glaces de tous côtés, orné de laque, de peintures, de sculptures et de ciselures, d'une beauté incomparable. L'intérieur était garni de velours rouge brodé d'or. Malgré le vif intérêt que m'inspiraient les deux Majestés, je ne pus m'empêcher de Jeter un regard d'admiration sur les chevaux et de surprise sur les deux cochers qui conduisaient à cheval , et qui, avec leur habit de velours jaune et noir , et leurs immenses panaches sur la tète , avaient l'air de sortir d'un autre monde. Tout ce qui suivait ce carrosse était si nombreux et, par conséquent, si pressé, qu'on ne pouvait plus rien distinguer. Je me souviens cependant que les gardes suisses, le grand connétable, l'épée nue à la main, les maréchaux de l'Empire à la tête des gardes du corps et des pages, entouraient le carrosse, et que finalement on vit apparaître les hallebardiers avec leurs habits de velours noir à grandes basques, leurs hauts-de-chausses rouges , et leur justaucorps d'un brun clair. Fatigué de regarder, j allais me retirer de la fenêtre, lorsque j'aperçus nos magistrats dans quinze voitures à deux chevaux. Dans la dernière, ou voyait les clefs de la ville posées sur un coussin de velours rouge ; une compagnie de nos grenadiers escortait ces clefs, et fermait !o cortège. La société dont je faisais partie voulut se procurer le plaisir de voir l'empereur et les siens revenir de la cathédrale. Les cérémonies d'usage qui devaient précéder le couronnement, nous donnèrent le temps de profiter de la délicieuse collation qu'on venait de nous servir, et nous bûmes à la santé du jeune roi , et du vieil empereur. Quelques personnes âgées qui se trouvaient parmi nous, prétendirent que le couronnement du père avait été embelli par un certain intérêt de cœur, qui