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manquait à celui du fils, cet intérêt était dû à la présence de Marie-Thérèse. Quoique déjà fort avancée dans sa t,rossesse, elle s'était mise en route pour venir voir couronner son mari. Cette preuve de courage et d'amour conjugal, lui avait valu, à Francfort, un accueil très-flatteur. L'enthousiasme qu'elle inspirait fut encore augmenté lorsqu'on la vit debout sur un balcon, battre des mains au moment où son mari passait pour se rendre à la cathédrale : c'est que pour aimer les grands delà terre, le peuple a besoin de les voir sous des formes semblables aux siennes, c'està-dire en époux aimants , en tendres parents , en amis dévoués. Le beau jeune homme qui venait d'être proclamé roi d'Allemagne, et qui par ses hautes facultés intellectuelles avait déjà attiré sur lui l'attention du monde , était, pour les témoins du couronnement de son père, la réalisation des vœux qu'alors ils avaient formés en faveur de Marie-Thérèse. Lorsque le cortège revint de la cathédrale, il était moins long, et par conséquent plus facile à graver dans la mémoire.
J'avais promis à Gretchen, de lui rendre compte de tout ce qui se passerait avant et pendant le couronnement; je courus donc chez elle, dès qu'il me fut possible de disposer d'une soirée. J'y trouvai quelques inconnus au milieu des habitués, tout le monde jouait aux cartes, Gretchen et le plus jeune des cousins vinrent seuls me tenir compagnie. La charmante jeune fdle me remercia si gracieusement de toutes les cartes d'entrée que je lui avais fait parvenir par Pylade, que minuit sonna avant que j'eusse songé à me retirer. Alors seulement je me souvins que je n'avais pas la clef de la maison, et qu'il m'était impossible de rentrer chez moi. Gretchen nous proposa de passer ensemble le reste de la nuit ; et comme les cousins ne savaient où loger les étrangers qui, ainsi que moi, ne pouvaient plus rentrei' chez eux, ils acceptèrent la proposition et prièrent la jeune fille de nous . faire du café. Cette liqueur nous tint éveillés pendant auelques heures, puis le sommeil
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nous surprit les uns après les autres. J'occupais l'embrasure d'une croisée; Gretchen était prèsde moi; nous causions d'abord à voix basse, mais cédant bientôt au besoin de dormir, elle laissa tomber sa tête charmante sur moii épaule, et je me trouvai seul éveillé et dans une positio;) où le calme ne devenait possible que par l'intervention da bienveillant frère de la mort, cette intervention ne se f.t pas longtemps attendre et je m'endormis à mon tour. Lorsque je m'éveillai, il faisait grand jour, Gretchen était debout devant une glace et rajustait son petit bonnet ; ja mais je ne l'ai trouvée plus aimable; au moment où je pris congé d'elle, elle pressa affectueusement mes deux mains. En rentrant à la maison, je pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas être aperçu par mon père ; j'y réussis, grâce à ma bonne mère dont l'intervention m'a toujours été si douce.
Pendant les préparatifs du couronnement, je fus présenté à plusieurs illustres personnages, mais alors personne n'avait le temps de s'occuper d'autre chose que de soi-même. Au reste, les hommes d'un certain âge savent rarement s'entretenir avec un adolescent, de mon côte j'étais peu habile à leur faciliter cette tâche ; aussi ni'accordaient-ils leiu' faveur, mais jamais leur approbation. Sans cesse préoccupé de ce qui me plaisait, je m'occupais fort peu de ce qui pouvait plaire aux autres, et j'importuniiis ceux dont les allures m'attiraient, tandis que je devenais rétif avec ceux dont le caractère me repoussait, ce qui faisait dire à tout le monde, que si je possédais quelqiicr dispositions, j'avais encore plus de bizarrerie.
Le jour du couronnement, c'est-à-dire, le 3 avril ITGi, parut enfin; le temps était favorable. J'avais obtenu pour moi et mes amis, une place dans les mansardes de l'hôtel de ville, d'où nous pouvions voir dans une perspective ornithologique les préparatifs que la veille nous avions examinés de près. Ici une belle fontaine surmontée de l'aigle à ûeu\ tètes, dont un bec devait verser au public
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du vin rouge et l'autre du vm blanc^ là un immense amaâ d'avoine adroitement entassée^ plus loin une baraque où rôtissait un bœuf entier. Tous les passages qui conduisaient à la fontaine^, à l'avoine et à la baraque étaient soigneusement gardéS;, le reste de la place était rempli par une foule silencieuse. Tout à coup elle fut prise d'un frémissement religieux, car le tocsin sonna. Au même instant les députés d'Aix-la-Chapelle et de Nuremberg passèrent dans de magnifiques carrosses où les insignes impériaux qu'ils portaient à la cathédrale, occupaient la place d'honneur. Les trois électeurs ecclésiastiques les suivaient de près ; et dès que l'électeur de Mayenee eut reçu la couronne et l'epée, il les fit porter chez l'empereur. Pendant que cette cérémonie et plusieurs autres s'accomplissaient à la cathédrale, nous vîmes les ambassadeurs arriver à l'hôtel de ville. Bientôt après un détachement de sous-oftlciers en sortit portant un superbe dais à la demeure impériale. Le grand connétable le suivit à cheval ainsi que les ambassadeurs également à cheval et aussi magnifiquement vêtus que le jour de l'entrée des deux monarques. Nous aurions bien voulu les suivre chez leurs Majestés, mais on ne peut pas être partout, et nous nous bornâmes à nous raconter ce qui allait se passer. Maintenant, dimes-nous, on fait endosser au nouveau roi d'Allemagne des habits nouveaux taillés sur le patron du costume des rois de la race carlovingienne ; les insignes de l'Empire sont remis aux grands dignitaires qui vont monter à cheval avec ces précieux bijoux, l'empereur et le roi vont enfourcher leurs coursiers. Pendant que nous parlions ainsi, une longue suite de valets, de nobles, d'ambassadeurs et de dignitaires delà cour impériale, nous annoncèrent l'approche des deux souverains. La beauté des chevaux, la singularité et la magnificence des cosliunes, la splendeur du dais porté par douze échevins, l'air vénérable du père, les grâces du fils, tout cela formait un tal>leau auquel mes yeux et ma pensée ne pouvaient plus sutiire. Le cortège tout entier disparut dans la cathédrale ;
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je m'occupai peu de ce qui allait s'y passer, car il y avait là, parmi les spectateurs, des personnes qui s'étaient chargées de me faire un récit détaillé de la cérémonie du couronnement, et surtout de celle qui devait faire du nouveau roi d'Allemagne, un chevalier. Les scènes de la place publique devenaient toujours plus intéressantes : on venait d'y construire une espèce de pont en planches, sur lequel l'empereur et sa suite devaient passer en sortant de la cathédrale. J'avais déjà vu les deux Majestés en carrosse et à cheval, je me faisais une fête de les voir à pied, car cette manière de se transporter d'un lieu à un autre étant la plus naturelle, devait, selon moi, être la plus imposante. A peine le son des cloches eutril annoncé la fin de la cérémonie religieuse, que le cortège commença à défiler sur le pont, qu'on avait couvert de tapis de draps rouges, jaunes et blancs. Du point élevé où j'étais placé, les ambassadeurs, les électeurs, l'empereur, son fils et toute leur suite, ne semblaient faire qu'une seule masse, mue par une seule volonté ; et comme cette masse étincelait d'or et de pierreries, et qu'elle sortait du temple au son des cloches, elle nous pénétrait de ce respecmêlé de terreur, qu'on sent toujours pour les choses sacrées. Les solennités religieuses et politiques en même temps, ont un attrait particulier, car si la majesté terrestre nous apparaît avec les symboles de sa puissance, nous la voyons en môme temps se prosterner devant la majesté divine ; ce qui met toutes les grandeurs mondaines à notre niveau, puisque ces grandeurs aussi n'ont d'autre moyen de constater leur parenté avec la Divinité, que la soumission et l'adoration.
On avait annoncé plusieurs jours d'avance, que le pont en planches ne serait pas, comme à l'ordinaire, mis en pièces par le peuple, parce qu'au dernier com'onnement il en était résulté des accidents fort graves, mais comme on ne voulait pas le priver entièrement d'un plaisir consacré par les siècles, on leva, immédiatement après le pas-