‹ Mémoires de GoetheChapitre 61 sur 189 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Ce que jeunesse désire, vieillesse rt CD abondance.

PaoVERBE ALLEJIAtVD.

Mon père me donne un gouverneur qui devient mon ami et mon confident. — Il me rassure sur le sort deGretchen et me guérit de mon amour pour elle. — Je fuis les hommes et je ne me promène que dans les forêts. — Je cherche à dessiner d'après nature. — Ma sœur.

— Elle me ramène dans le monde. — La société qu'elle s'est créée.

— Les jeunes poètes qui en font partie. — Leurs travaux et les miens. — Nos amusements. — Mon père se dispose à m'envoyer à l'université de Leipzig. — Le plan d'études qu'il me trace. — Mon plan à moi et mes brillantes espérances. — Départ pour Leipzig, et accident qui m'arrive en route. — Leipzig. — Les professeurs de cette université. — La vie des habitants et celle des étudiants. — Ma garde-robe. — Mes relations de société et de plaisirs. — Mes études.

Pendant que je faisais ainsi tout ce qui dépendait de moi pour retarder ma guérison, je trouvais de nouveaux sujets de mécontentement dans le soin avec lequel on me surveillait, car je ne pouvais jamais lire le moindre papier cacheté qui m'était adressé, sans qu'on* clierchàt à en deviner le contenu sur mon visage, ce qui me fit croire que les cousins, Pylade, peut-être Gretchen elle-même^ cherchaient à me donner de leurs nouvelles, et je me perdis do nouveau dans les suppositions les plus bizarres. Dès que

je fus un peu remis, on plaça près de moi un observateur spécial ; heureusement on avait fait choix d'un homme que je connaissais et que j'estimais depuis longtemps. Je commençai par lui faire l'aveu complet de toutes mes relations avec Gretchen et ses cousins ; il me confia, en échange, le nom des trois jeunes gens de bonne famille qui, égarés par de mauvais conseils et par de mauvaises connaissances, avaient débuté par des mystifications téméraires, des délits contre les règlements de police, et qui avaient fini par des escroqueries et des faux en écritures. Les cousins les sonnaissaient, mais ils n'avaient jamais pris part à leurs crimes. Il n'en était pas de même du jeune homme que j'avais fait placer par mon grand-père. Il n'avait sollicité cette place que pour avoir le moyen de faire des dupes, et ce fut à cause de lui que j'avais été soupçonné un instant d'avoir été un de ses complices. Comme je n'avais pas caché à mon nouvel ami mon amour pour Gretchen, je le priai de me du'e ce qu'elle était devenue.

— Tranquillisez-vous, me dit-il en souriant, on n'a pas le plus léger tort à lui reprocher, et c'est volontairement qu'elle a quitté notre ville, dont elle a emporté les certificats les plus fiattenrs. (Juant à ses rapports avec vous, on sait maintenant qu'ils n'ont rien eu que de très-honorable. J'ai lu les déclarations qu'elle a faites à ce sujet, et qu'elle a signées.

— Eh ! qu'a-t-elle signé, qu'a-t-elledit?m'écriai-je.

— Puisque vous voulez le savoir, je vous le dirai. Je ne saurais nier, a-t-elle répondu quand on lui a parlé de vous, que je l'ai vu souvent et avec beaucoup de plaisir ; c'est un charmant enfant que j'ai aimé avec toute la tendresse 'l'une sœur, je lui ai toujours donné de bons conseils, et ;'ai souvent empêché de prendre part à des espiègleries (j'iii auraient pi: hn atth'er des désagréments.

Mon ami continua à faire parler Gretchen en véritable

blitutrice ; mais je ne l'écoutais plus. J'étais si offense de

que, dans un acte authentique, elle m'avait traité d'en-

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