‹ Mémoires de GoetheChapitre 66 sur 189 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

SOMMAIRE

Le libraire Breitkopf. — ittat de la littéialure allemande. — î.es rleux et les jeunes littérateurs. — Je continue à me livrer à la poésie avec quelques amis de mon âge. — Nos réunions. — Mon amour pour Annette. — Mes opinions religieuses. — Le catholicisme et le protestantisme. — Gellert. — Vers et œuvres dramatiques que je comjiose pendant mon séjour à Leipzig. — Je m'éloigne de plus en plus du plan d'études de mon père. — Aventure fâcheuse arrivée à un de mes amis.

On a tant écrit sur la littérature allemande de cette époque, que tous ceux qui y prennent quelque intérêt, ne peuvent manquer d'être suffisamment instruits à ce sujet; je n'en parlerai donc que par rapport à son influence sur mon individualité; et je commencerai parles deux plus cruels ennemis de toute existence agréable , de toute poésie moderne et vivante, c'est-à-dire, par la satire et la critique. Dans les époques de paix et de calme, le bourgeois, après avoir rempli sa laborieuse journée, cherche un plaisir qui lui sourie ; il doit donc aussi être permis à l'auteur qui publie le travail utile qu'il vient de finir, d'en espérer, sinon du profit, du moins des éloges. La satire trouble le repos du bourgeois, la critique mine dans sa basé celui de l'auteur. L'époque littéraire de ma première jeunesse était sortie, par opposition, de celle qui l'avait précédée. Presque toujours envahie par des nations étrangères et forcée d'employer leurs langues, l'Allemagne n'avait pu cultiver la sienne, à laquelle s'étaient mêlés insensiblement une foule de mots étrangers. Le bon sens national ne tarda pas à faire justice de cet abus, dont un autre surgit presque aussitôt; c'est que tout auteur qui

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n'employait que des expressions purement allemandes. croyait par là son œuvre parfaite. Un jeune écrivain nommé Liskovv, hardi et doué d'un esprit satirique, attaqua personnellement les auteur? qni voulaient que le public admirât leurs platitudes, parce qu'elles étaient écrites en véritable allemand. Sa mort prématurée, lui valut une réputation au-dessus de son mérite, en le plaçant à côté de RaJ)ner, Rabner, une de ces individualités remarquables qui n'apparaissent que rarement et qu'on n'apprécie jamais assez. Ses manières étaient distinguées, et son instruction vaste et solide ; d'un naturel gai et bienveillant, il avait embrassé la satire générale, dans le louable désir de corriger les vices et les travers en les rendant ridicules. Ses railleries ne sont jamais amères, et loin d'annoncer le mépris des honmies, elles prouvent le désir de les rendre tels qu'ils devraient être. Il est fort naturel qu'on ait cherché à appliquer ces types généraux, à des individus isolés qui ne pouvaient manquer de se plaindre de lui, plaintes dont il s'occupa beaucoup trop, ainsi que le prouve la longue défense par laquelle il démontre qu'il n'y a aucune personnalité dans ses satires. Quelquesunes de ses épitres l'honorent comme homme et comme écrivain. La lettre confidentielle dans laquelle il décrit le siège de Dresde et raconte comment il y perdit sa maison, ses meubles, ses effets, ses papiers et ses perruques, sans perdre la sérénité de son âme, est une production trèsremarquable. Une autre lettre, où il parle de l'épuisement de ses forces et de sa mort prochaine, mérite le respect de toutes les personnes sensées et bienveillantes, pour lesquelles Rabner ne cessera d'être un saint à vénérer. Il n'a jamais eu de successeur, et il ne s'est encore trouvé personne digne de lui être comparé.

Passons à la critique. Ce n'est pas prendre les choses de trop loin que de rappeler qu'alors, le pouvoir d'idéer, ne pouvait s'exercer que dans la religion; le monde, les artS; la morale elle-même, ne lui fomniissaient encore aucun

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