‹ Mémoires de GoetheChapitre 68 sur 189 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

dfi loger ; mais comme sa femme était de Francfort, '1 ■" vsait une exception en faveur des habitants de cette vine ; il me tît avertir de son arrivée , et je me hâtai d'aile" !3 trouver. C'était un homme encore jeune et très-bien fut; son visage rond et ramassé rapprochait ses traits sans toutefois les écouter ; son front bombé, ses cheveux et ses sourcils épais et noirs , annonçaient un caractère sévère, entêté même. Il était absolument l'opposé de moi , cette opposition fut la cause de notre constante et vive amitié. La rigidité de ses mœurs et son peu d'indulgence pour les faiblesses d'autrui, auraient éloigné tout le monde de lui, s'il ne l'avait pas attiré par le charme de son langage et de ses manières. J'avais d'autant plus de vénération pour ses talents, que je ne tardai pas à m'apercevoir qu'il déployait, dans tout ce qu'il faisait, autant d'assurance et de conviction que j'y mettais de doute et d'hésitation; aussi nos conversations, et plus tard nos correspondances, furentelles de la plus grande utilité pour moi. Mon nouvel ami ne voulut pas quitter Leipzig, sans avoir vu tous les honmies remarquables qui habitaient cette ville. En l'accompagnant partout, j'augmentai le cercle de mes connaissances d'une manière fort honorable, car en sa qualité d'homme déjà avantageusement posé, on lui fit partout l'accueil le plus flatteur. De toutes nos visites en commun , je ne parlerai que de celle que nous finies à Gottsched, car elle peut donner une juste idée du caractère et des allures de cet homme remarquable. Pour lui témoigner sa reconnaissance des bénéfices considérables qu'il avait faits avec ses œuvres et surtout avec ses traductions, le libraire Breitkopf lui avait assuré, sa vie durant, un fort joli logement dans une magnifique maison connue sous le nom de l'Ours d'or, et que les Breitkopf, qui l'avaient fait bâtir, avaient converti en un majorât de leur famille. Le domestique qui nous annonça, nous introduisit dans une grande et belle chambre. Interprétant mal, sans doute, le geste qu'il nous fit, nous le suivîmes dans une pièce voisine, où le colossal vieil-

tard venait d'entrer par une porte opposée. Une grande robe de chambre de damas vert, doublée de taffetas rouge, ] enveloppait amplement, mais son immense crâne chauve était sans aucune espèce de coiffure , oubli que le dômestique allait réparera l'instant, car il accourut tenant sur son poing une grande perruque , dont les boucles lui descendaient jusqu'au coude et qu'il présenta à son maîl're d'un air effrayé. Gottsched la prit de la main gauche a\ ec laquelle il la lança très-adroitement sur sa tête , t nidis que de la main droite , il appliqua un vigoureux soufflet sur la joue du pauvre garçon qui, semblable à un valet de comédie, sortit en tournant sur lui-même. Après cet exploit, le digne patriarche de la littérature allemande, nous accueillit avec une gravité gracieuse , nous fit asseoir près de lui et nous entretint longuement et fort conve nablement.

Tant que Schlosser resta à Leipzig , je dînai tous les jours avec lui , ce qui me fit faire la connaissance des habitués de la table d'hôte du traiteur. Il y avait parmi eux plusieurs étudiants riches avec leurs gouverneurs, ainsi que le conseiller de la cour de Pfeil, auteur d'un ouvrage très-estimé, Zacharie , frère du célèbre poëte, et Krebet, rédactem' de brochures périodiques sur la géographie et la généalogie. Tous ces messieurs étaient si aimables envers moi, d'abord par rapport à Schlosser, puis, parce que mes manières franches leur convenaient, que je me décidai sans peine à rester leur commensal même après le départ (le mon ami. Au reste, comment aurais-je pu regretter la table du conseiller de la cour Ludwig , puisqu a celle où je venais m'abonner , je trouvais non-seulement des amis de mon âge, mais encore une jeune fille, celle de la maison, qui me parut charmante , et qui me fournit l'occasion d'échanger de tendres regards , bonheur que, de puis ma mésaventure avec Gretchen, je n'avais ni cherché ni trouvé ?

La conversation de mes nouveaux amis , ne tarda pas à

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