‹ Mémoires de GoetheChapitre 70 sur 189 · LIVRE VII. IC.-î · texte numérisé non relu

LIVRE VII. IC.-î

hors de ce cercle. Par ce moyen , chacun s'arrogeait îc droit de philosopher et de se croire philosophe ; aussi la philosophie ne fut-elle bientôt plus qu'un bon sens exerce, qui avait le courage et la faculté de juger toutes les généralités d'après ses expériences matérielles et intellectuelles. La modération , la tolérance , la juste appréciation de ce qu'il y avait de bon dans toutes les opinions, valut à cette philosophie, qu'on pourrait appeler naturelle, l'estime et la confiance générale; aussi y eut-il bientôt des philosophes de ce genre dans toutes les villes, dans toutes les facultés, dans toutes les professions. Les théologiens qui voulaient suivre cette route , étaient obligés de se rapprocher de la religion naturelle; et pour rester lidèles à la modération dont on s'était fait un devoir, ils ne pouvaient se dispenser d'accorder à toutes les religions des droits égaux, ce qui ne tarda pas à les affaiblir toutes. Au reste, la philosophie fondée sur le bon sens, ne détruisait rien ; et comme la Bible est riche en matières à réflexions, on l'admit comme base de toutes les discussions religieuses ou morales. Les incrédules, et quelques crédules même , avaient depuis longtemps remarqué les inégalités de ce livre, qu'on voulait croire écrit dans le même esprit, et dicté pour ainsi dire par l'esprit de Dieu. Des Anglais, des Français, des Allemands, l'avaient attaqué avec plus ou moins de vivacité, d'esprit ou de malice, mais il avait aussi trouvé, dans toutes ces nations des défenseurs zélés. Quant à moi, j'aimais la Bible, je lui devais mon développement moral , et ses récits, ses enseignements , ses symboles , ses comparaisons, s'étaient profondément gravés dans ma mémoire. Tout en blâmant ceux qui voulaient la tourner en ridicule, j'approuvais fort ceux de ses défenseurs qui admettaient que Dieu s'expliquait dans ce livre, selon l'esprit , les opinions et les connaissances des hommes de cette époque, et que, quoique inspirés par l'esprit de Dieu, ces hommes devaient conserver leur individualité ; c'est ce qui explique pourquoi le pâtre Amos, ne tient pas

le même langage qu'Isaïe; qui passe pom* être né prince. Au milieu de ces discussions bibliques^ le vénérable Bengel s'attacha à rendre l'Apocalypse intelligible, tandis que le docteur Krusius obscurcit de son mieux la partie prophétique des saintes Écritures, dont le professeur Ernest, cherchait à dissiper tous les nuages. Ces efforts en sens contraires, firent naître des querelles, des haines et des persécutions dont j'eus toujours soin de me tenir éloigné. Les pasteurs, Jérusalem, Zollikofer et Spalding, exercèrent cependant une influence plus directe sur les amis des lettres et sur les gens du monde, car leurs sermons et leurs dissertations sur la religion et la morale, n'étaient pas seulement remarquables sous le rapport de la justesse et de l'élévation des pensées, mais encore sous celui du style. Au reste, un style agréable devenait de plus en* plus nécessaire; aussi vîmes-nous paraître dans toutes les classes, des hommes qui s'exprimaient avec clarté et élégance. Au milieu de cette activité générale, il ne restait à ceux qui voulaient produire quelque chose qui ne fût point une imitation, qu'à chercher sans relâche autour d'eux un sujet nouveau. A cette occasion on citait un mot de Kleist, qui était un promeneur intrépide, et à qui ses amis reprochaient de consacrer à ce plaisir, des moments qu'il devait à la littérature : « Mes promenades, leur répondit-il, ne sont point de l'oisiveté, mais une chasse aux images. » Aussi nos professeurs ne cessaientils de nous recommander d'aller à la chasse aux images. Les jardins publics et les campagnes que nous fréquentions, n'étaient pas des lieux très-favorables pour y trouver du gibier poétique; je finis cependant par en découvrir un. Semblable à la plupart des jeunes gens, j'étais si amoureux de mon nom, que je l'écrivais partout. Pendant une belle soirée de printemps, je le gravai sur l'écorce d'un tilleul; vers la fin de l'autoiroe, époque à laquelle mon amour pour Annette était daM sa plus belle fleur, il mo prit fi'.nt:^'i;p de 'jv^vov le nom de cette jeune fille an-

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