LIVRE VU. r
seil, sur le mariage d'un jurisconsulte de Francfort. V'énus et Thémis se querellent sans pouvoir s'entendre ; grâce à une espièglerie deCupidon, Vénus l'emporte, et les dieux décident que le mariage se fera et qu'il assurera le bonheur des deux époux. Cet éphithalame fut si vivement applaudi dans ma famille, que je crus devoir le montrer à notre professeur, mais au lieu des éloges que j'en espérais, Je ne recueillis que le blâme le plus mortifiant. Sans daigner remarquer que l'esprit de parodie dominait l'ensemble de l'ouvrage, il trouva qu'une si grande dépense de divinités, pour un sujet aussi vulgaire, était souverainement ridicule, et le style lui parut tantôt trop élevé et tantôt trivial. La critique par elle-même me parut assez juste pour me faire renoncer à l'usage de l'Olympe, et, depuis cette époque, je n'ai jamais introduit dans mes poésies, que l'Amour et la Lune. Clodius était un des personnages envers lesquels mon ami Behrisch aimait à exercer sa malignité; au reste, il n'était pas difficile de saisir le côté ridicule de sa personne et même de son talent. Dans les poésies de circonstance, dont les autorités avaient l'habitude de le charger, il suivait l'exemple de Ramier , qui , par un pompeux étalage de grands mots et de termes recherchés, frappait l'oreille et captivait l'imagination, parce que la majesté des expressions était proportionnée à celle du sujet. Chez Clodius, ces mêmes expressions avaient quelque chose d'étrange, de risible même, car ses poésies ne contenaient jamais rien qui pût élever la pensée ; le public ne les louait pas moins avec enthousiasme, ce qui me blessa au vif. J'avais en effet le droit de trouver mauvais que le professeur qui m'avait interdit tout commerce avec les divinités païennes, se forgeât, avec les rejetons des mots grecs et latins, une échelle factice pour grimper au Parnasse païen. Les locutions affectées dont il faisait un usage immodéré, s'étaient tellement gravées dans ma mémoire, qu'un jour il me prit fcUitaisie de les employer dans des vers burlesques, que j'improvisai sur Hendel, excellent
pâtissier, établi sur une des promenades les plus fréquentées de Leipzig. "Voici ces vers, tels que je les ai charbonnés sur le mur de la salle du pâtissier, où mes camarades et moi nous prenions nos collations :
« 0 Hendel ! toi dont la gloire s'étend du sud au sep- « tentrion, daigne écouter le pœan qui s'élève vers tes c< oreilles ! Ion génie créateur fait cuire dans ton four des a gâteaux erigmels que recherchent avec ardeur, le Gait- « lois et le Breton. L océan de café qui découle de toi, est 0 plus délectable que le jus qui découle du mont Hymette « Ta maison, monument du culte que nous rendons aux « arts et qu'entourent de glorieux trophées dit aux nations - « Même sans diadème, Hendel fit ici sa fortime, en ravisce sant au co/Awrne plus d'une pièce de vingt-quatre sous, 0 Quand brillera ton urne dans la majesté de la pompe fu- « nèbre, alors le patriote pleurera sur tes catacombes ! Vis « donc, que ton Taurus devienne le nid d'une noble couc( vée. Sois haut et grand comme VOlympe, sois ferme c< comme le Parnasse I Que pas une phalange de la Grèce, « que pas une baliste romaine, ne puisse détruire ni la Ger- « manie ni Hendel ! Ton souverain bien^ ô Hendel ! fait « notre orgueil, tes souffrances causent notre douleur ! Ton et temple ! c'est le cœur des fils des Muses ! »
Quelque temps après cette plaisanterie dont je ne me souvenais déjà plus, Clodius fit représenter son Médon, que le public applaudit à outrance, au grand déplaisir de mes camarades et au mien, car il avait tellement surchargé son héros, de sagesse, de générosité et de vertus de tout genre , qu'ill'avait rendu ridicule. En sortant du spectacle, nous entrâmes chez le marchand de vin où nous avions l'Jiabitude de nous réunir, et tout en buvant, j'improvisai envers burlesques, un prologue, au drame de Mcdon. Arlequin est le seul acteur de ce prologue. Il entre en scène chargé de deux sacs, qu'il dépose l'un à droite et l'autre à gauche du proscenium. Après quelques plaisanteries préliminaires, il confie aux spectateurs aûe ces deux sacs contiennent du