LIVRE VllI. iS
core dans le pavillon du Grand-Jardin *j et que je ne pouvais me dispenser de visiter.
La veille de mon départ, le jeune diplomate, qui tenait à effacer la fâcheuse impression que la soirée de l'auberge avait produite sur moi, me conduisit chez M. de Hagedorn, qui me fit, avec beaucoup de bienveillance, les honneurs de sa riche et belle collection d'objets d'art. En véritable amateur, il était amoureux de ses tableaux : aussi ne trouvait-il jamais qu'on les estimât à leur juste valeur. Mon enthousiasme le charma au point, que lui aussi me fit l'honneur de me croire un grand connaisseur. Au milieu de ces objets si propres à développer le sentiment de l'art, je fus attristé plus d'une fois, par la vue des traces encore récentes du bombardement de Dresde. Une des rues principales nommée Jlohrenstrass, n'était qu'un amas de décombres et dans les autres rues on voyait des maisons écroulées. La tour massive de l'église de la Croix était crevassée; et quand du haut de la coupole de l'église de Notre-Dame, je contemplais ces ruines, le sacristain me disait avec une colère concentrée : « C'est le Prussien qui a fait cela. » Puis il désignait avec orgueil la coupole intacte où nous nous trouvions et que l'architecte avait eu le talent de mettre à l'abri des bombes.
De retour à Leipzig, je trouvai mes amis se perdant dans les conjectures les plus bizarres sur ma disparition. I Je leur tis une relation fidèle de mon voyage, ils la traitèrent de conte, et m'assurèrent qu'ils finiraient par trouver le mot de l'énigme que je leur cachais si malignement, sous l'échoppe d'un cordonnier.
A cette époque, je connaissance avec la famille Breitkopf. Son chef vivait encore, il était arrivé à Leipzig, en qualité de simple garçon imprimeur ; grâce à sa bonne conduite et à ses talents, il parvint à établir une imprimerie, et cet établissement prospéra si rapidement et dans
* On désigne por ce nom un siipcibc parc, situé à la porte de Drc;do,
iOO MBlûUtES Dli GOKTHE.
des proportions si gigantesques^ que le fils aîné (îu vieux Breitkopf, est aujourd'hui l'imprimeur et le libraire le plus riche de Leipzig et le plus célèbre de toute l'Allemagne. Ce fils était depuis longtemps marié et père de plusieurs enfants. L'aîné de ses fils-, de quelques années nlus âgé que moi, aimait la musique; c'est à lui qu'on doit l'invention ou du moins le perfectionnement de la musique imprimée. Son frère et ses sœurs cultivaient cet art avec succès et nous exécutions ensemble de jolis petits concerts. Leur riche bibliothèque contenait tout ce qui concerne l'invention et le perfectionnement de l'imprimerie; elle me fournit le moyen d'acquérir des connaissances très-étendues sur cette noble et importante industrie. La famille venait de s'installer dans une maison neuve, construite à grands frais; j'y fis la connaissance d'un graveur en taille-douce, qui avait loué les mansardes où il s'était établi avec sa femme et ses deux filles. L'aînée a fait depuis un mariage très-avantageux, l'autre est devenue une artiste très-distinguée; toutes deux sont restées constamment mes amies. Leur père bornait son talent à fournir aux libraires des vignettes d'après les dessins d'Oeser, il travaillait avec assiduité, et si habilement, qu'il était rarement obligé de corriger avec le burin ce qu'il avait gravé à l'eau-forte. Son travail m'intéressait au point, que je me mis à graver sous sa direction, et mes paysages n'étaimt pas mal pour un commençant. Mon insatiable besoin de tout essayer, me fit entreprendre en même temps la gravure sur bois, et je parvins à faire quelques petites plaîiches dont mon maître put tirer parti.
Qu'on me permette maintenant de mentionner plusieurs personnes remarquables qui passèrent par Leipzig, pendant que j'habitais cette ville. L'auteur dramatique Weisse, avait gagné l'estime de mes camarades et la mienne, par '.es manières affables et prévenantes. Ses pièces, sans être parfaites, nous amnsfîiont beaucoup; il en fut de même 'io Schiebler, qui suivait la même carrière. Quant à Eschen •