‹ Mémoires de GoetheChapitre 85 sur 189 · LIVRE VIII. i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. i

commandait certains livres dans lesquels le mysticisme, l"alchimie et la chimie, se confondaient dans une seule et même science, car ces livres devaient les mettre à même " de découvrir la préparation de ce sel merveilleux qui, par des causes physiques et morales, ne pouvait s'enseigner.. Mademoiselle de Klettemberg se laissa prendre à cet appàt^ parce que le bien-être du corps lui paraissait inséparable de celui de l'âme, et parce qu'elle eût été heureuse de pou\oir préparer un remède propre à soulager les souffrances et à prolonger la vie de ses semblables. Elle s'était déjà procuré VOpus-mago cobalisiicum de Walling ; mais cet auteur éteint presque aussitôt la lumière qu'il fait briller, ce qui la décida à étudier ce livre avec moi. Nous y joignîmes les œuvres de Théophrastm Paracelms, de Basilius Valentinus et de plusieurs autres, parmi lesquels VAiirea Catcna H orner i , me plaisait particulièrement, parce que dans cet ouvrage la nature nous app iraît dans un enchaînement fantastique, mais fort agréable. Ma mère ne tarda pas à s'associer à ces études qui, pendant un hiver entier occupèrent nos soirées ; et les myst''res que nous cherchions vainement à deviner, nous amus lient beaucoup plus que n'aurait pu le faire leur découverte. Ma tumeur était guérie, mais mes organes digestifs étaient tellement affaiblis qu'ils ne pouvaient plus fonctionner sans me causer une véritable agonie, contre laquelle tous les remèdes étaient restés sans effet. Ma mère au désespoir .'nsista tellem.ent auprès du médecin pour obtenir son spécifique, qu'il se décida à me l'administrer; leflet eu fut nissi prompt que complet, et ma guérison s'acheva comme ;nir enchantement. 11 est inutile de dire que ce résultat .ugmenta notre confiance en ce sel merveilleux, et notre lésir de pouvoir le préparer nous-mêmes. Mademoiselle de Klettemberg acheti des fourneaux d'affinage, des alambics, des cornues, et nous nous mîmes à opérer d'après les indications de Welling et les vagues conseils du médecin. Je cherchai d'abord à produire, par des procédés

mystérieux et inusités^ Carséniatp rJ p. potasse, puis je m'occupai du liquor silicum, que j'obtins assez facilement, en faisant dissoudre de beaux cailloux dans une quantité suffisante d'alcool. Cette liqueur m'intéressait infiniment et me faisait croire à une terre vierge et à la possibilité des effets merveilleux qu'on lui attribue. Je ne tardai cependant pas à me décourager, car j'étais forcé de reconnaître que cette liqueur de cailloux, qui, à ma grande surprise, se présenta une fois à nous sous la forme d'une gelée animale d'une transparence merveilleuse, n'avait pas avec le sel, l'aftuiité que je lui avais supposée d'abord, et qu'elle finissait toujours par laisser tomber au fond du vase, une poudre dans laquelle je reconnaissais le sable de cailloux, le plus fin qu'il soit possible de s'imaginer, mais j'y cherchais en vain la plus légère trace de cette puissance productive à l'aide de laquelle on aurait pu espérer d'obtenir, non-seulement de la ten^e vierge, mais de faire passer celte terre à l'état de maternité.

Toutes ces opérations sans suite, eurent pour résultat définitif, de m'avoir fait faire des études chimiques qui, plus tard, me devinrent fort utiles dans mes recherches minéralogiques. Une autre occupation, plus en harmonie avec la vie sociale, celle de relire les lettres que j'avais écrites à ma famille pendant mon séjour à Leipzig, m'eût été plus immédiatement utile, si je n'avais pas été trop jeune encore pour profiter des lumières qu'un pareil retour sur le passé, jette sur notre personnalité. En relisant ces lettres, je remarquai, d'abord, que j'avais horriblement négligé mon écriture, mais qu'au bout de quelques mois elle était redevenue régulière et propre, changement que je devais aux instances de Gellert, qui ne cessait de nous recommander de soigner notre écriture autant que notre style. J'aimais à reconnaître que les passages français et anglais de ces lettres, étaient écrits, sinon sans faute, du moins avec beaucoup de grâce et de facilité. D'un autre côté, je trouvais dans cette lecture, b preuve

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