LIVRE IX
SOMMAIRE
Se me rends à l'universllé de Strasbourg pour y étudier le droit. — La societf que j'y fréquente. — Passage de la dauphine Marie-AiKoinette, par celte ville. — Excursion à la campagne avec mes amis.
— Strasbourg et sa cathédrale. — Considérations sur l'architecture.
— J'apprends la danse chez un maître de danse français. — Mes relations et mes aventures avec les deux, filles de ce mailre de danse.
« Désormais le cœur sera souvent ému en faveur des « vertus sociales, et les sentiments les plus délicats se « développeront en lui. Il s'y imprimera surtout une foule « de traits qui ouvriront aux jeunes lecteurs une vue pro- « fonde sur les plus secrets replis de l'àme; et cette vue, « dont Ovide avait embrassé toute l'étendue, sera infmi- « ment préférable à l'étude du grec et du latin. La bien- « veillance du Créateur nous a donné une foule de facultés « intellectuelles qu'on ne saurait cultiver trop tôt, et sur « lesquelles le latin et le grec, la logique et la méta- « physique ne peuvent rien. Nous possédons une imagi- « nation qui s'empare du premier objet venu, si nous « ne lui donnons pas des images nobles et pures, afin de a l'accoutumer à saisir le beau, partout où la nature nous « l'offre. Nous avons besoin, non-seulement pour l'étude « des sciences, mais encore pour les pratiques de tous « les jours, d'une foule d'idées et de connaissances, qu'on « ne trouve dans aucun compendium ; il est donc indis- « pensable de développer et de purifier nos sentiiuents, « nos penchants, nos passions. »
Ce passage significatif de la Bibliothèque allemande, n'était pas le seul de ce génie; on nous prêchait de tous
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côtés des principes semblables. L'effet qu'ils produisirent sur nous autres jeunes gens, fut d'autant plus décisif, que nous pouvions nous appuyer sur les œuvres de la seconde époque littéraire de Wieland, dont la plus grande partie découlait de pareilles maximes. Que pouvions-nous demander de plus avantageux? La philosophie avec ses exigences abstraites était mise de côté, les langues anciennes dont la connaissance demande tant de peines et de travaux étaient reléguées sur Tarrière-plan ; les préceptes sur lesquels Hamelet nous avait déjà dit plus d'un mot à l'oreille, devenaient toujours plus suspects; et ce fut la vie active que nous aimions tant à mener et les passions que nous sentions bouillonner en nous, qu'on nous indiquait comme les objets les plus dignes de nos études. Ces principes étaient si conformes à mes instincts poétiques, que je me rendis, sans aucune résistance, au désir de mon père, qui, dès les premiers jours du printemps, m'envoya à Strasbourg, où je me proposais de mener une vie joyeuse, tout en suivant les cours nécessaires pour me faire recevoir docteur en droit. Je descendis à l'hôtel du Saint-Esprit, et je commençai par visiter la cathédrale, dont j'avais tant entendu parler, et qui s'était dessinée devant mes yeux pendant plusieurs heures avant mon arrivée à Strasbourg. Une rue étroite me conduisit à ce colosse, qui se trouve sur une place également très-étroite, ce qui me fît éprouver un sentiment pénible, qu'au reste, je domptai aussitôt afin de monter aussi vite que possible sur la tour, d'où le soleil, qui était alors dans tout son éclat, me promettait une vue magnifique sur une mimense étendue de pays richement éclairé. En envisageant ainsi dans son ensemble un pays que l'on doit habiter quelque temps, on croit voir se dérouler devant soi, une immense table sans inscription. L'œil ne s'arrête que sur les points qui l'attirent par leur propre valeur; les penchants et les passions n'ont encore rien marqué de leur cachet, mais le pressentiment de ce qui arrivera inquiète déjà le jeune cœur, et le be-