‹ Mémoires de GoetheChapitre 97 sur 189 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

burg. tortoressG moderne, situtesunine colline. Ses reiapaits sont élégants et solideà; et la ville est ce que doit être une place forte. Il était à peine neuf heures du matin lorsque nous y arrivâmes, et cependant on valsait déjà dans presque toutes les auberges, car c'était un dimanche. Cette gaieté nous étonna, car nous avions entendu dire que li disette régnait dans la ville et qu'on craignait de la voi! dégénérer en famine. Nous en aurions douté, si le boii langer chez lequel nous voulions acheter du pain ne nous en avait pas refusé, parce qu'il lui était défendu d'en vendre aux étrangers qui pourraient l'emporter hors de la ville ; il ajouta que si nous avions faim, nous trouverions de quoi nous satisfaire dans la première auberge que nous rencontrerions; nous suivîmes son conseil. Après avoir fait un bon déjeuner, nous repassâmes la montée de Sa ' verne, pour nous rendre à Bucksvveiler, où l'ami Weyland avait quelques connaissances intimes. Dans les petites villes, les relations de société et de famille étant plus resserrées, sont plus amicales tant qu'elles ne sont point troubkcs par quelque discorde, qui, à leur tour, ont plus de gva\ ité que dans les grandes cités. Nous fûmes parfaitement reçus dans cette petite ville, capitale du comté de Hanau- Lichtemberg, g< uverné par le Landgraf de Darmstadt, sous la souveraineté de la France. Son beau château, ses vastes jardins et ses pittoresques promenades, nous firent oublier sans peine l'irrégularité des rues et leurs vilains pavés. Du haut du Baschbcrg qui s'élève à peu de distaneo de la ville, l'œil domine sur toute la contrée qui est un wstable paradis terrestre. Le mont lui-même, entièrement composé de coquillages 'pétrifiés me fournit, pour la première fois, l'occasion de contempler une si grande réunion de ces intéressants documents du monde ancien. Mes regards ne tardèrent cependant pas à s'arrêter de nouveau sur la vallée entrecoupée de petites forêts et fermée au nord par de graves montagnes, qui s'étendent vers l'ouest jusqu'à Sa verne; au sudj on entrevoit les Vosges, tandis

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qu'au sud-est, on devine l'immense plaine de l'Alsace, dont les riants paysages semblent s'évaporer dans les airs^ et finissent par se perdre dans Thorizon avec les ombres des montagnes de la Souabe. Je n'avais encore que fort peu voyagé, mais je savais déji qu'il est important de connaître le cours des eaux et de savoir dans quelles rivières se perdent les plus minces ruisseaux, car c'est le seul moyen de se faire sur les montagnes et les vallées, et sur leurs rapports réciproques, des images justes, faciles à retenir, et indispensables pour démêler le chaos généalogique et politique de la division des pays, Du haut de cette montagne, seulement, je pris congé de ma chère Alsace, car le lendemain nous devions entrer en I orraine. Après avoir traversé les montagnes du nord-ouest, nous descendîmes dans les régions de la Saale et de la Moselle. Saarbruck est la localité la plus remarquable de ces contrées; c'est un véritable point lumineux au milieu des forêts et des hautes montagnes dont elle est entourée. Toutes ses maisons sont d'un blanc un peu grisâtre, la place est entourée de jolis édifices, parmi lesquels l'église des Luthériens se fait remarquer par ses belles proportions. Le château est au niveau de la ville, mais il est adossé contre d'immenses rochers qu'on a taillés en terrasse et dont on a formé des jardins et des bosquets. Ces ti-avaux remontent à l'époque où, pour embellir les environs d'un édifice on ne consiillait ni l'œil ni le goût d'un paysagiste, mais les combinaisons régulières de l'architecte. Ce fut àSaarbruck que jappris à connaître l'intérêt que peuvent offrir les contrées riches en minerais et que je sentis s'éveiller en moi l'amour des études minéralogiques, qui m'ont occupé pendant une partie de ma vie. On nous avait parlé des mines de charbon de terre, de fer et d'alun de Dutweiler etmênife d'une montagne embrasée qui se trouve dans les environs, nous nous mîmes aussitôt en route pour voir toutes ces merveilles. Les sauvages montagnes boisées que nous traversâmes, nous parurent d'autant j:)iu§ tristes quelles suc-

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