‹ Mémoires de GoetheChapitre 98 sur 189 · LIVRE X. -loi · texte numérisé non relu

LIVRE X. -loi

cèdent brusquement à une fertile et riante contrée; elles m'intéressèrent cependant au plus haut degré à cause des trésors que renferment leurs entrailles. Chemin faisant je visitai une taillanderie et une tréfilerie; la première m'intéressait parce que là, le mécanisme remplace le travail de la main de l'homme, mais la tréfilerie me pénétra d'une muette admiration, car ses ressorts agissaient dans un sons organique si élevé et si parfait, que je ne pouvais m'empècher de leur attribuer de la raison et de la volonté. Arrivés à l'alunière, notre attention fut d'abord attirée par un grand amas de substances terreuses et blanchâtres; les travailleurs nous apprirent, en souriant, que c'était là l'écume de l'alun, dont M. Stauf, espérait tirer un trèsgrand parti.

— Eh quoi ! s'écria Weyland, M. Stauf vit encore? Eh bien, mes amis, allons le visiter dans sa demeure solitaire.

Nous y consentîmes d'autant plus volontiers, que cette demeure était sur la route que nous nous étions tracée d'avance. Pour y arriver, il fallait traverser les conduits de l'alunage, passer devant plusieurs carrières de charbon de terre, dont les surfaces reflétaient toutes les nuances bleuâtres depuis l'acier bronzé jusqu'à l'iris le plus clair. -A peine avions-nous dépassé les fosses où l'alumine brûlée subit sa lixiviation, que nous nous trouvâmes enclavés dans les régions de la montagne embrasée. Là; régnait une forte odeur de soufre, et nous sentions la chaleur du sol à travers la semelle de nos chaussures. Ce phénomène, dont personne ne connaissait la cause primitive, car on ignorait complètement pourquoi la montagne s'était embrasée, était très-favorable à la fabrication de l'alun, puisque, p;ir là, l'alumine se trouvant naturellement brûlée, il n'était plus besoin d'autres procédés que celui de la lixiviation. Une jolie forêt de hêtres couvrait la cime du mont embrasé, dans lequel s'ouvre une caverne incandescente. Autour de cette caverne, les arbres se fanent, des crevasses fumantes s'entr'ouvrent çà et là et annoncent la présence du feu sou-

terrain qui, depuis dix ans, mine la montagne. En continuant à montor à travers plusieurs fouilles commencées et qu'il a fallu abandonner à cause de la fumée et de la chaleur, nous arrivâmes à une petite maison isolée, et autour de laquelle les montagnes, les vallées et les forêts prescrivent des signes cabalistiques sur un sol noirci par la poussière de charbon de terre ; c'était la demeure de M . Stauf. Nous l'y trouvâmes dans un négligé profond dont la solitude lui avait fait contracter l'habitude. En reconnaissant Weyland, il se répandit en plaintes amères contre le gouvernement dont, selon lui, les vues rétrécies, étaient la cause que l'alunière ne rapportait plus rien, pas même les frais de l'exploitation. Ce digne chimiste appartenait à cette classe de savants qui, trop pénétrés de tout le parti qu'on pourrait tirer des produits de la nature, se perdent dans les détails et négligent ainsi l'objet principal dont on peut seul obtenir des résultats satisfaisants sous le rapport économique et mercantile ; je ne citerai que l'exemple de l'écume de l'alun dont le profit était encore un problème à résoudre et pour lequel il négligeait des bénéfices réels. Après l'avoir laissé jouir à son aise du plaisir si rare pour lui, de faire entendre ses jérémiades à des oreilles humaines, nous nous disposâmes à nous remettre en route, mais il voulut auparavant nous faire voir, la cabane en bitume, qu'il avait fait construire sur une cime très-élevée. li y grimpa très-difficilement, non-seulement parce qu'il était affaibli et épuisé, mais parce qu'un seul de ses souliers lui tenait aux pieds, l'autre lui servait de pantoufle, et qu'il était obligé, à chaque instant, de s'arrêter pour relever ses bas qui, faute de jarretières, retombaient toujours. La jabane était en ruines et les fourneaux dans lesquels on dépouillait le charbon de terre de ses parties sulfureuses ne fonctionnaient plus faute d'argent. Sous le ministère précèdent ces travaux s'étaient faits dans l'intérêt de la science, sous le gouvernement actuel on cherchait un intérêt matériel impossible à obtenir avec ce savant chi-

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