‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle édChapitre 38 sur 150 · I. Voir les Lettres d'Alexandre de Campion à b 6n du · texte numérisé non relu

I. Voir les Lettres d'Alexandre de Campion à b 6n du

volume.

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vivacité de son esprit, qui avoit des charmes tout particuliers, sans néanmoins avoir d^autre pensée que celle de se divertir, tant parce que le cardinal de Richelieu , près duquel il avoit été nourri, vouloit qu'il fût d'Eglise, et lui promettoit de grands avantages en cas qu'il embrassât cette profession , que pour ma considération , me croyant toujours occupé d'un projet de mariage. Je jugeai ce gentilhomme , appelé le sieur des Resvintes ', fort propre à faire réussir mon nouveau dessein, parce que je savois qu'il plaisoit assez à la demoiselle , et que son bien , sa naissance et sa personne ne pouvoient inspirer d'éloignement ni à ma belle-sœur ni à mon frère. Un jour que des Resvintes me faisoitla guerre sur ma passion, je répondis que pour lui prouver q^u'elle n'étoit pas aussi violente qu'il s'imaginoit, j'étois prêt à lui céder me^ prétentions. Il repartit en raillant ; mais moi, poursuivant sérieusement mon discours, je l'assurai ç[ue je ne pensois plus à ce mariage, et lui fis voir ensuite que le parti étoit très-avantageux pour lui , quant à la fortune et à la personne. Il en convint; mais il ajouta que deux choses le retenoient : la crainte qu'on ne le voulût pas écouter, et que son père ne refusât son consentement, dans l'espoir que le cardinal l'enrichiroit par la soutane. Je me chargeai de lever la première de ces difficultés, en le taisant agréer par la demoi-

I . Alexandre de Campion nous apprend qu'il étoit proche parent de Tévêque de Beauvais, Potier de Blancmesnil, à

2ui il paroît s*être attaché après la mort de Richelieu. Il lui crivit en août 1643 après l'arrestation du duc de Beaufort pour rengager « à prendre le chemin des Revîntes. » Voir la Lettre 79 à la fin du volume.

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selle et ses parens ; et, pour la seconde , je lui & L p. que son père, l'aimant tendrement, ne s'oppo» \^^ roit sans doute jamais à un mariage avantagaOi \^^ dans l'espérance d'une fortune que divers aco- 1^^ dens pouvoient rendre fort incertaine. Enfin noo ïi demeurâmes d'accord que je sonderois les in- \^^ tentions de la mère et de la fille, pendant (fày^ iroit savoir celles de son père.

J'allai représenter à mademoiselle de Fontaine qu'elle ne trouveroit point de satisfadoB

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cause de l'éloignement de son pays; que d'ailleurs je çérirois plutôt que de souffrir ce mariage, quoique j'eusse résolu de ne songer de long-temp j ^ au mien; mais que pour lui faire voir que loin de | . vouloir empêcher son établissement, je désirob au contraire y contribuer de tout mon pouvoir, j'avois à lui proposer un parti assez avantageux, dont je savois que la personne lui étoit fort agréable. Après avoir défendu foiblement l'intérêt de Bâtisse , elle dit qu'elle m'étoit si obligée de la façon dont j'en usois avec elle, que je me pouvois assurer qu'elle suivroit mes avis de préférence à ceux de ses parens , et qu'elle consentoit que je parlasse à sa mère aussi-tôt que je saurois que le oère de des Resvintes consentoit 1 qu'il la recherchât. Je les vis l'un et l'autre peu ' de jours après , et ils me prièrent d'acheminer la chose , en m'assurant qu'ils m'âuroient des obligations étemelles si je la faisois réussir. Je pariai alors à ma belle-sœur, laquelle, trouvant le parti assez bon pour sa fille , ne songea plus à Bâtisse.

Le sieur du Parc, mon oncle, fut alors invité

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par le père de des Resvintes de faire la proposition à tous les parens de la demoiselle , qui agréèrent la recherche, et me prièrent de m'informer exactement du bien du cavalier. Je rendis compte ensuite à celle-ci de ce que je savois, qui étoit beaucoup moins que nous n'avions cru, elle et moi. J'observai que comme je ne travaillois que pour son intérêt et sa satisfaction, je la priois de me prescrire le rapport qu'elle desiroit que je fisse à ses parens. Las;3ée de tant d'amours inutiles et voulant un mari , elle me sollicita de présenter les choses de manière à faire réussir l'afiaire , qui fat alors comme conclue , sans néanmoins s'achever, parce que ma belle-sœur voulut, comme il étoit juste , que mon frère y fat présent. Il étoit alors occupé à négocier le traité que le comte de Soissons conclut avec le roi d'Espagne pour faire la guerre en France. Après l'avoir achevé, il revint à Sedan, d'où il m'envoya son valet-de-chambre pour m'offrir, de la part du comte, une compagnie et la majorité dans un régiment d'infanterie qu'il levoit pour sa garde. Je lui mandai qu'ayant encore charge dans un des vieux régimens du Roi, je ne pouvois prendre parti que je ne l'eusse vendue ou remise , proposition inutile à faire pendant la campagne, mais que je répondois de me décider l'hiver à i*un ou à l'autre expédient, et q^ue lorsque je serois libre, je ne m'engagerois pomt sans son avis. Peu après, le comte de Soissons envoya mon frère au duc de Lorraine, pour négocier un traité entre eux et la jonction de leurs troupes. Tandis qu'il travailloit à ce traité , la bataille de Sedan se donna, où le comte périt malheureur>

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cevoir ses soupçons; mais je résolus, sitôt que l'affaire seroit conclue, de prendre congé de tous deux pour ne les plus revoir, espérant guérir ainsi cette importune passion*, et pour ^u'on ne crût pas que j'eusse contribué à ce mariage par des vues malicieuses ou détournées; ce qui étoit loin de ma pensée. Quand il en fut temps, je les

{)ris l'un et l'autre devant la dame de Bailleul ', eur parente et la mienne, et leur dis ^ue la chose que j'avois ménagée étant signée, j'allois m'éloigner d'eux pour quelaues années, afin d'ôter matière à penser, que, dans une affaire où je n'avois agi que pour leur commune satisfaction, j'y eusse mêlé quelques vues d'un intérêt répréhensible, et que je prenois congé d'eux en les priant d'aimer un homme qui avoit négligé son avantage pour ne s'occuper que du leur. Des Resvintes me dit tout ce qu'il put pour me faire changer, ayant, nonobstant les soupçons qu'il avoit eus, une véritable amitié pour moi, qui au^enta encore en voyant, par cette dernière action, que j'avois agi en homme désintéressé.

I. Il y a une lettre d'Alexandre de Campion à M. de BailletU. C'est la 89e. il paroit (^ue les rapports entre les deux familles étoient habituels et intimes; car M. de Bailleul figure dans les Entretiens de l'abbé de Campion sous le nom de CritobuU. Mais qui étoit-il ? On comptoit deux branches principales de la maison de Bailleul en Normandie , celle de Bellengreville et celle de Cantelou. A laquelle appartenoit-il ? L'abbé de Garambourg dit qu'il étoit le père du feu marquis de Vignaux. Nous trouvons bien en effet dans la Gazette un marquis de Vignaud qui avoit une compagnie dans le régiment de Bouillon-cavalerie et qui « fit des merveilles à la tète d'un escadron au combat de Sintzheim , ayant soutenu trois fois le choc des ennemis sans avoir été rompu , » )oyuiff 1674 ; mais c'est tout ce que nous avons pu savoir.

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Comme je le vis s'opîniâtrer à me retenir, je lui dis que s'il ne me vouloit laisser partir pour son intérêt, il le soufFrît pour le mien et pour mon repos, que je ne trouverois que dans l'éloîgn^ ment et les voyages. Il consentit enfin à ce que je voulus et mademoiselle de Fontaine aussi, son esprit léger la faisant résoudre facilement à tout. Bientôt après mon départ , ils consommèrent leur mariage, et restèrent ensemble assez heureux quatre ou cinq ans , après lesquels il fut tué en Flandre au service du Roi'. Elle resta veuve avec quatre filles, et je l'ai fort peu vue depuis, quoique six mois d'absence m'eussent si bien guén qu'il m'eût été alors bien plus ma}-aisé

I. Le mariage de des Resvintes et de mademoiselle de Fontaine a fourni le sujet du 7e Entretien de l'abbé de Campion qui est intitulé Du mariage. Les interlocuteurs sont Ézicrate (Alexandre deCampion), Phronimon (Henri), Apiste (Du Troncé, beau-frère d'Alexandre), Gamopéon (des Resvintes), Agathiste (rabbé de Campion). Les premiers étoient réunis chez Ézicrate quand le dernier y entra. « Phronimon m'ayant apperçu courut à moi et me dit tout bas : « Venez; il y a ici place pour vous. Le jeune homme que vous voyez est Gamopéon , l'un de mes amis, que j'ai embarqué à rechercher Eugénie, en sorte qu'il en est venu faire compliment à Ézicrate , beau-père de sa maîtresse. — Quoi, lui dis-je, cette Eugénie dont vous paroissiez si épris, ces jours passÀ ? Est-ce qu'elle a perdu en si peu de temps ce qui vous la rendoit aimable, ou bien qu'elle a sitôt méconnu votre mérite? — Qu'il vous suffise, dit Phronimon, que si j'y prétendois, )e n'y embarquerois pas un autre, et que si j'y avois aussi reconnu des défauts considérables , je n'aurois pas choisi un de mes meilleurs amis pour en faire une dupe. ))

Ajoutons , pour montrer combien est fidèle dans tous ses détails le récit de Henri de Campion , que, dans VEntretien, Gamopéon éprouve les sentiments d'un amant passionné pour Eugénie.

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^*avoîr de l'amour pour elle que je n'avois eu de peine à perdre ma passioii.

Au commencement de 1642 , après avoir servi le Roi dans ses armées dix années sans interi^iption , les trois premières dans de nouvelles troupes d'infanterie, et les sept autres dans le ï"égiment de Normandie, y faisant au commencement la fonction d'enseigne, puis de lieutenant et suppléant le major, je partis de chez le sieur du Parc pour aller à Paris, d'où incontinent après je me rendis à Saint-Germain, pour demander permission au Roi de vendre ma charge ; ce ^u'il m'accorda aussitôt , la mort du comte de Soissons levant les difficultés qu'il avoit faites. Il me voulut obliger à prendre une compagnie de cavalerie ; mais je le remerciai avec le respect que je devois , parce que mon frère, qui , après la oataille de Sedan , s'étoit attaché au duc de Vendôme', m'avoit quasi engagé à faire la même chose avec le duc de Beaufort, son fils 2. Nous allâmes à Vendôme , où étoit la duchesse 3 avec les ducs de Mercœur^ et de Beaufort ses fils, et mademoiselle de Vendôme $ sa fille. Le duc son mari étoit retiré en Angleterre , parce que le cardinal de Richelieu l'accusoit de l'avoir

1. césar, duc de Vendôme, fils légitimé de Henri IV et de Gabrielle d'Estrée, mort le 22 octobre 1665.

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