Le 9 septembre
î. I! falloit lire Neuilli et non Ncvilli. On le trouve encore dans l*éut de la France de 166 1 comme gentilhomme ordinaire chez le roi aux gages de 2,000 livres. Un des espions de Mazarin signale la présence de M. de NeuiUy a
154 MÉMOIRES DE CaMPION. \
voulu faire assassiner par des hermites « . Nous fûmes très-bien reçus à Vendôme. Le duc de Beaufort témoigna une grande passion que je m'attachasse à lui, de sorte qu'en le quittant avec mon frère, je lui promis de le revenir trouver, sitôt qu'il auroit fait agréer au duc son père , ne faisant en ce temps4à nulle chose sans sa permission, que je suivisse sa fortune, ce qui fut approuvé ; de sorte que je retournai peu après à Vendôme, où il me reçut avec de grandes marques de joie, et vécut en ce temp>s-4à, et toujours depuis, avec moi d'une façon tout-àfait obligeante, et avec plus de civuité que les Princes n'en ont d'ordinaire pour les gentilshommes (yii se sont donnés à eux; de manière que je pris dès-lors un zèle et une affection pour lui que nuls mauvais traitements ne m'ont pu faire perdre.
Nous passâmes deux mois à Vendôme à chasser et à nous divertir avec les dames, au bout
I. C*était en 1641. Un certain Guillaume Poirier, hermite aux faubourgs de Vendôme y fut enfermé au Grand-Châtelet de Paris sous une accusation de crimes divers avec un autre hermite, nommé Louis Allais. Interrogé par le lieutenant criminel , il déclara que le duc de Vendôme lui avoit proposé, dix-huit mois auparavant , d'assassiner le cardinal de Richelieu ; et il dénonça un troisième complice, hermite également, mais dans les environs de Gisors. Le duc, qui étoit dans son château d'Anet , fût mandé à la cour. Au lieu de se rendre à l'appel du roi , il se réfugia en Angleterre. Son procès lui fut fait alors, et le 16 mai, le roi, sollicité par le cardinal de lui accorder son pardon , résolut « de retenir à sa personne la connoissance du procès criminel contre M. de Vendôme et de suspendre le jugement définitif; » ajoutant : « selon qu'il se conduira à mon égard , j'en userai de même envers lui , étant content de lui pardonner en cas que ses actions le méritent. »
Année 1642. 157
lye ', le sieur de Vaumorin*, qui avoit la conance du duc de Vendôme , et négocioit toutes es affaires en France, allant et venant d'An- ;leterre chaque fois qu'il le falloit, et moi, en [ui le duc de Beaufort se fioit déjà entièrement, ifin de résoudre tous ensemble ce qu'il étoit à )ropos de faire pour le sortir de cet embarras. Passionnément amoureux de la duchesse de ^ontbazon 3, il ne pouvoit se résoudre à quitter a France pour se mettre en sûreté. Il nous dit, ]u'après avoir fait quelque temps le malade , il pourroit, changeant souvent de lieu , obtenir par ses amis que le Roi le laissât en repos, ou attendre que les circonstances devinssent différentes. La duchesse sa mère et le duc de Mercœur, qui craignoient que cette affaire n'achevât de perdre leur maison, étoient d'avis qu'il allât à la cour, ou se retirât en Angleterre auprès du duc de Vendôme ; mais le Père la Boulaye , mon frère, qui étoit arrivé pendant notre conférence , Vaumorin et moi, nous étant trouvés tous de la même opinion , nous dîmes que , puisque le Roi avoit commandé deux fois au duc de l'aller trouver, il étoit obligé d'obéir ou de quitter le royaume, ne pouvant éviter l'un de ces deux
1 . On verra plus loin qu'il étoit prieur de Vendôme. Or le collège de cette ville avoit été donné par César, duc de Vendôme, en 1 620, aux Oratoriens avec de ^ands avantages. Il est probable que le P. la Boulaye y avoit été placé par le pnnce, son protecteur et le bienfaiteur de son ordre.
2. Gentilhomme du duc de Vendôme. Il avoit un frère, nommé Hurlière, qui étoit au comte de Brion , plus tard duc de Dainville.
) . Marie de Bretagne, seconde femme d*Hercule de Rohan^ duc de Montbazon, mort le 28 avril 16$ 7;.
Comme je le vis s'opiniàtri.
dis que s'il ne me voulott U imérel, il le souffrit pour Ù repos, que je ne trouverud ment et les voyages. Il confl je voulus et mademoiselle dq e^Hit Uger la faisant résoudf BientAt après mon départ , ils mariage, et restèrent ensed quatre ou cinq ans , apn's tq Flandre au service du Roi<i avec quatre filles, et je l'ai (i quoique nx mois d'absmcel guén qu'il m'eût été al jrs P
I. Le miriage de des Ri ' Pontaioe a tanmî le sujet du i pioD qui ert inlitulé Du m,, i ÉzUrate (Alexandre de CampL l), pU {Du Troncè, beau-frére d'AleundreU ïintei), Agathisu (l'abbé de Cam^
riiuiLi chei fiiicra' ' '" ■" — '■
m'a)rmt ipperfu ce il 7 a ici pMe pou est camopéon, l'ui
chercher Eugénie, i ^
i Éiicnu , beau-pire de u
cette EngMe donl vou> parAJKlC E«t-cc qu'élit a perdu en d'H Toidtnt linuble, ou bien qt^V rite? — Qo'il vous luffiM, tf prétendait, je n'y embarqaW É{ avoii auin reconnu dei dé& p pu diCHsi un de mes n
Ajouloni, r--, ,.
dtuili lericit de Henri de* ■ Gamopèoa éprouve lei t^ | pour Eugénie.
Année 1642. 159
it au jour marqué , après avoir laissé à Venàme une lettre pour le Roi, à qui il mandoit ue la crainte que les ennemis de sa maison rsi'empêchassent S. M. d'agir avec sa bonté et sa l^stice ordinaires Pobligeoit de se retirer en -^\ngleterre jusqu'à ce qu'il Peut persuadée de ^^n innocence. Cette lettre ne fut envoyée ^u^après notre embarquement. De chez moi, ^ous allâmes passer la Seine à Jumiége ', et de "là près du Havre, où nous apprîmes que la tempête avoit éloigné notre vaisseau des côtes ; ce 3ui nous décida à nous enfermer chez le sieur e Mémont à Franqueville *, près de Fécamp, où nous fûmes quatre jours, pendant lesquels notre vaisseau revint à Iport 3, petit village proche du lieu où nous étions. Nous nous embarauâmes le lendemain. Le Duc n'a voit avec lui que les sieurs de Vaumorin , de Brillet , son écuyer, et moi, qui avois un valet pour nous tous, la crainte d'être reconnus ne nous ayant pas permis de mener plus de monde 4.
1. Abbaye célèbre de Tordre de Saint-Benoit, sur la rive droite de la Seine, au-dessus de Caudebec.
2. Hameau de la commune de Contre-Moulins, canton de Valmont , arrondissement d*Yvetot , département de la Seine- Inférieure.
3. Mieux écrit Yport, dans la commune de Criquebœufen-Caux, canton de Fécamp, arrondissement du Havre, département de la Seine-Inférieure.
' 4. Dans une lettre datée de Vert, 1 642 , Alexandre de Campion rend compte de la fuite du duc de Beaufort au duc de Vendôme. Voir la Lettre 71 à la fin du volume. Il y
(juitta pour «n Normandie, près de la rivière de Seine. »
158 MÉMOIRES DÉ CaMPION.
partis, à moins de hasarder sans sujet sa personne et sa maison ; que s'il alloit à la cour, il ne falloit pas douter, étant ennemi du cardinal, qu'il ne le flt arrêter comme complice des accusés, ou qu'après l'avoir fait interroger sur l'affaire dont il étoit question, il ne nt courir le bruit qu'il avoit accusé ses amis, afin de lui 6ter la réputation d'homme d'honneur et de probité qu'il avoit alors plus qu'aucun prince de France; de sorte que nous pensions que son voyage à la cour ne se pouvaht faire sans qu'il perdît l'honneur ou la liberté, le seul moyen d'éviter ces inconvéniens étoit d'aller en Angleterre auprès de M. son père attendre un meilleur temps.
Après plusieurs autres discours, nous déterminâmes avec bien de la peine le duc de Beaufort à sortir de France. Il m'ordonna aussi-tôt d'aller trouver quelques-uns de ses amis, pour qu'ils lui fissent apprêter un vaisseau sur les côtes de Normandie, et écrivit au Roi pour obtenir du temps, assurant que sitôt qu'il seroit cuéri il satisferoit aux ordres de S. M. Au bout de quelques jours nous eûmes assurance d'un vaisseau qui devoit attendre à Tembouchure de la Seine, près du Havre. Je partis sans délai pour lui faire trouver des relais sur les chemins, et le fus attendre au Boscferei», près Elbeuf, qui est la maison où je demeure encore à présent. Il s'y
I . Le Boscferei ou Boscferet est un hameau de la commune de Thuitsignol, canton d'Amfîreville-la-Campagne, arrondissement de Louviers, département de l'Eure. On y voit encore un petit manoir sans aucun caractère d'architecture qui appartient aujourd'hui à M. le Haitre.
Année 1642. 159
rendit au jour marqué , après avoir laissé à Vendôme une lettre pour le Roi , à qui il mandoit que la crainte que les ennemis de sa maison n'empêchassent S. M. d'agir avec sa bonté et sa justice ordinaires l'obligeoit de se retirer en Angleterre jusqu'à ce qu'il Peut persuadée de son innocence. Cette lettre ne fut envoyée qu'après notre embarquement. De chez moi, nous allâmes passer la Seine à Jumiége ', et de là près du Havre , où nous apprîmes que la tempête avoit éloigné notre vaisseau des côtes; ce ui nous décioa à nous enfermer chez le sieur e Mémont à Franqueville*, près de Fécamp, où nous fûmes quatre jours, pendant lesquels notre vaisseau revint à Iport ' , petit village proche du lieu où nous étions. Nous nous embarauâmes le lendemain. Le Duc n'avoit avec lui quêtes sieurs de Vaumorin , de Brillet, son écuyer, et moi, qui avois un valet pour nous tous, la crainte d'êtt-e reconnus ne nous ayant pas permis de mener plus de monde 4.
1. Abbaye célèbre de l'ordre de Saint-Benoit, sur la rive droite de la Sdne, au-dessus de Caudebec.
2. Hameau de la commune de Contre^Moulins, canton de Valmont, arrondissement d'Yvetot, département de la Seine- Inférieure.
3. Mieux écrit Yport, dans la commune de Criqueboeufen-Caux, canton de Fécamp, arrondissement du Havre, dépar t e m e nt de la Seine-Inférieure.
4. Dans une lettre datée de Vert, 1642, Alexandre de Campion rend compte de la fuite du duc de Beaufort au duc de Vendôme. Voir la Lettre 71 à la fin du volume. Il y parle d'une circonstance que Henri avoit sans doute oubliée; c'est qu'après que la résolution du prince eut été prise « il le (paxta pour aller l'attendre dans une maison qu'il avoit en Normandie, près de la rivière de Seine. »
r.' W: - ^st> «aes «Dr. Uii Pilfr
Mi\r??p&r* :- xnnt!: ~ J -Aminn!? . .
i Kiinîfiaittr- i xi~ \canianabe~: .
tonte «ATte c
snr- . c ; .morf- . auBÀ tis: JSttf i:: 'Rrfur^ vn c tnrx'- MïoaiTxar; .anri: svar ^tt nczx de
nsr. ■ : mm- c »u«£^
. fsminr c Kov?rr e-. i: VasBR: xaer izoït -"rvfi - •tnnfu-r î Trrcc- 43: l':and:-& irra:?:, . ^^in r?tup:f: tiurtpwrr; vît. nia. m irjî. . noTTL i 1 uiitîf :ti-. .
. -Itar-îf. rarroia.. Tua jit.-^: 1. Veariliî. 1 pnat «ê
rrû.: . tu-\-t. . 'k tcnmnr -îî n--. 1 Jc ^sîucii iJors ■E AacîKf-r, Vrr i: - uciTtr n^ -,
D- iim'T^z. 1 «voci ±t aczsnt. acss. nia -wn avisnitic, [ii oraau^'. ii: L iic: j«r: Tj ainrns m. nûz r^rrjeaas en
Fimmb^a^us, jf wmnzus:- ■ m r» * iTAiscoax. chamueLût tJi- au: :">ian5.
< Jyuii ? ^-s'am: . Trarçna àt F . i * r'in . Il s*ètoit sauvé *.'. i-x^ASxrt iyr«» a iscMn-Erts Σ J jja]i ifa tion de Cinq-
y fi /fcf/>a €a AagCct^rrt dcpûs la mort du comte de hiMititi* ëUf{tit\ il a voit été attaché, dont il avoit servi toutes \t 4 \uU\^*iM ti louk les complots. Nul ne fut plus avant que li(j lUiik le |<M)jei d'abuiftiner le cardinal ae Richelieu i
Année 1642. 161
contre le comte d'Essex, général du parlement, dans laquelle ayant eu beaucoup d'avantages, quoiqu'il ne la gagnât pas entièrement, il contraignit ses ennemis de se retirer à Londres, et s'en approcha si près qu'il mit la ville en grande épouvante. Cela ne nous empêchoit pas d'y passer la vie avec beaucoup de douceur. Je gagnai beaucoup d'argent au jeu , et me mis en si bon état que quand le duc de Beaufort parla de me bailler pension , je lui dis que lorsqu'il auroit établi sa lortuné, j'espérois qu'il songeroit à la mienne, et que jusques-là je ne lui demanderois rien.
Pendant les désordres des Anglois, qui ont à la fin changé la forme de l'État, après que par une cruauté sans exemple, ils ont fait couper la tète à leur Roi ' , nous eûmes avis que le cardinal de Richelieu étoit malade, et peu de temps après qu'il étoit mort > au comble de la fortune et ae la gloire.
En apprenant cette nouvelle, qui donna aux exilés la joie que l'on peut penser, le duc de Beaufort reçut une lettre de la Reine, près de laquelle il étoit alors tout-à-fait bien , et qui le prioit de repasser en France. Cela nous fit partir en poste la même nuit , les mêmes que nous étions venus avec le Duc. Nous nous rembarquâmes à Rie , et fûmes mettre pié à terre à Saint-Valeri en Caux ?. Nous y achetâmes des chevaux sans nous faire connoître, ayant appris en arrivant