LETTRE XLVII
J'ai reçu votre lettre du 2 1 décembre , par laquelle vous me témoignez être fâché que je n'avûis pas ouvert celles du roi et de M . !e Cardinal , que vous me renvoyez, et que je vois différentes de ce qu'ils m'avoient dit en les quittant, vu qu'ils vous mandent que ce que je leur ai dit est bien contraire aux avis qu'ils ont d'ailleurs. Pour répondre à la vôtre, je vous dirai en hâte que je n'avois garde d'ouvrir vos lettres sans votre commandement, et qu'auparavant que de cacheter celles que vous leur écrivez, je !es montrerai suivant votre ordre à madame votre mère, au Père de Gondy et à MM. les présidents de Mesme ' et de Bailleul » , et que je les porterai ensuite au roi et à M. le Cardinal. Je les trouve fort bien ; mais je prendrai la liberté de vous dire que j'eusse été bien aise de les voir tous en particulier, de peur que M. le Cardinal ne sache qu'ils sont de vos amis, cela leur pouvant nuire , s'il le découvre , et que même je l'aurois fait , quoique vous me mandiez le contraire, sans que vous les nommez dans la lettre de madame votre mère. Ainsi comme elle les a mandés , je me trouverai tan-
1. Henri de Mesme, président â monier au parlemeni de 1, Louis de Bailleul, président à mortio- au parlement
d'Alex, de Campion. ;;r
^^1 avec eux dans son cabinet, et vous rendrai ~^^mpte de la conférence et de ce que j'aurai ^tspris en portant vos lettres.
A Pflrù, ce 14 décembre 1640,
LETTRE XLVIll.
Ceux qui se sont rencontrés à la conférence qui s'est faite devant madame votre mère ayant trouvé que vos lettres étoient fort bien faites, j'ai vu M. le Cardinal dans sa maison à Paris, où, au lieu de sa douceur ordinaire, je n'ai trouvé
3u*emportements et menaces, sur ce que vous emandez le parlement pour vous justifier. Il m'a même dit devant toute la Cour que c'étoii au Roi à vous choisir des juges, et non pas à vous ; à quoi je lui ai reparti que vous n'en aviez point d'autres que le parlement, et que le Boî étoit trop juste pour ne le vous pas accorder. Il m'a dit ensuite qu'on verroit si j'avois trem-
f lé dans les commerces que vous aviez eus contre e service do roi, et que Sa Majesté en feroit justice; à quoi j'ai répondu, en me retirant, que j'apportois ma tète pour répondre de vos actions et des miennes, et qu'en servant fidèlement mon maître, jen'avois peur de rien. Sitôt que j'ai été sorti , je suis venu à toute bride â Saint-Germain, de peur qu'il n'eût le temps de mander au Roi qu'il ne reçût pas votre lettre. Je l'ai trouvé soupant , et, sans me montrer, je me
îji Lettres
suis tenu sous la porte de son cabinet , oîi je |
lui ai présenté votre lettre , et je l'ai suivi; il l'a J
lue avec attention , et a bien voulu que j'aie j raisonné avec lui sur vos intérêts, ei il m'a écouti | favorablement jusqu'à ce que M. de Chamaranle' lui est venu apporter une lettre de la part de M. le Cardinal: car, sitôt qu'il a eu achevé de la lire, il a donné le bonsoir, et m'a dit qu'il vous feroit demain réponse. Je suis venu aussitôt vous écrire à mon logis, d'où 'e vous dépêche ce courrier, et je retournerai demain a Paris , où , après avoir ouvert \e? "^"onses qu'on vous fera , je vous manderai les de vos vrais servi-
teurs, et les miens, [ e vous me le commandez toujours.
A Saini-Cermain,ceii embrc 1640.