‹ Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt (volume 2)Chapitre 10 sur 25 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

—Je ne saurais vous refuser , quelque pénible qu'il me soit de devoir vous promettre.

En le quittant, je me rendis chez SylTia, et je sonpai

HiMOIEES

très -tristement, car j^aimais réellement cet aimable seigaeur , et le jeu n'en valait pas la cluandeUe. Je ne me serais point battu, si j a?ais pn me oonvaincre que j avais tort ; mais j'ayais beau tourner Taffiiire sous toutes les faces, je voyais toujours que tout le tort était du côté de lexcessive susceptibilité du comte , et je résolu» que je lui donnerais satisfaction* Dans tous les cas, il ue pouvait me venir çn idée de manquer au rendez-vous.

Parrivai au café un instant après lui ; nous déjeùnâ-

mes , il paya ; ensuite nous sortîmes et nous nous dirigeâmes vers r£ toile. Lorsque nous fûmes à Tabri de tous les regards, il tira de sa pocbe un rouleau de cent louis , et me le donnant d\in air très-noble , il me dit qu^un coup d^épée devait sufEre à Fun ou à lautre. Je n avais pas la Osusulté de répondre.

Il s*écarta de quatre pas et mit Fépée à la main. Je rimitai sans mol dire , et m utant avancé , dès que nous eûmes croisé le fer, je lui aloqge ma botte à bras tendu. Certain de TaToir blessé à la poitrine , je rompe deux pas en le sommant de sa parole*

Doux comme un agneau, il baissa son épée, et ayant mis la main dans son sein , il Ten retira toute teinte de sang et me dit d*un ton aimable : Je suis content.

Je lui dis tout ce que je pouvab, tout ce que je devais lui dire de plus honnête, tandis quMl s^appliquait

un mouchoir, et visitant la pointe de mon épéo, j'éprouvai la plus grande satisfaction en voyant qu^ell%i n était pas entrée de plus d'une ligne. Je le lui dia en

lui oHirant de Taccompagner. Il me remercia , et m» pria d'être discret ^t de le considérer à TaTeoir en véritable anû« Apvéa I^aToir embrassé en versant des lar- . mes , je rentrai chez moi très-afiligé et riche d^uoe forte leçon. Cette ailaire demeura inconnue à tout le monde, et huit jours après, nous sonpimes ensenible chez Camille.

Quelques jours après , je reçus de M. Tabbé de la ViUO} pour ma mission de Dunkerque, la gratification de cinq cents louis dont f ai parlé. Étant allé voir Taimable Camille, elle me dit que la Tour-d Auvergne était retenu dans son lit par une sciatique et que si je voulais , nous irions le lendeasain lui faire une visite. J^acceptai et nous y allâmes. Après avoir déjeùné , je lui dis d^un air sérieux que , s'il voulait me laisser fiure, je le guérirais ; car son mali n'était pas ce qu*on appelle précisément sciatique , mais un vent humide que je ierais partir, moyennant le talisman de Salomon et cinq paroles. Il se mit à cire, mais il me dit de faire tout ce que je voudrais.

— Je m en vais donc acheter un pinceau.

— J^euverrai un domestique*.

— Non, car je dois être sûr qu*on n'aura pas marchandé , et puis il me faut aussi quelques drogues. J'achetai du oitre , de la Heur de soufre, du mercure et un petit pinceau ; puis étant rentré : IL.me fout, lui dis-je,

un peu de votre , ce liquide m^est indispensable,

et il faut qu'elle soit toute fraîche. Camille et lui riaient aux éclats , mais cela ne m*empèchait pa% de gardér moia sérieux de charlatan. Je lui donnai un gobelet,

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je baisMÎ modestemeiit les rideaux 5 il fit ce que je

Je âs dé ton» ee» bigrédieM Wê mAange , et je^ à Camille qu'elle devait lui frotter la cuiaae pendant qae je momurerait me ecmjoraticni ; inaiv je la pré- Tins que si , pendant Poelion , éHe aitait le nallienr de

rire , tout serait perdu-. Cette menace ne fit qu'accroître leur bonne humeur , et leur rire devenait in* exln^iMe^ csf ans nement où Us se ereyaienA ttslti' es

de soi, ils se regardaient et après avoir comprimé les premiers élans , ils finissaient par éclater de nouveau , m point que je eoaamençais à ototre qne j^arrais ordonné Fimpossible* Bnfin , après e*étre tenn les eAtés ^ pendant une demi-heure , ils se mirent en devoir d^étre •érîenx et d'îoûter le etàme imperturbaMe dont je lenr dènmds Pexemple» La Toiir>d*Avy«fgne ftit le premier à se maîtriser , et prenant «on sérieux , il présenta la cuisse à Camille qui , s imaginant jouer un réle sur la scène, commença à frotter le malade , tan*

dis qu à demi-voix je marmottais des mots qu'ils n^auraient jamais pn comprendre , quelque bien que je les ensse prononoés, et eek par k raèson ^pie je ne les comprenais pas mOMilénfe«

Je fus bien près de gàler Tefficactté de Topératioa en Yoyant les grimaces que ces dent êtres faisaient poor garder leur aériens. Rien nVtait pins eomiqne que Camille ! Après leur avoir dit enfin que c'était assez frotté , je trempai mon pinceau dans Tamalgame ; puis, d*tto senT trait, je M lis sur la evisse Fétoileà cinq pointes^ dite le siyne de Salomoq^ ensuite j'enveloppai

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