‹ Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt (volume 2)Chapitre 11 sur 25 · D£ CA.S4.I!M»¥A · texte numérisé non relu

D£ CA.S4.I!M»¥A

la cuisse avec troU serviettes, et je lui dis que s^il pouvait «e tenir dans son Ut traiMpiSIe pendant vingtquatre bedreâ, tans Aler les aervietlei, je loi garantissais sa parfaite guérison.

Ce qu^ii y a de plus risible, G^est que quand jJeus fini , ni le comte ni Camille ne riaient plus ; ils avaient Fair émerveillé, et moi.... il me semblait que j^a vais iait la plus belle chose du monde. A force de répéter on mensonge, on pent finir par croire qne c'est k' vérité.

Qaelques instans après cette opération , que j'avais faite sans préméditation et comme poussé par Tinstinct, BO«s partîmes, CamHle et moi, dans un fiacre , et je lui fis mille contes absurdes qu'elle écouta si attentiveawnt, que lorsque je la quittai à sa porte, die en était tout ébahie.

Quatre ou cinq jours après, ayant presque entièrement oublié cette comédie, j'entends des chevaux s'arrêter à ma porte, |e. regarde par la fenêtre et je vois M. de la Tour-d'Auvergne descendre lestement et entrer chez moi. Vous étiez sur de votre fait, mon ami, me dit-il en m'embrassant, puisque vous n'êtes pas venu voir connnent je me pertsis le lendemain de votre étonnante opération.

— Certainement, j'en étais sàr $ mais si jlavais eu le temps , vous m'anries vu midgré cela.

— Dites-moi s il m'est permis de me mettre dans ua bain.

— Poînl de bain que vous ne vous ctoyies Meu rétabli.

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— Vo^s serez obéi. Tout le monde est étonné de ce fdt, nïon ami, car je n^ai pu mVmptoher de conter ce miracle à toutes mes connaissances. Je trouve des esprits forts qui se moquent de moi , mais je les laisse dire.

— Vous auriez dû être discret, car vous connaissez Paris. On me traitera de diarlatan.

— Tout le monde ne pense pas ainsi , et je suis venu vous demander un plaisir.

— De quoi s agit-il?

. — J'ai une tante connue et reconnue pour savante dans toutes les sciences abstraites , grande <^iimiste , femme d^esprit, fort riche, seule maîtresse de sa for* tune , et dont la connaissance ne peut que vous être utile. Elle meurt d envie de vous voir i car elle prétend TOUS connaître , et soutient que tous n^tes pas ce qu'on vous croit. Elle ma conjuré de vous mener diner chez elle , et j'espère que vous aurez la bonté d'accepter. Ha tante se nomme la marquise d*Urfé.

Je ne connaissais point cette dame, mais le nom dX rfé m*imposa dans Tinstant , car je savais Phistoire du fameux Anne d'Urfé qui avait brillé à la fin du seizième siècle. Cette dame était veuve de son arrière-petit-fils , et je sentis qu'il se pouvait fort bien qu'étant entrée dans sa famille , elle se fût imbue de toutes les sublimes doctrines d'une science qui m'intéressait beaucoup, •toute chimérique que je la croyais. Je répondis donc a la Tour-d* Auvergne que j'étais à ses ordres, mais à condition qu'à dîner nous ne serions que nous trois.

— Elle a tous les jours une table de douze couverts »

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et vous dtnerez avec tout ce qu^il y a de mieux daos la capitale.

— Voilà précisément, mooeher comte, ce que je

ne veux pas ; car je déteste la réputation de magicien que vous ne pouvez manquer de m avoir faite*

— Il ne s^agit pas de ça ; yùo» êtes connu et vous

serez avec des gens qui ont pour vous une haute estime* ^ £n êtes-vous sûr ?

— La duchesse de Lauragnais m'a dit que , il y a ' quatre ou cinq ans , vous alliez souvent au Palais-Royal et que vous passiez des journées entières avec la duchesse d^Orléans; madame de Boufflers , madame de Blois et madame Melfort même , m'ont parlé de vous. Vous avez tort de ne pas reprendre vos anciennes faabitndes* Ce que Tons aves fiiit de moi et sur moi ne laisse aucun doute que vous pouvez faire une brillante fortune. Je connais à Paris cent personnes de la première volée , hommes et femmes , qui ont la même maladie dont vous m'avez guéri , et qui vous donneraient la moitié de leur bien, si vous les guérissiez*

La Tour-d'Auvergne parlait fort juste ; mais comme je savais que sa cure merveilleuse n'était due qu^à un singulier hasard, je ne me sentais aucune envie de me rendre public et ridicule* Je lui dis donc qu^absolument je ne voulais pas m'exposer, et qu^il n^avait qu'à dire à madame d'Urfé que j'aurais l'honneur de l'aller Toir avec réserve et non autrement, et qu*elle pourrait me faire connaître le jour et l'heure où il iui plairait que je lui présentasse mes hommages*

Le même soir, en rentrant chez moi ^ je trouvai un

lit

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biOet da comte où fl me domiftit rendex-vous an Tiit«

leries pour le lendemain à midi , qu'il s'y trouverait et que de là il me mènerait chez sa tante , qui m attendait avec impatience , que nous dînerions à nous trois et qu'elle ne serait visible pour personne que pour nous*

Exact au rendez-vous ainsi que le comte , nous nous rendîmes chez madame d'Urfé qui denieurait sur le quai des Théatins, à côté de Thotel Bouillon.

Belle, quoique vieille, madame d'Urfé me reçut avec cette noble aisance de Faneienne cour du temps de la Régence. Nous passâmes une heure et demie à causer de choses indifférentes, et sans nous le dire, d^aeeord sur la maxime de nous étudier. Nous voulions réciproquement nous tirer les vers du nez.

Je n*avais pas de peine à jouer l'ignorant, car je Pétais en effet , et madame d^Urfé , qui ne se montrait pas curieuse, trahissait, sans le vouloir, Tenvie de^e montrer savante; cda me mettait taut>-à-fait à mon aise , car j'étais certain de la rendre contente de moi , si je parvenais à la rendre contente d^elle-méme.

A deux heures, on servit, sur une taUe à tnùs couverts, le même dîner que Ton servait chaque jour pour douze , et nous dînâmes d'uue manière assez insigni*fiante , sous le rapport de la oonversation , car nous ne parlâmes que de futilités , à Tinstar de la bonne compagnie , ou plutôt du beau monde.

Après le dessert , la Tour^d^Auvergne nous- quitta pour aller voir le prince de Turenne qu'il avait laissé le matin avec une £orte fièvre, et après son départ madame d^Urfé commença à me parler chimie, magie ,

et tout ceqtû faisait l'objet de son culte ou pour mieux dire de sa folie. Lorsque nous en vînmes au grand-r œuvre et que .f eus la bonfaoniie de loi demander ai éOe conoaissait la matière première, la politesse seule l'empêcha d^éclater de rire 3 mais avec un sourire gra* eieux , elle me dit qu elle possédait déjà ce qaW ap* pdait la pierre philosophale , et qu*eDe était rompue dans toutes les grandes opérations. Ensuite elle me fit voir sa bibliothèque , qm avait appartenu au grand d'Urféet à Rénée de Savoie, sa femme ; mais elle Pavait augmentée de manuscrits qui lui avaient coûté plus de cent mille francs. Paracdse était son antenr favori , et selon sa croyance positive , il n'avait été ni homme ni femme, sans être hermaphrodite, et avait eu le malheur de s'empoisonner avec une trop forte dose de pansTcée ou de médecine universelle. Elle me montra un petit manuscrit où se trouvait le grand procédé ex-* pliqué en françm , en termes très^lairs. Elle me dit qu'elle ne renfermait pas sous clé , parce qu'il était écrit en chiffres et qu'elle seule en avait la clé.

— Vous ne eroyeas donc pas, Madame, à k stégano* " graphie?

— Non, Monsieur, et si vous voulez Taccepter , en Toici la copie , dont je vous fait présent* •

— Je Taccepte , Madame , avec d'autant plus de re- ' oonnaissance , que je sais tout ce qu'il vaut.

De la bibliothèque, nous passâmes dans le laboratoire , qui , positivement , m'étonna. Elle me montra fine matière qu'elle tenait au l'eu depuis quinze ans et iqui avait besoin d^f être encore pendant quatre on

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cinq. G^était une poudre de projection qui devait dans la minute opérer la transmutation de tous les métaux en Por le plus pur. Elle me fit voir un tuyau par où le charbon deacendait et allait entretenir le feu de son fourneau, toujours au même degré. Le charbon était poussé par son poids naturel et toujours successive*^ ment et en quantité égale , de sorte qu'elle passait sou* vent trois mois sans visiter ce fourneau et sans que son feu éprouvât la moindre variation. La cendre s^échap-* pait par un autre tuyau très-habilement pratiqué ^ et qui servait en même temps de ventilateur.

La caldnation du mercure était un jeu d^enfant pour cette femme vraiment étonnante. Elle m^en montra de calciné et me dit que , quand je le voudrais , eUe m'en ferait connaître le procédé. EUe me fit voir ensuite Tarbre de Diane du fameux Taliamed dont elle était rélève. Ce Taliamed était le savant Maillot qui , selon madame d^Urfé^ n'était pas mort à Marseille, comme Fabbé le Maserier Pavait fiut croire , car il était vivant, et elle ajouta avec un petit sourire qu^elle recevait souvent de ses lettres. Si le régent de France Pavait écouté , me dit-elle , il vivrait encore. Ce cher régent I il a été mon premier ami , c'est lui qui m'a donne le sobriquet d^Egérie et cW lui qui me maria à M. d'Urfé.

Elle possédait un commentaire de Raimond Lulle , qui avait éclairci tout ce qu^Ârmand de Villeneuve avait écrit d'après Eoger Bacon et Heber , qui , selon elle, n'étaient point morts. Ce précieux manuscrit était dans une cassette d'ivoire dont elle gardait soi-i gneusement la clé; son laboratoire d'ailleurs était

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