‹ Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt (volume 2)Chapitre 9 sur 25 · TOME VI · texte numérisé non relu

TOME VI

MteOIRlS

que ces paroles furent «nÎTies d'un rire à gorge déployée , ce qui tofltt pour confondre Thomme le plus

aguerri. Je ne pouvais au reste ni rire ni disconvenir du fait , et cette situation était aflreuse ou Taurait été, si les bienheureuses ténèbres n^ayaienl Toiié ma confusion. Babet se tuait en attendant à demander au comte pourquoi il riait ainsi, mais lorsqn^il voulait eommencer & parler , le rire le reprenait de plus belle ; et je mPen félicitais dans le fond de rame. Enfin la Toiture s'arrêta à ma porte , et mon domestique ayant ouTert la portière , je me hâtai de descendre en leur souhaitant une bonne nuit,quelaTonr-d*AuTergne me rendit en continuant à rire aux éclats. Je rentrai chez moi tout hébété, et ce ne fut qu'une demi-heure après que je commençai à mon tour à rire de la singularité de Paventure. Ce qui me faisait pourtant deJa peine , c^était de devoir m'attendra à de mauvaises plaisanteries , car je n'avais pas le moindre droit à la discrétion du comte. Je fus assés sage cependant pour prendre la résolution, sinon de rire avec les plaisans, au moins de ne pas me fôdier des plaisanteries dont je serais Pobjet ; c*élait et c^est toujours à' Paris le plus jAr moyen de mettre les rieurs de son côté.

Je passai trois Jours sans voir Taimable comte , et le quatrième je pris la résolution d'aller lui demandera déjeûner vers les neuf heures , car Camille avait envoyé chez moi pour savoir comment je me portais. Cette affaire ne devait pas m^empècher de continner a la fréijaenter ; mais j*étais bien aise .de savoir comment on avait pris la chose.

Dl CASAHOYA* 107

Dès que la Tour-d' Auvergne me vit , il partît d^ua ëdat fia rire^ je fis chorus et nous nous embrassâmes affeetnensement, mais lui , goguenard, 0 imitait la demoiselle. Mon cher comte, lui dis-je, oubliez cette sottise , car tous m'attaqueriez sans mérite , puisipie je ne saurais comment me défendre.

-— Pourquoi , mon cher , penseriez-vous à vous défendre? Nous vous aimons tous et cette aventure eomiq[ue fait notre délice ; nous en rions tons les joors^

— Tout le monde la sait donc?

— En doutez-vous ? mais c'est la chose du monde la plus simple. Camille étouffe. Venes-y ce soir ; j*y amè» * ueraiBabet et elle TOUS fera rire, car elle soutient que vous ne vous êtes pas troui^é.

• ^ Elle a raison.

Comment, raison? à d'antres. Vous me laites trop d^hooneur et j^en n^en crois rien. Mais vous prenez votre parti.

— Je nai rien de mieux à &ire j mais au fiût, ce n^est pas à vous que mon imagination délirante offrait un si brûlant hommage.

A table je plaisantais, je bisais Tétonné de Tindis» crétion du comte, et je me vantais d'être guéri de ma pasiiion. liabeL, avec uu petit ton relrogné , m^appelait vilain , et soutenait que je n'étais point guéri ; mais le frit est que je Tétais , car cette aventure me dégoûta d'elle et m'attacha d'une amitié sincère au comte , qui avait toutes les qualités pour être aimé de tout le monde. Cette amitié pourtant pensa m'étre funeste , comme mon lecteur va le voir.

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JJa soir, me trouTant au foyer de la Gomédie-Italieime 9 la Tonr^dTAiiTergiie yiot me prier de^ Ini prAter eent loui^ , me promettant de me les rendre le samedi •urrant.

— Je ne lésai pas , lui dis-je ; maia yoieimabofirsé:^

ce qu^elle contient est à votre service.

— C'est, mon eher, cent loois qu^il me iaat et de snite, car je les ai perdus hier soir chez la princesse d'Anhalt (i).

— Mais je ne les al pas»

Un receveur de la loterie doit toujours avoir plus de cent louis.

-"D'aecord, mak ma caisse est sacrée; je dois la consigner à l'agent de change d'aujourd'hui en huit.

— Cela ne vous empêchera pas de la consigner lundi, puisque je tous les rendrai samedi. Otez &ent louis de votre caisse et mettez-y ma parole d'honneur. Croyez-vous qu'elle vaille cent louis?

— Je n'ai pas le mot à objecter i atleadez-moi un moment.

Je cours à mon bureau , je prends les cent louis et je reviens les lai porter. Le samedi ri^it , point de comte, et comme je me trouvais précisémeut sans argent , le dimanehe matin je mis mon sofitaire en gage et je remplaçai les cent lonts dont ma caisse étmt créancière. Le lendemain je fis ma consignation à ^ Tagent de chaoge. Trois ou quatre jours après , me troimtit à Famphidiéâtre de la Comédie^Française,

(i) G*était la mère de Catherine , impératrice de Russie.

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▼«3& la ToHr-d'Atnrerg^e qui m'aborde en me faismrt

des excuses. Je lui réponds en lui montrant ma main et en lui disant que j^avaid engagé ma bague pour sau- ▼er mon honneur» Il mé dit d^Au «ir triste ifùLm lui avait manqué de parole , mais qu il était certain de me ' rendre mes cent louis le samedi suivant* Je tous en donne , ajouta-4^il , ma parole d'hontieur.

Votre parole d^honneur est dans ma caisse , ainsi permettez que je n*j compte pas; tous me retfdres les cent knâs quand voua Toudres.

A ces paroles, le comte devint pale couffae la mort*

-^Ma parole d'honneur, mon ofaer CasanoTa , m'est

plus cbôre que la Tie, et je vous donnerai les cent louis demam à neuf heures du matin, à cent pas duca£§ qm est au bout des Champs-Elysées. Je tous tes donnerai tête-à-téte, personne ne nous verraj j'espère que vous ne manquerez pas de venir les prendre et qneTons aurez votre épée ; j'aurai la mienne.

— Ma foi , Monsieur le comte , c'est vouloir me faire payer trop cher un bon mot. Tous me faites éssuré* ment un grand honneur; mais j^aime mieux vous en demander pardon si cela peut empêcher cette fâcheuse affaire.

— Non, j'ai tort beauconp plus que vous , et ce tort ne peut être effacé qu^à la pointe de Tépée. Viendrez-

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