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fermé à font le monde. Elle me montra nn baril rem-
pli deplatina del Pinto, qu'elle me dit être maîtresse de convertir en or quand bon loi semblerait. C'était M. Yood lui-mime qui lai en avait fait présent en 1745. Elle me fît voir du même métal dans quatre vases dilïérens. Dans trois, le platine était intact dans de Facide vitriolique , nitrique et marin ; mais dans le qua* trième , ayant employé Teau régale , le métal n avait pu résister à son action. Elle le fondait au miroir ar^ dent, et elle médît que, senl, on ne pouvait pas le fondre autrement , ce qui , selon elle , prouvait que ce métal était supérieur à lor* Elle men montra précipité par le sel ammoniac , qui n*a jamais pu précipiter Por.
Elle avait un athanor vivant depuis quinze ans. Je vis sa tour remplie de charbons noirs , ce qui me fit juger qu'elle y était allée un ou deux jours auparavant. En entrant , je m'approchai de son arbre de Diane , et je lui demandai respectueusement si elle convenait que ce notait qu'un jeu pour amuser les enfans. Elle, répondit avec dignité qu'elle ne lavait composé que pour s'amuser en employant l'argent , le mercure , l'esprit de nitre , et les cristallisant ensemble , et qu'elle ne regardait son arbre que comme une végétation métallique' qui montrait en petit ce que la nature pourrait faire en grand; mais elle ajouta très-sérieusement qu'elle pouvait faire un arbre de Diane qui serait un véritable arbre du soleil, qui produirait des fruits d'or qu on recueillerait et qui en reproduiraient jusqua l'extinction d'un ingrédient quelle mêlerait aux six lépreux en proportion de leur quantité. Je lui
Digitizeu w-j ^jQOgle
répoodis cl ud ton modeste que je ne croyais pas la dme pottibie san» k poudre de pmjeelioii» IfaidRine d'Urfé ne me répondit qne par on gracieux sourire.
£lle me ût voir alors une écueile de porcelaine dan« kqudie il y ayait du nitre, da mereure el du «oufVe , et sur nue assiette un sel fixe* nnaghie, ine dit h marquise, que ces ingrédieos vous sont connus? Je les connais, et ce sel fixe est de l'urine*
^ VoQs y êtes.
— J'admire votre pénétration , Madame. Vous avez analysé Famalgame avec lequel j^ai tracé le Pentaele sur la cuisse de votre neveu ^ nuds H n'y a point de tartre qui puisse vous montrer les paroles qui donnent de la vertu au Pentacle.
— ^ 11 ne Isnt pas du tsrtre pour cela , mais le manuscrit d*un adepte que f ai dans ma éhambre et cpie
j/B vous montrerai. Vous y trouvères TOs propres paroles*
- Je né répondis que par une inclination de tite, et nous sortîmes de ce curieux laboratoire.
A peine arrivés dans la chambre , madame à^Vrfk tira d^nne jolie cassette un petit livre noir qn*elle posa sur la table et elle se mit à chercher un phosphore. Tandis qu'elle cherchait, j*ouvris le livre qui était derrière die , et je vis qu'il était rem|>Ii dePentades, et je tombai par bonheur sur le môme talisman que j^avais peint sur la cuisse du comte. 11 était entouré des noms des ^ies des planètes, deux exceptés , qui étaient ceux de Saturne et de Mars. Je refermai vite le livre. Ces génies étaient ceux d' Agrippa que je con-
BS CàBàXmk. 121
naissais. Sans faire semblant de rien , je me rapprochai d'elle , et bientôt elle trouva le phosphore qu'elle cfaerehaifl; et je Ai8 "vérilBbleuieiit surpriBàaftvue; mttis j'en parlerai ailleurs.
Madame la maripise se mit mr aon canapé ^meSn asseoir auprfti 4*eHe et ne demanda' si je comnaissffls les talismans du comte de Trêves.
— Je n'en ai jamais entendu parler, Madame, mais je connais tem de PoGphile.
-—On prétend que ce sont les mêmes.
Je ne le crpis pas.
Nous le savrmis si vous voalez écrire Fes paroles que vous avez prononcées en traçant le Pentacle sur la cuisse de men neven* Le livM sera le même, si, sur celoi«ci , je vous bwsve les paroles qni entonrent le même talisman.
— Ce serat mfee pi^enve j^en cenviens; je m en vais les écrire^
Je me mis à écrire les noms des génies. Madame trouva le Pentacle , me récita les noms , et moi , contrefaisant Pétomié , je lui donne mon papier avec Falr de Fadmiration et elle montra la plus grande satisfaction en lisant les mêmes noms. Vous voyez , me ditelle , que Poliphile et le comte de Trêves possédaient la même science.
— J'en conviendrai , Madame , si dans votre livre on trouve la méthode de prononcer les noms ineffables. Connaissez-vous la théorie des heures planétaires?
—Je crois qne oui; mais die n'est pas nécessaire dans cette opération.
122 HÉHOIEBS
— Indispensable, Madame, ear c^eat de làcpie dépend
rînfaillibilité. J'ai peint le pentacle de Salomon sur la cuisse du comte de la Tour-d'AuTergoe à Theure deYénus, et si je n^ayais pas commencé par Araêl , qui est le génie de la planète , mon opération aurait été sans effet»
— C'est ce que j'ignorais. £t après Âraël.
— U faut aller à Mercure, de Mescure à la Lune^ de la Lune à Jupiter et de Jupiter au Soleil. Vous voyez que c'est le cycle magique du système de Zo*roastre, oùje saute Saturne et Mars qnela science exclut dans cette opération.
— Et si TOUS aviez opéré dans l'heure de la Lune y par exemple?
— Je serais alors aile à Jupiter , puis au Soleil , de là à Âraël, c'est-à-dire à Vénus, et j'aurais fini par Mercure*
— Je vois , Monsieur , que vous possédez la pratique des heures avec une facilité surprenante*
— Sans ce. Madame, on ne peut rien faire en magie, car on n'a pas le temps de calculer ; mais cela n'est pas difficile. Une étude d'un mois en donne Thabitude à ' tout candidat* Ce qui est beaucoup plus difficile , c^est le culte 5 car il est beaucoup plus compliqué ; mais on y parvient. Je ne sors jamais de chezi moi sans connaître de combien de minutes est composée Theure dans le jour courant, et j'ai soin que ma montre soit pariaitement réglée, car une minute de plus ou de moins décide de tout.
— Au riez-vous la complaisance de me communiquer cette théorie?
— Vous ïwez dans Artefios^et pins claire dans SandÎToye.
— Je les ai , mais ils sont en latin.
— Jè Tons en ferai la traduction.
— Vous aurez cette complaisance? Vous me rendrez heureuse. ,
— Vous m'avez fait voir des choses. Madame , qui me forcent à ne point vous refuser , pour des raisons que , peut-être , je pourrai tous dire demain.
— Pourquoi pas auj ourdirai?
— Parce que je dois auparavant savoir le nom de votre génie.
— Vous savez que j'ai un génie?
— Vous devez en avoir un , s^il est vrai que vous ayez la pondre de projection.
— Je Taî.
— Donnez-moi le serment de Tordre.
— Je n^ose, et vous savez pourquoi.
— Demain, peut4tre, je vous mettrai dans Pimpossibilité de douter.
Ce ridicule serment n^était autre que celui des prin* ees rose-croix, qu'on ne s'entre^nne jamus sans se connaître auparavant; ainsi madame d'Drfé avait et devait avoir peur de devenir indiscrète ^ et de mon côté je devais faire semblant d'avoir la même craiute. Le fait est que je crus devoir gagner du temps, car je savais par&itement ce que c^était que ce serment. On peut
se le donner entre hommes , sans indécence j mais une femme comme madame d'Urfé devait avoir quelque répugnance à le donner à* un homme qu'elle voyait
tu MÈIkàTÊMB
pmt h première foîa* Lorsque mits trouTom ce serment , me dit-elle , annoncé dans les saintes Ecritures, il est marqué par ces mots : Il jura en lui mettant la main ntr la cuisse* H^s ce ii^est pas là cfrïsse , et par conséquent on ne trouve jamais qu'un homme prt^tc serment à une femme de la manière voulue , puisque la femme n'a point de verbe.
Il était neuf heures du soir quand le comte de \û Tour-d'Auvergne entra dans Fappartement où nous étions , et il ne fut pas peu étonné de me tronver encore chez sa tante. Il nous dit que la petite vérole était déclarée : £t je viens , ma chère tante , prendre congé de vous, an moins pour nn mois, car je vais m*enfermer avec le malade. Madame d'Urfé loua son zèle et lui remit un sachet en lui faisant promettre qu'il le rendrait après la guérison dû prince. Mette2-le-lui en sautoir autour du cou , et comptez sur une heureuse irruption et sur une guérison parfaite. Il le lui promit et nous ajfant soniiatfé le bonsoir, OVen alla.
— J ignore , Madame la marquise , ce que contient votre sachet , maas si c^est de la magie , je n*ai aucune confiance en son effet, car vous avez négligé de lui donner la prescription sur Fheure.
— Pour le cotitp , c'est un eleetrunt, et la magie et Phetire n'ont rien à fetre là.
— Vous me pardonnerez mon observation.
Elle me dit qu'elle louait ma réserve, mais qn^eOe écrit sûre que je ne serais pas mécontent de sa petite coterie , si je consentais à vouloir en faire partie. Je vous ferai connaître tous mes amis, ajouta-t-elle, en
OE CASANOTA. M
VOUS faisant dîner avec chacun d'eux en trio , de manière qu*eÉisuite vdof puissiez vous plaire avec Ions.
J acceptai.
£d conséquence de cet arrangement ^ le lendemain je dinti avee M. Génn et sa nièce qui fie rompait pas le trio scientifique ; mais ih ne flrefit ma iSonqnéte tti Tun ni l'autre. Le second jour , je dînai avec un Irlandais nommé Maeartnei , physicien dans l'ancien goût et qai m^ennnya beancoup. Lemirlendettaîn , je metroa* vai avec un moine qui , causant littérature , dit mille impertinences contre Voltaire, quUOrs j'aimais beau- Coup, et contre FEsprit des lois quêj'adiDtflrais, et que le sot enfroqué refusait au grand Montesquieu , attribuant cet ouvrage sublime.... à un- moine. Autant aurait Taitt attrBMer la création k tttt capucin. Le jour suivant , madame d'Urfé me fit dîner avec le chevalier d'Arzigny , vieillard de quatre-vingts ans , homme Tarn , fat et par eonséqnent ridi^le $ qu*on appelait le doyen des petlts-maltres ^ nnis comme 9 avait été à la cour de Louis XIV , il était assez intéressant, parce qu'il avait tonte la polilesse de ces temps et que sa mémoire était remplie des anecdote» de la cour de ce roi despote et fastueux.
Cet bomme m'amusa beaucoup par ses ridicules 3 il mettait dn rouge , ses habits élalentilearis et ornés de pompons comme du temps de Madame de Sévîgné ; il se prétendait tendrement attaché à sa maîtresse qui lui temdt nnepeiite maison , oâ il sonpait tons les jour» eu compagnie de ses amies ^ toutes jeunes, tonte»
Hteonis
charmantes , qui quittaient tontes les sociétés pour la sienne ] malgré cela il n^était pas tenté de lui faire des infidélités, car il couchait régulièrement ayec elle.
Aimable , quoique décrépit , le chevalier d^Arzigny avait une douceur de caractère qui donnait à tout ce qu il disait le vernis de la vérité que , dans son métier de coui^san , il n'avait peot-^tre jamais connue. Il clait cFuiie propreté extrême. Sa boutonnière était toi^ours ornée d^un bouquet des £Leurs les plus odorantes, telles que tobéreoses, jonquilles et jasmin d^Espagne ; avec cela ses cheveux postiches étaient placardés de pommade à Pambre , ses sourcils peints et parfumés 0t*son râtelier d'ivoire; le tont répandait une forte odeur qui ne déplaisait pas à madame d*Urfé, mais que j Wais peine à supporter. Sans cet inconvénient, je me serais probablement procuré sa société le plus souvent que J'aurais pu. Il était épicurien par système et avec une tranquillité étonnante. Il disait qu'il passerait un bail pour recevoir vingt-quatre coups de bâton chaque matin , si par là il devait être sûr de ne pas mourir dans les vingt-quatre heures , et que plus il vieillirait , plus il accorderait la bastonnade plus ample. G^était, je pense, aimer la vie. .
Un autre jour je dfnai avec M. Charon , conseiner en la grand'chambre et rapporteur d^un procès que madame d'Urfé avait avec madame du Chatelet, sa ' fille, qn^dle haïssait cordialement. Ce vieux conseiller, quarante ans auparavant , avait été Tamant heureux de la savante marquise , et à cause de ces vieux souvmiirs, il se croyait obligé d'appuyer la cause de soa
tticienne amante. Alors les magistrats en f raoce se croyaient le droit de donner raison à leors amis ou aux personnes qu'ils protégeaient , soit par penchant , soit par avarice^ ils achetaient leurs charges et croyaient de droit pouvoir vendre la justice.
M. Charon m^ennuya comme les autresr, et c'était naturel ; car la disparate était trop grande entre nous.
La scène changea le jour suivant, car je m^amusai avec H* de Viarme , jeune conseiller , qui vint dkier avec son épouse. Ce M. de Viarme était neveu de madame dTrfé , et sa femme , fort gentille , avait de Tesprit. G^était en somme un aimable couple. U était auteur des Remontrances au roi, ouvrage qui lui valut une grande réputation et qui avait été lu avidement par tout Paris. U me dit que le métier d'un conseiller était de s^'opposer k tout ce que le roi pouvait faire , même de bon. La raison qu'il m'allégua pour justifier ce principe est celle qu'allèguent toutes les minorités des corps collectifs , et dont je crois ne pas devoir &tiguer mes lecteurs.
Le dîner le plus agréable fut celui que je fis avec madame de Gergi , qui vint avec le fiuneux aventurier connu sous le nom decomtedeS^Germain. Cet homme au lieu de manger ,«ne fit que parler du commence^ ■lent à la fin du repas, et je fiùllis Timiter en partie, car au lieu de manger , je ne faisais qu^écouter avec la plus grande attention ^ il est vrai qu il était difficile de parler mieux que lui.
Saint-Germain se donnait pour prodigieux il voulait étonnai*; et il réussissait souvent; il avait un ton
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décisif, mais d'une sature si étudiée , qu^ii ne déplai- Mit U élaitimat, pariait parfaâtemeafc k pla^ part dea langues , grand maaicien , grand chimiste , d'une figure agréable et maître de se rendre toutes les femmes dociles i car en mène teaapa ^^il leur don* nait du fard et des coamétiqBea qui lea emhalKaaaient, il les flattait, non de les faire rajeunir, car il avait la modestie dVvouer que cela lui était impossible , mais de les cnnaeffYerdanarétatoAilles prenait, an moyen d'une eau qui , disait-il , lui coûtait beaucoup , mais dont il leur faisait présent.
U avait m ae concilier la faveur de madame de Pompadonr, quilni avait fait parler an roi , à qni il avait fait un joli laboratoire î car cet aimable monarque, qui a*«nnuyait partout, croyait trouver du plaisir ou aq moina diatraire un peu aon ennui en £daant dea cou*' leurs. Le roi lui avait donné un appartement à Chambord- et cent mille liyres pour la construction dun laboratoire , et aelon SMSermain , le roi par aea productions chimiques , devait faire prospérer toutes les fabriques de la France*
. Cet lummie singulier et né pour être le premier dea
imposteurs , disait, avec un ton d'assurance et par manière d^acquit, qu'il avait trois cents ans, quMl possédait la panacée , qu'il fiiûaait tout ce qu^il voulait de fai nature , qu'il avait le secret de fondre les diamans et que de dix ou douze petits il en formait un grand de h, plus bcUe eau et sans qu^ila perdissent rien de leur poids. Toutes ces opérations n'étaient pour lui qae pures bagatelles. Malgré ses rodomontades , ses men-*
songes évidens et ses disparates outrées , je a eus pas la force de le trouTer inaolent. Je ne le trouvei pas non plus respectable ; mais comme malgré moi et à mon insu» je le trouvai étonnant , car il m étonna. J aurai oeeasion de parler encore de cet original.
Lorsque madame d'UrfiS m^eat fait faire toutes ces connaissances, je lui dis que j'aurais Thonneur de dîner avec elle toutes ks fois qa elle ni'ei» témoignerait l'envie, mais que je désirais que ce fût téte-&4étey i l'exception de ses parens et de S^-Germaîn , dont l'éloquence et les fanlaronnades m'amusaient. Ce( homme singulier assistait souvent au dîner des meilleuref maisons de la capitale , mais il ne touchait à rieu , disant que sa vie dépendait du genr^ 4e uourriture qu'il prenait et que personne ne pouvait connaître que lui. Ou s'accommodait asses de sa «ngukrité, car on n'était curieux .que de sa faconde , qui véritabtement était Tame de toutes les sociétés où il se trouvait.
J'avais fini par connaître à fond Wjwdame d'Urfré, qui me croyait fermement un adepte consommé sous le masque de Tincognito, et cinq ou six semMuef après elle se confirma dans cett9 ûUe chimérique , lorsqu'elle me demanda si j'avab déchiffré lejnanuscrit où se trouvait la prétendue explication du grapd-œuvre. Oui , lui disje, je Tai déebii&é et par conséquent lu : maif je vous le rends en vous donnant ma parole d'honneur que je ne Tai pas copié , car je n'y ai trouvé rien de nouveau.
— Sans la clé» tfonsiettr, excuaeai-nioi» n^ûs je croie la 9bû§e impossible.
— Voulez-vous, Madame, que je vous nomme la clé ?
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— Je vous en prie.
Je lai donne la parole qui n^était d'anenne langue , et Toilà ma marquise tout ébahie. C^est trop , Monsieur, c'est trop ! je me croyais seule en possession de oe mot mystérieux, ear je le eoosenre dans ma mémoire , je ne Pai jamais écrit et je sais certaine de ne Tavoir jamais donné à personne.
Je pouvais loi dire qae le calcul qui m^ayait servi à dédiiffrer le manuscrit m*avait naturellement servi à deviner la clé ; mais il me vint la lubie de lui dire qu'un génie me l'avait révélée. Cette sottise me soumit entièrement cette fenune vraiment savante , vraiment raisonnable sur tout autre point que sur sa marotte.
Quoi qu il en soit, ma fausse confidence me donna sur nmdame d'Urfé un ascendant immense; je fus dés cet instant Parbitre de son ame , et j*ai souvent abusé de mon pouvoir sur elle. Maintenant que je suis revenu des illusions qui ont accompagné ma vie, je ne me le rappelle qu'en rougisaanr, et j*en fais pénitence par Fobligation que je me suis imposée de dire toute la vérité en écrivant ces Mémoires*
La (grande cbimère de cette bonne marquise était de croire fermement à la possibilité de pouvoir parvenir au colloque avec les génies, avec les esprits quon appelle élémentaires* Elle aurait donné tout ce qu'élle possédait pour y parvenir , et elle avait connu des imposteurs qui l'avaient trompée , en la flattant de lui laire atteindre le terme de ses vmux. Je ne savais pas , me dit-elle, que votre génie eût le pouvcur de tùttet le mien à lui révéler mes secrets.
DR CASAlfOTA» " 131 •
— Il n'a pas été nécessaire de forcer votre génie , Madame , car le mien «ait tout par sa propre nature.
— Sait-il aussi ce que je renferme de plus secret dans mon ame?
* — Sans doute , et il est forcé de me le dire si je Tin*
terroge.
— Pouvez-vous Tinterroger quand vous voulez ?
— Toujours , pourvu que j^aie du papier et de Pencre. Je puis même le faire interroger par vous en vous disant son nom*
— Et TOUS me le diriez ?
— J'en ai le pouvoir , Madame , et pour vous en convaincre, mon génie se nomme Paralis* Faite»-lui une question par écrit , comme vous le feriez à un simple mortel ; demandez-lui , par exemple , comment j'ai pu déchiffrer votre manuscrit, et vous verrez comme je Fcbligerai à vous répondre*
Madame d'Urfé, tremblante de joie, fait sa question et la met en nombres , puis en pyramide à ma façon , et je lui fais tirer la réponse qu'elle met ellemême en lettres. Elle n'obtint d'abord que des conson- • nés ; mais moyennant une seconde opération qui donna les voyelles , elle trouva la réponse exprimée en ter- •mes fort clairs. Sa surprise se peignait sur tous ses traits, car elle avait tiré de la pyramide la parole qui était la clé de son manuscrit. Je la quittai emportant avec moi son ame , son cœur , son esprit et tout ce qui lui restait de bon sen«.