TOME VI
MBHOIEIS
Tendre à la Bourse de Paris , parce qu'il n*y avait point d'ar^nt. Ei| outre , on ne Tonlait pas lui en donner
Fintérêt qu'elles portaicDt, et qui était considérable, car il y. avait trois ans qu'on n'avait payé de dividende.
Consentant à lui rendre ce service , il fallut qu'eJie me rendît d^osiiairc , et plus encore , propriétaire de ces actions par un contrat de vente , ce qu^elle lit le nème jour pardevant notaire , où nous nous rendîmes ensendlile*
Rentrés chez elle , je voulus lui faire une obligation qui lui garantît la propriété de ces eifets et m'engager à lui en remettre la valeur à mon retour en France ; mais elle s y opposa formellement, et je la laissai persuadée de ma loyauté.
Je passai chez M. Gomeman, qui me donna une lettre de change sur M. Boas, banquier Israélite delà cour à La Uaye, pour trois mille florins ^ ensuite je partis. Bndeux jours j'arrivai à Anvers, et ayant trouvé un yacht prAt ii' partir je m*embarquai et le lendemain je couchai à Rotterdam. Le jour suivant je me rendis à La Haye , où, après m^étre installé à Thètel d'Angleterre, j'allai me présenter à M. d'Affin.. J'arrivai au moment où il lisait la lettre de M. Choiseul qui Tinformait de Faffaire dont j'étais chargé. Il me retint à dîner avec If. de Kauderbac , résident du roi de Pologne électeur de Saxe; il m'encouragea à bien fiiire, en me disant cependant qu^il doutait de la réussite, |Mureequeles Hollandais avaient de bonnes raisons pour croire que la paix ne se ferait pas de sitAt.
En sortant de chez Tambassadeur , je me ûs conduire
At% Boaz, que je trouvai à table entouré de sa laide et nombreuse famille. 11 lut ma lettre et me dit qu^il ve« naît d'en reeeroir une de M. Gorneman qui lui faisait mon éloge. Voulant faire le plaisant , il me dit que , comme c^était la veille de la Noël , j'irais sans doute berœr Tenfant Jésus ; mais je lui répondis que j^étais ▼enu pour célébrer avec lui la féte des Machabées , et cela me valut les applaudissemens de toute la famille , et une invitation d'accepter une chambre chez lui. Pagréai son ofFre sans hésiter , et je dis à mon laquais de faire transporter mon bagage chez ce banquier j ensuite, avant de le quitter , je le priai de me faire gagner une vingtaine de mille florins dans quelque bonne affaire dans le peu de jours que je omnptais rester ea Hollande.
Prenant la chose au sérieux , il me répondit qu^il y penserait et que la chose était très-possible.
Le lendemain matin , après avoir déjeûné avec lui , Boaz me dit : J^ai votre affaire , Monsieur 3 venez, je vais TOUS en parler.
Il me mène dans son cabiuet où , après m'avoir compté trois mille florins en or et en billets de change, il me dit qu'il ne tenait qu^à moi de gagner en huit jours les vingt mille florins dont je lui avais parlé.
Très-surpris de la facilité avec laquelle ou gagnait de l'argent en Hollande , car je n*avais voulu que plaisanter mon juif, je le remerciai de cette marque de bienveillance , et je Técoutai.
Voilà , me dit Boaz , une note que j'ai reçue avanthier de la Monnaie. On m'annonce quatre cent mille
MibflUlR£2> /
ducats qu'on vient de frapper et qif ou est prH à vendre au prix courant de Tor , qui heureusement n e^t pas hast dans ce moinetit. GluM|ae dacat yant ainq fia-» rins deux stubers et trois cinquièmes. Voici le cours du change avec Francfort-sur-le-Mein. Achetez les quatre centmiUe ducats , portaa-les, ou eavo)fiaB4as è Frauafort en prenant des lettres de change sor Amsterdam, et voici votre compte net. Vous gagnez un stuber et un neuTÎtee par ducat, «e 4[ui tous fait TÎngt-denx mille deun cent râgt4eiix de noe florins» Emparez-vous decet or aujourcriiui ; eu Luit jours votre gaitt est liquidé* Yous voilà servi.
Je revenais d'un peu loin. Mais , lui di»<je , lesaMS« sieurs de la Monnaie n*auront-i]s pas quelque difficulté à me conûer cette somme qui monte à plus de quatre millions tournois?
fls en auront sans doute , û tous ne lesadhetes pas argent comptant , ou en donnant une sooune égale en bon papier.
— Je n^ai , mon cher Monsieur , ni cette somme ni ce crédit.
— Dans ce cas vous ne gagnerez jamais vingt mille florins en huit jours. A la propo«tîoii que voui mV vez faite hier , je vous ai cm millionnaire.
— Je suis enjrérité très-fàché que vous vous soyez trompé.
— Je ferai faire cette affaire aiyourdlni mAme à
quelqu'un de mes euians.
Après m'avoir donné cette leçon un pou verte , M. Boaz papsa à son comptoir et j^allai m^'habiller.
DB GASAHOYA*
M* d'Affiri étatit fjlé k VhàteL d'Angleterre pour me faire sa visite et ne m'ayant pas trouvé , m'écrivit im billet d«Q» lequel il me priait de pa$«er chez lui. Je m'y rendis , il me retint à dîner et me communiqua une lettre qu il venait de recevoir de M. de Boulogne l^axrbqpelle il Tiavitait à ne point me laisser disposer des vingt millions à plus de huit pour cent de perte ^ parce que , lui mandait-il , la paix était sur le point d'être conclue. Nous rîmes tous deux de cette assurance si plaisamment donnée par un administrateur de Paris, tandis que nous apprenions le contraire dans un pays où l'intérêt ouvrait un mil plus dair sur les affaires*
Cependant M* d^Affri, me sachant logé chez un Israélite , me conseilla de ne poiatm*oavrir à des juift, parce que, me ditdl , dans le eommerce , le plus hon- , néte n est que le moins iripon* Si vous voulez , ajoutat-il, je vous donnerai une recommandation pour M. Pds à Am^rdam. racceptai avec reconnaissance, et dans Tespoir de m^étre utile dans ralTaire de mes actions de Gothembourg, il me présenta au ministre |de Suède , qui m'adressa à H* d^O.
Voulant assister à la grande réunion maçonnique pour la féte de la.saint Jeand^hiver , je restai jnsqn an lendemain des fttes. Le comte de Tôt , frère du baron qui manqua sa fortune au sérail, et que j avais rencontré à La Haye, fut mon introducteur, le ne fus fKiint fâché de m'étre trouvé dans cette réunion , composée de 1 élite de tout ce qu^il y avait de mieux en Hollande.
146 HÉMOia£S
M. d'Aiïri me présenta à madame la gouvernante, mère du stalhouder qui n'avait qae douce ans, et que je tronvar beaucoup trop aérienx pour aon âge* La mère était une bonne femme très-respectable et trèssoufTraDte ; elle s^endormait à chaque instant, tout en parlant. Elle mourut peu de temps après , ;fit il^ué Tautopsie cadavéreuse qu'on fît, on trouva qu^elle avait une hydropisie de cerveau qui avait dû causer sa grande propension an sommeil. Je trouvai chez cette dame le comte Philippe de Zinzendorf qui cherchait douze millions pour Fimpératrice , et qui n'eut pas de peine a les tronver à cinq pour cent dHntérèt.
Je me trouvai à la comédie auprès du ministre ture, qui avait connu M. de Bonneval , et je crus le voir mourir de rire. Voici comment.
. On donnait Iphigénie , ce beau chef-d'œuvre de Racine. La statue de Diane était au milieu du théâtre. A la fin d^un acte, Iphigénie sortant suivie de ses prêtresses et passant devant la statue de la déesse , toutes firent une profonde inclination. Le moucheur des chandelles, bon chrétien hollandais et peut-être mauvais plaisant, étant venu un instant aprèSj fit à la statue la même révérence. Cela mit de bonne humeur le parterre et les loges , et des éclats de rire partirent de toutes les parties de la salle. Obligé d^expliquer au Turc ee mouvement d'hilarité, il lui prit une telle quinte de rire que je crus le voir éclater. On fut obligé de remporter presque sans sentiment et riant toujours et d'aller le coucher à son auberge.
Rester indifférent à la balourde plaisanterie du
BB CASAROYA.
Hollandais , ç'aurail été peut-être aigne de bétiae , j'en
conviens ; mais il n'y avait qu'un Turc qui pût en rire comme lui. Cependant on pourrait m'objeoter qu'un grand philosophe grec est mort à force de rire , en voyant une vieille édentée manger des figues. Je répondrais qu'il y a une énorme différence entre un Turc et un Grec , et surtout un Grec de FanUquitéi
Ceux qui rient beaucoup sont plus heureux que ceux qui ne rient pas du tout; car le rire désopile la raie et fait fiiire du bon sang; mais il &ut à toutes choses de Fà-propos et un juste milieu.
/ A deux lieues d'Amsterdam , étant dans ma chaise de poste à deux roues, ayec mon domestique , je rencontre une voiture. à quatre roues, attelée de deux chevaux connue la mienne , èt dans laquelle se trouvait un beau jeune homme avec son domestique. Le cocher de cette voiture crie au mien de lui faire place, le mien observe qu'il ne le peut sans danger de me verser dans le fossé ; Pautre insiste. Je m^adresse au maître en le priant d^ordonner à son cocher de me faire place : Je suis en poste, Monsieur , lui dis-Je, et de plusje suis étranger.
— Monsieur , me répond mon homme , en Hollande nous ne reconnaissons aucun droit de poste , et si vous êtes étranger, avouez que vous avez moins de droits que moi, qui suis dans mon pays.
Le feu me monte au visage 3 j ouvre la portière d'une main tandia que je prenais mon épée de lautre, et sautant dans la neige jusqu^à mi-jambe , je dégs^ne et je somme Fétrange Hollandais de me faire place ou de se défendre.
us
Plus calme quo. moi , il me répond en souriant qu'il neseiMiUak pas pour une raitoa aussi ridUculey et que je pMTais Moioiili««D Toitare, qu^il m fciaît plaoe. Le ton assuré , mais jovial , de ce jeune homme avait quel- <pie chose qui m^intéressait. Je remontai eu chaise, et à nuit tombante j'arrivai à Amsierdam*
Logé k rÉtoile d'Orient , exaelleale auberge , le len* demain j^allai à la Bouraei où je trouvai M. Pels. 11 me dit qu^il penserait è von afiam , et dans le même instant ayant trouvé H. d*0«, ce monsieur me tt par* 1er à un négociant de Golhembourg , qui m'offrit de m^escompter mes seize obligations avec douze pour osnt drintécét. M. Pels me dit d'attaiidre, me promettant de m^en avoir quinze. Il mluvita à dîner, et me yoyant enchanté de sou yin du Cap , il me dit en riant qu'il le faisait lui-même eu mêlant du rin de Beffdeaux wee du rin de llalaga*
M d'O. m'ayant invité pour le jour suivant, je me rendis ehei lui et je le trouvai avec sa fille Esther , jeune personne de quatene ans, trds-avaneée peur son âge et beauté parfaite , à Texception de ses dents qui étaient mal rangées* M. d^O. était veuf et n^avait que cette fille; de sorte qu'Esther se trouvait héritîtoe d\iiie fortune immense. Son père , excellent homme, très-aimable , Faimait à Fadoration et elle le méritait. Esther avait le teint très4>lanc, légèrement coloré, des cheveux d^un noir d'ébène , et les plus beaux yeux qu^il soit possible d'imaginer» Elle me frappa. Sou père hii avait fait donner une brillante éducation 5 elle parlait parfaitement le français , jouait du piano k
DK CASAJfOTA« 149
DMrveille, et elle aimait paasionnémeat k lecture*
Après dîner , M. d'O. me fit voir la partie non-liabi« tée de sa maison ; car depuis la mort de sa femme , qu^il cbérissait , il occupait le rez-de«€liaiissée qui était trés-commode. Il me montra ua appartement de plu-> sieurs pièces où il avait ua trésor en ancienne porcelaine. Les murs et les croisées étaient recouverts de plaques de marbre , chaque chambre de couleur différente, et le parquet, recouvert 4^ superbes tapis d^ Perse, était en mosaïque* La salle à manger, fort grande, était toute rcc^^|rto en albâtre; la table et les buffets étaient en Jbôis if jMiil|^^P>tr maison pa* raissait être un bloc de majm^, • car .réttérieur m était recouvert comme rintérieur; elle devait avoir coûté des sommes immenses. Le samedi , une demidouiaine de servantes, perdiées sur des échelles, lavaient ces magnifiques murs. Ces servantes , portant de larges paniers , étaient obligées de se mettre en culotte, ear sans cela elles auraient trop intéressé les passans curieux.
Après avoir vu la maison, nous jlescendimes, et M. d^O. me laissa seul avec Esther dans Tavantchambre où il travaillait avec ses commis. Ce jourlà , comme c'était le premier de Tan, il n'y avait per* sonne.
Après avoir exécuté une sonate sur le clavecin , mademoiselle d'O. me demanda si j irais au eanoert. Je
lui répondis qu'ayant le bonheur de me trouver avec elle, rien ne saurait m^ attirer. Mais vous, lllademoiselle , croyez-vous y aller ?
^ J'irais bien Yolontters, mais je ne puis y aller
seule.
— Si j^osais vous offrir de vous y conduire ! • • • mais je n^oae pas me flatter que tous youluasiez accepter.
— Vous me feriez le plua grand plaisir ; et si voua demandiez à mon père , je ania trèa-perauadée qu^ilne
vous refuserait pas.
— £n étes-vous sûre ?
— Trèa-aûre; cardés Tinstant qu^il vons connaît,
il commettrait une impolitesse , et mon père n est pas homme à cela. Mais je vois que vous ne connaissez pas les mœurs de notre pays*
— Je l'avoue.
— Les demoiselles jouissent ici d'une grand liberté^ elles ne la perdent qa^en se mariant. Allez, et vous verrez.
Je ne me sentais pas d'aise* Je cours , j'entre chez H. D'O. et je lui fais ma requête, tremblant de recevoir un refus.
— Avez-vous une voiture ?
— Oui , Monsieur.
— Je n'ai donc pas besoin de faire atteler. • . • Ëstherl
Mon père*
— Va t'habiller , mon amie ; M. Casanova veut avoir la complfisance de te mener au concert. *
— G^ast hîagk aimable ! je vous remercie , bon papa.
m, £Ue l'embrasse, court s'habiller, et une heure après.
DE CÂSAROYâ. 151
oUe réparait, belle comme la joie qu'elle exprimait anr tona aea traits. Je lui aurais désiré un peu de poudre; niais £sther était jalouse de Tébène de ses superbes cbeTeax, qui fiûaaient merreilleasement ressortir la blaiieheur de sa peau. C'est pour plaire aux bommes que les femmes soignent surtout leur toilette ; mais qu^ea général les bommes sont mauvais juges de Teffet d^noe parure, comparativement au goût instinctif delà plupart des femmes !
Un ûchu de dentelles de la plus grande beauté voilait un sein d'albâtre dont la vuo iaieait palpiter le eceur.
Nous descendons , je lui présente la main pour Taider à monter et je mWréte, croyant ^\ine femme de chambre ou quelque duègue complaisante la suivait ; mais ne voyant personne , je monle à mon tour , et le domestique ayant refermé la portière, nous. partons. Tétais ébabi! Un pareil trésor seul avec moi! Je n^avais presque pas la faculté de penser. Je me demandais si je devais me souvenir que j'étais un franc libertin , ou si rbonueur voulait que je foubliasse* Estfaer , toute joyeuse , me dit ipiMMus allions entendre une Italienne qui avait une voix délicieuse , et s'apercevant que j'étais interdit , elle m en demanda la raison. Ne aacbant que lui dire, je battis la campagne^ mais je finis par lui dire qu'elle me paraissait un trésor dont je ne me croyais pas digne d'être Ic gardien.
— Je sais que partout ailleurs , on ne lusse pas sortir une jeune fille seule avec un bomme ; mais ici , on
162 Huoins
nous apprend à être sages et à savoir nous garder nousmêmes.
— Heureux le mortel <fai sera chargé de irotre bonheur 5 et plus heureux encore si votre choix est fait !
— Ce n^est pas à moi à faire ce choix i c est Tailaire de mon père»
— Et si celui qu'il vous choisit ne vous plaît point, OU si vous en aimez un autre?
— Il n^est point permis d'aimer un homme, ayant de savoir s'il doit être l'époux destiné*
— Vous n^aimez donc personne ?
— Personne ; je n!en ai pas encore senti le besoin.
— Je puis donc vous baiser la main.
— Pourquoi ?
Elle retire sa main et me présente ses lèvres délicieuses. J'y pris un baiser, qu'elle me donna modestement , mais qui m'alla au eoéur* Ma joie fut un peu rabattue quand elle m'eut dit qu'elle en ferût autant quand je voudrais en présence de son père.
Nous arrivâmes au conœrt , où Esther tronva une quantité de jeunes personnes de ses amies, toutes filles de riches négocians , jolies , laides , et toutes eurieuses de savoir qui j'étais» La bdle Esther, qui ne savait que mon nom , ne pouvait les satisfaire* Tout-à« coup , apercevant une jeune blonde à quelque distance, elle me la fit remarquer et me demanda comment je la trouvais. Il était tout naturel que je lui répondisse que je n aimais pas les blondes.
— Je veux cependant vous la présenter, car il est possible qu elle soit votre parente. Elle s'appelle comme
TOUS i voici son père. Monsieur Casanova , ditrelle à va dioiMMiir , je vous présenlo H* CaMnova^ ami de
mon père.
— £at-il possible , Monsieur^ me diuil • je voudrais bien <iae vous fhseiei le mîen , ear noua aonoBes pealêtre pareaa. Je suis de la famille de Naples*
^ Nous sommes donc parens , quoique éloignés , ear mon père était Parmesan. Avea-vous votre généa* lome?
— Je dois ravoir 5 mais à vous dire vrai , je n'en fais pas grand cas* La monnaie des sottes vanités de la Baisaanee n*a pas grand eonra dana une réfrabBipie marchande.
— Cest eilectivement quelque chose de bien iutile poar des gêna ndsonnaUes ; mais n'importe, nooa poOTona nona en amuaeriui qnart-d^henre , ponren
rire ensuite et non pour en faire parade.
— £h bien ! volontiers.
— ranrairboDnenr demain de voué fiiive une visite,
• et je vous porterai une série de mes ancêtres. Serezvous fâché d'y trouver la souche de votre familie.
— An eentraire, cela me iermt plaisir. ,J aurai Thonneur moi-même de passer chez vous demain. Oseraisje vous demander si vous avez ches vous une maison deeonMneiQe?
— Non. Je aoia dana les finaaees , et je aera le mi<nîstère de France. Je suis adressé à M. Pels.
M. Casanova fit alors un signe à sa fille } et il mêla présenta. Slle était amie intime de ma dbarmante Eather^ je m'assis entre les deux , et le concert commença.
XÉMOIRES
Âprè8 une belle symphonie , un concert de violon et un antre de lumtboîs , ritalîenne qu on vantait tant , et qu'on appelait madame Trenti, parut. Qu'on juge de ma surprise en reconnaissant Thérèse Imer, la femme du danseur Pompeati et dont mon lecteur peut sesouYenir. JelaTais eoanue dix-huit ans pIustAt, lorsque le vieux sénateur Malîpiero mWait donné des coups de canne , parce que nous nous amusions à des jeux d^enfant* Je Favais revue à Venise en 1755 , et alors nous nous étions amusés un peu plus sérieusement. Elle était partie pour Baireuth, où elle était maitresse du nuur|^ve* Je lui avais promis d'aller la voir, mais G. €• et ma beUe religieuse H. M« ne m'en avaient laissé ni le loisir ni Tenvie. Bientôt ayant été mis sous les Plombs , j'avais eu à penser à d^autres choses qu a ma promesse. Asseï makre de moinnéme , ne fis point connaître ma surprise , j'écoutai un air quelle chanta d'une voix d'ange et qui commençait par ces mots : EccoU ginaia alfin, donna infeliee {i), mots qui semblaient faits tout exprès pour la eirconstanee.
Les applaudissemens ne finissaient pas. Esther me dit qu^on ne savait pas qui elle était, mais qu on la disait fameuse par son histoire et qu'elle était fort mal dans ses affaires. Elle parcourt les ville de la Hollande, chantant dans tous les concerls publics , et elle ne reçoit que ce que les assistans lui donnait sur un plat , qu'elle présente à chacun en parcourant tous les rangs.
(i) Te voilà enfin trrivée, femme infortunée.
DE CASAIfOYA* • 155
— Trouve»t-ell€ sa recette passable?
J*eii doate , car tout le monde a payé son entrée* CVat beaucoup ai elle ramaaae trente on quarante florins. EUe sera à La Haye après>deinaiii,le surlendemain à Eotterdam , puia elle reviendra ici. 11 y a pluade aiz mois qu'dle mène cette yie et on est toujoura encbaoté
<Ie reulendrc.
— A-t-elle un amant ?
On dit qu'elle a des jeonea gens dans toutes lev TiUes ; mais ces amoureux , au lien de Tenrichir , l'appauvrissent. Elle va toujours en noir, non-seulement parce qnVlle est yenvO) mais à cause d*nn gnuà cbar grin qu'efle dit avoir en« Vous h verrei biei^t par^ courir tous les rangs.
Je tirai alors ma bourse et je comptai dans mon manolion douie ducats que j*envdoppai dans du papier* En attendant , le cœur me battait d^une manière risîble ; car je ne voyais pas ce qui pouvait me causer de l'émotion.
Lorsque Thérèse passa devant la file qui précédait celle où j'étais , je fixai un moment mes regards sur elle, et je m'aperçus qu'dle me r^ardait avec sur^ prise. Je détournai la téte sans affectation pour adres* ' ser la parole à Esther. Lorsqu'elle fut devant moi je mis mon petit rouleau sur son assiette , sans la regarder , et elle passa. Une petite fille de quatre ou cinq ans la suivait , et quand elle fut au bout de la file , elle revint pour me baiser la main. Je ne pus méconnaître mon portrait , mais je dissimulai le aentiment que j*éprouvais. La petite restait immobile et me regardait '
fixement^ j^étais presque embarrassé. Vo^ez-vous des boBboDS 9 ma belle enfiuit? hii dk-je en hA doniienl ma bonbooDière, que j^aunis Toolu mer en or. La petite la prit d'un air gracieux , me fit la révérence et s en alla. SaTea^YOïiSy Uonêieur casa<» n&m^ me dit Etiher en aottriaat » que celte eirfhat ygoa
ressemble comme deux gouttes d'eau !
— C'est vrai , ajouta mademoMelle Gasanova , la resaemHaace est fiappaste.
— Le baaard prodnit aoOTeat dm fiiiiemHMilii>
sans raison.
— Ceat peasibk) dit Eather audignemenl, maia TOUS reeoBBaÎMei k Téiité dn Sut»
— J'en ai été surpris , quoique Je ne puisse engager aussi biea qae vous
Après le eoneert , M* d*0. éteataiurveiiu^ je Itn vernis sa fîUe et je me retirai à mon hôtel. J'allais manger un plat d'huîtres avant de me coucher, quand je ▼ois paraître Tbérèse devant moi , tenant sa petite par la maili. Qnoiqne je ne m'attondisae pàa à sa TÎsile le soir même I je ne fus pourtant point surpris delà voir. Je me levai eomme de raiaon pour la reeevoir et l'embrasser , quand tout4-coup , soit fiction on réalité , eHe tomba évanouie sur un sopha. Son évanouissement pouvant être vrai y je me prêtai aux convenances de la •eène et je la fis revenir en fasyieigeant d*eau firaiobe et en lui faisant respirer de Fean de Luc. Dès qu elle eut repris ses sens, elle se mit à me regarder, sans me parier. A la fin, fatigné de son ailence , je lui demandai si die voulait souper, et m^ayant répondu
D£ casahova
que oui, je sonnai , j'ordonoai trois couverts et un b#n souper, qui nous liai k uUe jusqu'à sept heures du matin, occupés à nous raconter nos fortunes et nos
malheurs. Elle savait la plus grande partie de mes dernières aventures ^ je ne connaissais pas du tout Jes siennes , et elle mit dnq ou six heures k m*en entre* tenir.
Sophie 5 c était le nom de la petite , dormit profondément dans mon lit jusqu*au jour, et sa mère , réser» vaut le meilleur morceau de son long récit pour la fin ,
m^apprit qu'elle était ma ûlle , et me montra son extrait de héptéme $ la naissance de cette enfuit coïncidait avec répoque où j^avais connu Thérèse , et sa parfaite ressemblance ne pouvait guère me laisser de doute. Loin donc de faire le difficile , je dis à la mère que j^éteiaperenadé que SopUe me devait le jour , ot et que me trouvant en état de lui faire donner une honne éducation , j'étais prêt à m'en charger pour lui tenir Mnu d^ hon père«
— C'est un* bijou qui m'est trop prédenx 3 je ne pourrais m^en séparer sans mourir.
— ^ Yous auriei tort, car en me chargeant de cette petite , je lui assurerais un sortbeureux.
Mon fils a douze ans, mon ami; je n'ai pas le moyen de hien rélcver 5 chargea-vous-en è sa place.
r- Où est-il?
— 11 est , je ne dirai pas eu pension , mais en gage à Rotterdam*
— Commeiil; en gage?