ITS
■ÉHOUIB
AiMPèft aftoir Vait on ddieiens dioer avec la priii*
cesse Galitzin , j'allai me mettre en redingote et j'allai aucafé. Jy trouvai le jeûna fiU du bourguemestre qui allait oommencer à jouer au billard* lime ditàToraîlle que je pouvais parier pour lui. Le croyant sûr de son fidt , je le remerciai et je suivis son conseil i maia ayant perdu trois parties de suite et jugeant bien sou jeu, je me mis à parier contre, sans qu^il s*en aperçAt. Trois heures après , ayant perdu une quarantaine de parties , il cessa déjouer et vint me faire ses complimensde cimdoléanee. Mais jene saurais peindreson air hébété quand je lui dis , en lui montrant une poignée de ducats , que j'avais bien employé ma soirée en pa* riant c<mtre lui. Tout le billard se prit à rire en se moquant de lui ; mais il n^enlendait point raillerie , et ne pouvant résister à mes railleries , il sortit aussi et j'allai voir Thérèse , parce que je le lui avais promit* Je devais partir le lendemain pour Amsterdam.
Thérèse attendait son fournisseur de vin j mais ^uand je lui eus dit ce qui venait de se passer , elle ne Cattendii plus. Je pris ma fille sur mes genoux , je lui prodiguai mes caresses , et je les laissai en leur disant que nou6 nous reverrious dans trois semaines ou un mois au plus tard.
Me retirant tout seul, mon épëe aous le bras, je me vois attaqué au beau clair de la lune par mon pauvre berné, le fils du bour^emestre. Je suis curieux ^ me dit-il,de savoir si votre épée est aussi pointue que votre langue. Je cherche à le calmer en lui parlant raison, et je garde mon épée dans le fourreau , quoi-
qu'il eùl Uaiemie nue et pointée vers moL Voua avesw tort, hii di«^je , de prendre la plainnlerk en si mm» vaUe part : je \o us en fais mes excuses* — - Point d'excuses , défendeas-vous.
— Attmidei à denaîn, apaisei-vons, et ai ima le ycnilez , je vous ferai réparation an niien dn bifflard*
— Vas d'autre réparation que de vous battre j je yeux yiNia tner*
Pour ne prouver son intention bien décidée et me
provoquer de manière à ne pouvoir reculer, il nie donne un coup de plat d^épée. Cest le seul que j'aie reçu de mayie. Je tire enfin mon épée, UMiseepérant encore lui fkire entendre raison , je ferraille en reçu* lant et en l'engageant à se désister ; mais mon Hollandais, prenant ma conduite pour de la peur, pousse sur moi de plus belle, et finit par m*alonger un coup qui me fit dresser les cheveux. Il me perça la cravate à gauche, son épée passant outre , de sorte que quatre lignes plna en dedans , c^en était fait de moi*
Je fis un saut de côté, et le danger me forçant à m^ prendre autrement, je lui porte un coup droit et je le blesse à la poitrine. Certain de Pavoir touché, je sens ma colère apaisée et je Tinvile à finir* Je ne suis pas mort , me cria mon autagoniste , et je veux vous tner. C'était son mot , et fondant sur moi avec une aorte de rage , mais en véritable fou , je le blessai <(naCre fois de suite. A la quatrième blessure, il recula, me dit qu'il en avait assez , et me pria de m'en aller. *
Je m'éloignai à granda pas et je fus bien aise de voir, à Tinspection de mon épée , que ses blessures étaient
légère». Rentré chez Boaz , que je trouvai encore éyeUlé , et ayaat entendu le récit de révènement , il me conseilla de partir de âuitè pour Amsterdam, quoique je Passuraste <fue les bléssures n^étaiént pas mortelles. Je me rendis à ses instances » et ma chaise étant dies le sellier ^ il me dcmna sa voiture , et j.*or* donnai à mon domestique de partir le lendemain avec tous mes effets , et dWler me rejoindre à Amsterdam à Tauberge de la Vieille «Bible , où j'allai rae loger. J^arrivat à* Âmstei^dam è midi et mon «domestique y arriva le soir.
J'étais curieux de savoir si mon duel avait fait du bruit , mais étant parti de bonne heure , il n'avait rien appris* Ce qui me fît grand plaisir , c est qu'on n'en sut rien à Amsterdam que huit jours .après , et ce fut un bonheur ^ car cette affidre , quoique fort simple , aurait pu me faire du tort , puisqu'une réputation de brettwr n'est jamais mie bonne recommandation auprès des . négodans av^ lesquels on est sur le point de conclure des affaires de quelque importance.
Mon lecteur s^attend bien que ma première visite fut pour H. d^O. , ou plutdt pour sa charmante fille Esther; car c'est elle qui en reçut Thommage. On se souvînt que la manière dont je m'élais séparé d'elle avait singulièrement dû augmenter mon ardeur. Je ne trou-* vai point M. d'O. , et je trouvai £sther assise à une jelie table , occupée à écrire.
— » Que fiiites-vous là , charmante Esther?
, — Un problème d'arithmétique.
— AimèB-vons les problèmes ?
— Je suis passionnée pour tout ce qui offre des difacultés et des résultats curieux.
— Je vais vous satisfaire.
Je lui fis, pour plaisanter, deux carrés magiques qui lui plurent beaucoup. Elle me fit voir en revanche des bagatelles que je connaissais, mais dont je fis semblant de faire grand cas. Mon bon génie me fit ve-» nirdans l'esprit de lui faire un calcul cabalistique. Je lui dis de demander par écrit quelque chose qu'elle ne savait pas et dont elle désirerait être instruite, rassurant qu'en vertu d'un certain calcul, elle obtiendrait une réponse satisfaisante. Elle sourit et demanda pourquoi j'étais revenu sitôt à Amsterdam. Je lui appris à faire sa pyramide avec les chiffres tirés des paroles et toutes les autres cérémonies ; puis je lui fis tirer la réponse numérique, que je lui fis traduire par l'alphabet français, et elle fut fort surprise de trouver que ce qui m'avait ramené si vite à Amsterdam n'était autre chose que l'amour.
Toute hors d'elle-même , elle me dit que c'était étonnant, quand bien même la réponse ne serait pas vraie, et elle voulut savoir quels sont les maîtres qui peuvent enseigner un si merveilleux calcul.
— Ceux qui le savent , Mademoiselle , ne peuvent l'enseigner à personne.
— Comment le savez-vous donc ?
— Je I^ai appris tout seul d'un manuscrit précieux que mon père m'a laissé.
— Vendez-moi ce manuscrit.
— Je l'ai brûlé , et je ne suis autorisé à lë commu-
te.
niqner à une «eule personiie qne lorsque j^aiirai at *
leiot Page de cinquante ans.
— Et pourquoi donc à ciaquante ans ?
Je Fignore ; mais je sais qoe si je renseignais avant cet âge , je courrais risque de le perdre. L'esprit élémentaire qui est attaché à Foraole s*en séparerait.
— Et comment savez-vous cela?
— Je lai appris dans le même manuscrit.
— Vous pouvez donc savoir tout ce qu*il a de plus secret au monde?
— Oui, je le pourrais, si parfois les réponses ne se trouvaient trop obscures pour être comprises.
— Comme ce n'est pas long , auriez-vous la complaisance de me faire tirer la réponse à une autre question?
— Bien volontiers, car vous pouvez disposer de moi en tout ce qui ne me sera point défendu par mon génie.
Elle me demanda quelle serait sa destinée , et Torade lui répondit qu'elle n'avait pas encore fait le premier pas pour s^ acheminer. Estiber , émerveillée , appella sa gouvernante , et crut Pétonner en lui faisant Voir les deux oracles ; mais la bonne Suissesse n^y trouva rien de merveilleux. Esther, impatiente , l'appela dure-tête et me conjura de lui permettre de faire encore une question. Certain de lui plaire , je Ty encourageai , et elle fit cette question : u Quelle est la personne à Amsterdam qui m'aime le plus ? » L^oracle répondit que personne ne h chérissait aussi
DE CASAIIÛVA.
tendrement que celui qui lui avait donné Tétre*
La pauvre £sther, quoique remplie d^e«prit, me disait alors que je Tavais rendue malheurcmse et qu'elle mourrait de chagrin si elle ne parvenait pas à apprendre ce calcul* Je ne réponds rien et j affecte une pro* foode tristesse. Elle se met à faire une autre question en mettant sa main devant le papier. Je me lève comme pour ne pas la gêner ^ mais tandis qu'elle arrange sa pyramide , je jette eu me promenant fes yeux sur te papier et je lis sa demande. Après qu'elle eut fait tout ce que je lui avais enseigné, elle me ditque je pouvais tirer la réponse sans avoir besoin de lire sa demande* J'en conviens et elle me prie en rougissant d'avoir cette complaisance. J'y consens, mais à condition qu'elle ne me demandera pas le même plaisir une seconde fois» Elle me le promet.
Conune j'avais vu sa demande, il m'était facile d'y répondre* Elle avait demandé à Foracle la permission de montrer à son père toutes les questions qu^elle avait faites , et Toracle lui répondit qu'elle serait heureuse aussi long-temps qu'elle n'aurait rien dont ell^crut devoir faire un secret à son père.
Quand elle vit cette réponse, elle jeta les hauts cris d'admiration, ne trouvant pas de termes asses forts pour m'exprimer sa reconnaissance. Je la quittai pour me rendre à la Bourse, où je parlai beaucoup de ma grande af&ire à H* Pels*
Le lendemain matin, un bel homme très-poli vint me porter une lettre de Thérèse qui me Tannonçait, en m'infomant que si j Wab des affaires de commerce
U pourrait m'ètre utile. U ae Dominait Rigerboo8« £lia M dÎMil blMuret liu fik du boorgaanieitre
élueaft loiitet légères et que je n*«me ries à ereiiidre^ que personne a^eu savait rien, et que si j avais dee affures à La Haye rien devait m^eoipèeàer d y reifenir. SUe na diaait q»e ma petite Sophie ae fiusail que parler de moi, et qu a mon retour je serais beau-
son fils. Je demandai à M. Higerboee de ne donner son adresse, «n Fassiirai^ qu'à roccasion j'aurais toute confiance en sa probité.
Un moment après le départ de Rigerboos, je reçus ne petite lettre d*£sther^ qui me praak an omn de son père d'aller passer la journée avec elle, à moine que quelque affaire importante ne m'en empêchât. Je lui répondis que , sans une affîtir^ que son père connaissait, la seule importante que je p«ee avoir an monde serait celle de tacher de la convaincre que rien ne saurait m intéresser autant que Tespoir de mériter tttte.place dans son cœur, et qnVUe devait être bien tAre qneje ne manq[imraiepasde merendto àsonagréable invitii^ion«
Je me rendis en eUet ehesi M. dH). à rbenre du dîner. Je tronvai Estkier ooenpée avee son pAre à eiaminer
le calcul qui faisait sortir de la pyramide des réponses raisonnées. En ma voyant, son père vint m^embrasser aieo la joie peinte tur#a et me disant combien il était heureux de posséder une fille qui àvaft sn'Ottj-
rer mon attention.
— Votr^.€hllre fiUe attirera |aeikmeot tout bomme sanra nippréoiâr.
• . — Vous Tappréciez donc?
— Je Padore.
— Embrassez-la.
Je ne me serais pas fait prier, je n'aî pas besoin de le dire^ mais Ësther ne m'en laissa pas le temps, car oavrant les bras et ponssant un cri de «bonheur , elle vînt se jeter à mon cou et me rendit avec une naïve vivacité tous les baisers que je lui donnai avec une délicieuse volupté. J'ai tout expédié, me dit M. d'O», et j*ài toute la journée à moi. Je sais depuis mon enfance , mon cher ami , que la science que vous possédez existe, et j'ai connu un juif qui, par son moyen, fit la fortune la plus brillante. Il disait, comme vous , qu^il ne pouvait communiquer sa science quà une seule personne, sous peine de la perdre lui-même ; mais il a tant différé , qu'il est mort dans l'impuissance de la communiquer , car une ûèvre chaude remporta en peu de jours* J'espère que vous ne ferez pas comme ce juif; mais en attendant, permetlez-moi de vous dire que , si vous ne savez pas tirer parti de ce trésor , vous ne savez .pas ce que vous possédez.
— Vous appelez ma science un trésor , mais vous en possédez un mille fois plus grand*«(Je regardais Esther en prononçant ces mots. )
—Ne parlons pas de celui-là pour le moment. Oui , j'appelle votre science un grand trésor.
— Hais y Monsieur , mon oràde répond très-obscn-^ rément.
— Obscurément ! les réponses que ma fille m'a montrées sont très-claires.
IBS KilOUBS
— SOeest apparemment heureuse dans la demande^
car la réponse en dépend.
— Nous Terrons après dînerai j'ai le même bonheur au moins si tous youles avoir h complaisance de trayailler pour moi.
— Je n'ai rien à tous refuser , car je ne sépare point le père de son aimable fille*
A table nous parlâmes de tout ai)tre chose que de ma science, car les commis principaux mangeaient k la table de H. d^O., et surtout 9on pretniei^ ndniiire, grossier personnage , laid , et qui avait visiblement des prétentions sur ma belle £sther. Le diner fini, nous nous retirâmes dans le cabinet particulier de H. d*0* , et là il tira de sa poche deux questions fort longues. Par la première il voulait savoir ce qu'il avait à faire pour obtenir des états généraux une sentence favora* ble dans une affaire importante dont il exposait les détails» Je répondis en peu de mots et aussi obscurément qu^auràit pu le fSûreune pythie rompue anx mystères frauduleux du trépied , et je laissai à Ësther le soin de la traduire et de lui trouver un sens.
Il n'en fut pas de même de la seconde , car habitué que j'étais à me livrer à mes premières impressions, m'étant venu dans la pensée d'y répondre d^une ma- ' nière claire , je le fis. H. d^O. demandait ce qu'était • devenu un vaisseau de la compagnie des Indes dont on connaissait le point de départ , le jour de la «sortie du port, mais dont on n*avait plus entendu parler. Il aurait dû être arrivé depuis dix mois , et ce retard fai- » sait supposer qu'il avait péri. M* d'O* voulait savoir
n CASANOVA. 187
existait encore oa s'il s^était perdu , etc* Comme on
n'en avait point reçu de nouvelles , la compagnie-propriétaire désirait trouver un assureur qui lui donnât dix pour cent ; mais il ne se troOYait personne qui osât aventurer une entreprise aussi hasardeuse, d'autant plus qu'il existait une lettre, vraie ou supposée , d'un capitaine de la marine anglaise , qui disait lavoir vu se perdre en pleine mer.
Je dois avouer ici à mes lecteurs , ce que je me gardai bien de dire à M. d'O., que, par Teffet d'une étour* derie dont je ne saurais me rendre compte, je composai ma réponse de manière qu'eu substance elle ne ^ laissait aucune doute sur lexistenee du navire en question , qu'il n^avait reçu aucun dommage et qu'on en aurait des nouvelles dans très-peu de jours* Ce fut sans doute par un besoin spontané d'élever mon oracle jusqu'aux nues que je le mis dans le plus grand danger de perdre toute sa réputation. A la vérité, si j'avais pu prévoir lea intentions de ce bon et crédule H* d'0«, je crois bien que j'aurais tenue ma jactance en bride ; car certes je n'étais pas intéressé à lui faire faire à sa fortune une brèehe considérable dont il ne me serait rien revenu.
Ma réponse le fit pâlir et tressaillir de joie. Il nous dit qu'il était de la plus grande importance de tenir la chose secrète , car il était décidé à se procurer Fassurance du vaisseau au meilleur marché possible. Effrayé de sa râMilution , car je ne prévoyais que de fatales conséquences , je me hâtai de lui dire que je ne répondais pas du tout que loracle n eût complètement menti,
el que je mcyamiitdeebagrio si je Tenait àétre hoause
involontaire d une perte énorme qu^il pouvait faire sur la foi d*iiii arade doatle 9em caché pouvait être tout VùjffOÊé de rinlecprélatioii Tevbale*
— L oracle vous trompe-t-il quelquefois?
— J*ai été souvent sa victime.
Esiker Toyanl mon inquiétode, pria son père de ne faire aucune démarche à ce sujet. Nous restâmes un moment dans un profond silence.
M. d^O. était pensif, sa tète paraissait remplie du projet que son imagination lui avait d*abord présenté sous un aspect riant. 11 parla beaucoup , il raisonna sur la prétendue force du nombre , et dit à sa fille de lui lire tontes les qnestiona qu'elle avait faites à Toracle et les réponses qu'elle en avait reçues. Elles étaient au nombre de six ou sept , toutes courtes , et toutes snaeeplibles de réponses ou plaisantes, ou morales, on certaines, ou équivoques. Estber, qui avait fait toutes les pyramides, avait brillé, par mon puissant secours , dans l'obtention des réponses que je lui avais &it trouver à ma fantaisie , et son père dans la joie de son cœur la voyant si habile; se figurait aisément qu'elle parviendrait à s'approprier la science occulte par la seule force de sa pénétration. La cbarmante Esther, très-éprise de cette bagatelle, était bien près de se persuader aussi.
Après avoir passé ces beures assommantes à raisonner sur toutes ces réponses , que mes bètes trouvaient divines, nous soupâmes, et. avant de nous séparer, M. d'O. me dit que, comme nous étbns au samedi et
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que le dimanche devait èire consacré au plaisir et non an tratail» H espérait qu« je leur ferais le pleiair de paner la journée afee en à leur jolie naiMMi sur l'Amstel, et je les comblai de joie en acceptant.
Je ne pouyaîe m'empéoher de réfléchir à Teq^rit mereanlile^^rétrécit on plnlAt qui borne ponr ainsi
dire la pensée aux spéculations et au fjain. M. d*0. était certainement un iionnèle homme ; mais , quoiqu'il fût trèa-ridiey il n'en aTaitpaamoinê Taindité de aon état. Je me denwndaie ei nn homme qui se croirait déshonoré de Toler un ducat ou de ne pas le rendre j s'il le . tronwtdana la me; sachant à qui il appartient, pon- Tait croire agir honnêtement en eherehant 4 s'assnrer de très-^ros bénéfices pour une petite somme quMl savait ne point eiposer , puisqu'il avait la certitude que IV rade Ini avait déoDUTOrt rexistenoe du bâtiment, et que cet oracle, auquel il croyait, lui certifiait que sous peu de jours on en aurait des nouvelles? il y av^ nécessairement frande dans son lait; car il n*est pas moralement pemns dé ymerjt nn jeu où Ton est certain de gagner.
Mais tel est Tesprit du négoce. Un mardHind Tons Tend nne marchandise dix fois pins €fM ne Fa payée ; il vous la vante excellente , bien qu^il sache qu'elle ne vaut rien ; mais il se croit ce privilège en vertu de son métier, et dès kne, sa conscience est parfaitement en repos. Les juifs qui volent les chrétiens bout absolument dans le cas des marchands.
En rentrant ches moi, je passai dorant nne guinguette, et TOfant da monde entrer et sortir, je fos
curieux de voir ce qu'étaient en Hollande ces sorte» d^endroito. Grand Dieu! c^était une orgie ténébreute «kns une espèce de eave , ipériuUe ckagiie da vioe et de la plus dégoûtante débauche. Le ton ranqne et dkcordant de deux ou trois instrumens qui formaient lorchestre portait à Faine une aorte de tristesse répu-> gnante , .qui contribuait à rendre cet antre borrible*
Ajoutez à cela une fumée épaisse d'un mauvais tabac et Todeur suffoquante d'ail et de bière qui sortait de toutes les bouehea, un ramatsia de matdota et dlion^ mes de la plus basse classe , une foule de fenunes perdues de débauche , et vous aurez Tesquisse du tableau, le plus avilissant qui puisse blesser les regards d'un mortel. Les pauvres marins et la lie du peiqple trou» vaient ce cloaque un lieu de délices et ils croyaient se dédommager, les uns de toutes les privations qu'ils avaient éprouvées pendant une longue et pénible navigation , les autres de toutes les misères c|u*ils souffrent dans le cours de leurs fatigans travaux journaliers. U n^j avait pas une seule femme supportable* Je contemplais en silence ce speetade rebutant, quaâd un gros gaillard à mauvaise mine et ayant Taîr d'un chaudronnier et le ton d'un manant , vint me demander , en mauvais italien, si je voulais danser pour un sou. Je lui répondis que non, et avant de me quitter il me montra une Vénitienne en me disant que je pouvais la £ûre monter pour boire avec elle*
Curieux de voir n je la connaissais , je m*en approche , et la fixant attentivement, je crois voir des traits qui ne me sont pas inconnus , mais sans pouvoir
me rappeler aucune circonstance qui fixe ma pensée. StiflMilé par bd sestiaiefit de cnriottlé , je m^assis auprès d'elle, eo loi demandant t*il était ¥raiqa*dle ftA Vénitienne, et s'il y avait long-temps qu'elle avait quitté le paya. A peu près dii-huit ans , me dit-elle. On apporte une bonteille de vin; je lui demande ai die veut boire ; elle accepte et me dit que , si je yonlais , elle monterait avec moi. Je n'ai pas le temps , lui disje; et je donne une dneat an garçon qui me rend le rette, que je mets dans la main de kmalhenrease. Pé- V nétrée de reconnaissaûce , elle voulut m'embrasser; je Ten empêchai. Aimez-vous mieux , lui dis-je, être à Amsterdam qn'à Venise?
— llélas ! si j'étais dans mon pays , je ne ferais pas ' eet af£reu^ métier.
— A qnel âge rafes-TOBs qnilté?
— Je vftmâê que qnatone ans, et j^étais henrense avec mon père et ma mère^qui sont peut-être morU de chagrin.
— Qni Toas a débaiaeliée ?
— Un coquin de coureur.
— Dans quel quartier de Venise demeuriez-vous? ^ Je ne demeurais pas à Venise, mais dans me
terre du Frioul peu éloignée.
' Une terre du Frioul , dix-huit ans , un coureur. . . . je me sentais émn. ... Je regarde pins attentivement cette pauvre malbeorense et je reconnais bient6t Lncie
de Pasean ! Je ne saurais exprimer le pénible sentiment que j'éprouvai. Je me gardai bien de me faireconmdtre et je fia effort ponr conserver mon air dW
JIÉB0IAB8
dj^éeenoe» La.débavohe beaucoup plus que Végeavait flëtri sa figure et détruit aes attrailsl Lude , la tendre,
la jolie , rinnoceute et naïve Lucie que j^avais taat aimée, que j'avaia respectée par aentiiiieiit^ de?emie laide, dégoûtante et entremetteuse dans un lieu de prostitution ! Cette idée était affreuse. La malheureuse buvait eomme na matelot, sans m^'eiaminer , sans même se soucier de savoir qui j*étais ! Je tirai quelques ducats de ma bourse ^ je les lui mis dans la main, et sana -lui laisser le temps de wir ce que je lui avan dminé, je sortis^^de cette ténébreuse et dégoûtante cayeme.
Je me couchai accablé de tristesse» Je u ai peut-être jamais passé sous les Plombs une journée missi malheureuse, n me semblait ^ue je m'étais levé ce jour-là sous rinfluence d'une étoile funeste ; je me détestais. En réfléchissant à cette infortunée Lucie) je croyais éprouver des remords ; mms quand je pensais à M. d'O* , je m'étais en horreur à moi-même. Je me voyais la cause d\me perte énorme de trois ou quatre cent mille florins qu'il allait laire par Pinfatuation de ma cabale. Cette appréhension me rendait haïssable à moimême et dëetmrageait , pour ainsi dire, la tendresse que j'avais pour Eslher. Je croyais la voir devenue mon implacable ennemie autant que sonpère. L'homme ne peut aimer que par Fespérance plus ou moins fondée, plus ou moins probable , d'être payé de retour.
Je passai la nuit la plus désagréable. Lucie , £sther, son père ,.la haine de tous , la haine de moi«niéme se mêlaient dansmes réves. Je voyais Ësther et son père, sinon ruinés, au moins appauvris par ma faute, et
m câs&iiiyvA. m
LaeieàlMltefdeictaas, d^dbîinée'pflFleTicd, et n-ayant en perspective qu'un avenir de misère et dHnùume ! Je vis avec plaisirle jour paraître, car la lumière sieTeiidit im pende «aime. Gomlm lerténtibreasont affireiieea pour un cœur tourmenté de remords î
M'étant levé et richement habillé , je fis venir un carrosse pour aUer £ûre ma eimr à • la princesse de GaUtrin , qui était logée à TEtoile d'Orient. Elle était déjà sortie ^ elle était allée à Pamirauté. J'y fus, et je Ja trouvai acootnpi^fiiée de M. de Aeissak et dn comte de Tôt, qui venait de recevoir dea nouvelles de mon ami Pesselier , chez lequel j'avais fait sa connaissance , et que j'avais laissé dangereoMneot malades partant de Paris.
Ayant renvoyé mon carrosse , je sortis de l'amirauté à pied et je me dirigeai ver» ladememe-de M. d'O. sur l'Amstel. Mon costume trop élégant choquant les yeux de la populace hollandaise , je fa» bafoué , sifflé ; et voilà la ean«lle'de tous les paya £stlier me voyant venir de sa fenêtre , tire le cordon et m'ouvre la porte. Je me hâte d'entrer, je referme, et^ montant par un escalier de lM»a , au^quatre ou ein^piîème degré je donne du pied contre quelque chose qui cède. Je regarde et je vois un portefeuille vert* Je me baisse pour le ramasser, niais je prends maladroitement et je le fais tomber par une ouverture qu'on avait pratiquée au fond du degré, sans doute afin de donner passage à la kumère pour éclairer un esedier qat était dessous. Je ne m'arrête pas ; je monte, je suis reçu à l'ordinaire, et comme ma parure pouvait leur paraître
1114 XÉMOItBS
insolite, je leur en expficpie la nkon. Esther «ourît en me disant que je paraissais tout antre $ mais je crois m'apercevoir quils sont tristes. La gouvernante d'£sther entre ^ lenr parle hollandaîs, et £sther , visiblementaffligée , se lè?e et va fidre miUeeaxesseà à son père*
— Je Ym, mes amis, qu'il tous est arrivé quelque malheur. Si ma présence vous gène, permettez, sans façons, que je me retire.
— Le malbenr n*est pas grand , j^en ai pria mon parti, n me reste une fortune suffisante pour suppôt^ ter ma perte avec patience.
— Quelle perte a7es-T0U9 &ite î si j'ose tou» fo demander.
— J'ai perdu un portefeuille assez riche que, si j^ayais été prudent, j'aurais dû laisser diez moi , car il ne m'était nécessaire que demain.
— £t vous ne pouvez point savoir où vous l'avez perdu?
— Je ne puis Tavoir perdu que dans k rue , et je ne sais comment. Il contient de grosses lettres de change, dont je puis arrêter le paiement; mais il contient aussi des billets de la banque d'Angleterre pour de fortes sommes, et ceux-là sont perdus , car ils sont au porteur. Remercions Dieu de tout, ma chère fille , et prion8<>le de nous'eonserver le reste et surtout la santé , car il pourrait nous arriver des malheurs plus grands. J'ai eu dans ma vie des revers beaucoup plus grands et , non-seulement j'y ai résisté , mais je suis parvenu à réparer le mal. Ne parlons donc plus de cet accident , que je veux considérer comme une banqueroute.
m CASAWOTA. 190
Pendant qne M. JtO* parlait , je sentais la joie qui
inondait mon cœur , mais je gardais Tair sérieux qui eonveiifit à la scène* J^ayais la presque certitude que le potlilMOle en question n^était autre que celui que j'avais maladroitement fait tomber sous Pescalier , mais qui ne pouvait pas être perdu. Cependant on sent bien qnS ma première idée fut de faire hommage de ma superbe découverte à ma science cabalistique. L^occasion était trop belle pour la négliger , surtout lorsque j'éprouvais encore lesv suites des angoisses que j avais^ souffertes pendant la nuit , dans la crainte d'avoir induit cet honnête homme à faire une perte immense* J'dUais donner à mes hêtes une grande preuve de Tinfaillibilité de mon oracle. Combien de miracles ont été préparés de la même fiiçon ! Cette idée m ayant mia en bonne humeur , je me mis à plaisanter, et ma galté me fournit des propos si drôles que je fis rire Esther aux édbts*
Nous dînâmes délicatement et bûmes en gourmets* Après le café, je leur dis que s'ils ^aimaient le jeu, nous pourrions jouer; mais Esther répondit que ce serait perdre un temps précieux , et qu'elle était trop passionnée pour les pyramides pour ne pas me proposer de nous amuser à cela , si je le voulais* C'était précisément où je voulais l'amener* Bien volontiers, lui dis-je,* faisons ce que vous voudrez.
— Youlez-vous qne je demandé où mon père a perdu son portefeuille?
— > Pourquoi non ? c'est une question de circonstance ; fidtes-la.
HiMOiAIS
Elle fit la pyramide et la réponse qu'elle obtint fut que le portefiBuîUe a avait élé UouYé par pertomia .Elle telaTaen aantaBlda joie et oavnit enbraiteraon père.
— Noiu retrouverons uoU e portefeuille , mon cher papa!
— Je i'etpte eeoHBe toi , mkcbère fiDe » ear-eelle réponse est bien consdaiile. Et Bather de loi ptodi» guer dea careMes*.
— Ou., dia*je,iljabie»qaelfaeeapénnoe{nda rorade aera nwetè toa»a> lea ^ ueati o«a>
— Huet î et pourquoi ?
— Si voua ne me donnea paa autaot4e baiiort que voua ea aves4ené à vetie eher père, il eeva m ae t *
— Ob! je le ferai parler , dit-elle en riant, et la voilà à mon oon à m^embraaaer , à me caganer, et moi à lui rendre aea oaresaea*
Temps heorenv ! quand je me le rappelle ! et j^ime tant à y reporter ma pensée , malgré lai i'reuse vieillesse ipii m'a rend» ai peo pn^ie à Fanoor; quand je me le rappelle , je meeena njemir et mon eiisCenee re-^ prend tous les charmes de la jeunesse, malgré la réalité qui me rejette si loin 1
Enfin Eatber a'étant rasmae, demmida ioA tek- h portefeuille , et la pyramide dont elle tira la réponse lui apprit que le porteiieuilla était tombé dans louver* ture de la cinquième marche de l'escaKerw
X« d'Ow dit à sa fille : AUms voir, nutcUteSslber, si l'oracle est véridique j et tous deux, la joie et l'espérance peintes sur tous les traita , se dirigent vera Fescalier. Je lea suif. K. d'O. noua montra farâéM
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le trou par où le portefeuille devait être tombé. U allume une bougie et nous desoeudoui dans un magasin
souterrain , el bientôt il ramasse de «es mains le portefeuille, qui était tombé dans Peau. Nous remontons tout joyeux^ et nous voilà à discourir pendant une heure du ton le plus sérien^i sur la divinité de Forade qui , selon eux , devait rendre celui qui le possédait le plus heureux des hommes.
Il ouvrit le portefeuille et nous montra quarante billets de l'échiquier de mille livres sterling chacun, n en donna deux à sa ûlle et m^obligea d'en accepter deux autres ; mais je les pris d'une main et de Tautre je les remis à Estber en la priant de les garder ; mais je fus obligé , pour l'y faire consentir, de la menacer de ne plus travailler avec eDe à la cabale. Je dis à M. d^O. que je ne tenais qu*à son amitié , et là-dessus il m'embrassa et me la jura à la vie et à la mort.
£n rendant la belle £sther dépositaire de mes deux mille livres sterling , j'étais sûr de me rattacher , non parFintérét, mais par la confiance. Cette charmante fille avait dans tout son être quelque chose de si puissant que je croyais sentir mon existence attachée à la sienne*
Je dis à iM. d'O. que l'affaire qui me tenait à cœur était mes vingt millions , mais avec peu de perte.
» J'espère vous contenter, medil-îl; nuns comme j'ai besoin que vous soyez souvent avec moi , il faut, mon ami , que vous veniez vous loger dans ma maison quiserala vdtre - Je vous gênerai.
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— Demandez cela à ma fille*
Esther ayant joint ses instances à celles de son père , j'acceptai , ayant grand soin de leur cacher tout le bonheur que cet airangemeot me causait. Je me contentai de lenr témoigner ma reconnaissance, mais ils y
répondirent de manière à me persuader que c'était moi qui les obligeais*
M. d^O. étant passé dans son cabinet et me trouvant seul avec Esther, je lui donnai un baiser plein de tendresse, et je lui dis que je ne serais heureux qne lortqn^eDem^aQrait donné son cœur.
— Vous m^âimez donc?
— Avec lapins yÎTe tendresse, et je suis prêt à tout
faire pour tous la témoigner, si je puis espérer que vous la partagerez.
Elle me tendit k main , qne je eouvria de haisera,
et elle me dit : Dès que vous serez avec nous , vous trouverez le moment propice de me demander à mon père, et vons n'aorei pas à craindre nn refus; maia aTant tout il faut que yous soyez avec nous*
— Ohl femme chérie, j y serai demain.
Nous continuimes à nous entretenir de tendresse, d^espérances et d'avenir, dans le plus doux abandon d'une confîance mutuelle, et je devais, sans doute être bien sincèrement épris ^ puisque la BMtndre pensée Indécente ne vint pas m^interrorapre en présence d'une femme si belle et dont je me sentais, aimé. ' "
M. d^O* rentra, et la première chose qu^il nous dit