MÉM0IRI
Le aonpir qa^efle paàm én proféranl €68 paroles
me mit tout en feu, et je lui exprimai mon dévouement en loi disant qne j^ayais cinquante mille écns à son service , et que j^ëtais disposé à risquer ma vie pour obtenir des droits sur son cœur. Elle me répondit par tontes les expressions de la plus vive reconnaissance , et me serrant alïectueusement dans ses bras , nos bouches se rencontrèrent} mais je sentis quelques larmes qui s^échappaient de ses beaux yeux , et je la respectai en modérant le feu que ses baisers faisaient circuler dans mes veines. Elle me pria d'aller la voir sour ▼ent , me promettant de se trouver téte-à-téte avec moi toutes les fois qu elle le pourrait. C'était tout ce qne je pouvais désirer, et après lui avoir promis d'aller dîner le lendemain chez elle , nous nous séparâmes.
Je passai encore une heure dans la salle , occupé à la suivre et jouissant du bonheur d'être devenu soif intime ami , ensuite je retournai à ma Petite Pologne. La course ne fut pas longue , car quoique j'habitasse à la campagne , dans un qoart-d^eure j*étais à tel quartier de Paris que je voulais. Mon cocher était habile et mes chevaux excellons, surtout parce qu'ils n'étaient pas de nature 'à être épargnés. Ils étaient de la réforme des écuries du roi , vrais chevaux de luxe, et quand j^en perdais un , je le remplaçais à l'instant moyennant deux cents francs. Celam^arrivait quelquefois, car Tun des plus grands plaisirs de Paris, c'est d'aller vite.
H^étant engagé à dîner chez mademoiselle X. C. V., je ne donnai que peu d^heures au sommeil , et je sortis
Dl CASAROTA.
' en rediogoteet à pied. La neige tombait à gros flocons , et je paras de?ant madame tout blane des pieds à la téte. £Ile m^accueillit fort bien, en riant et en me disant que sa fille lui avait conté combien elle m'avait inirigaé, etqa^eUe s'était réjouie d'apprendre que je lenr ferais le plaisir de <Bner en famille. Mais , ajootat-eile , c est aujourd'hui vendredi et vous ferez maigre i cependant nous avons da poisson exeellenU £n attendant qu on serve, allez vdr ma fille qui est encore au lit.
Je ne me le fis point répéter, comme on le pense bien ; car c'est surtout là qn*une jolie fenuneést belle.
Je trouvai mademoiselle X. C. Y. occupée à écrire sur son séant, mais elle cessa dès qu'elle me vit. Comment! lui dis-je , aimable paresseuse , encore au lit ?
— Oui , mon ami , j^y suis par paresse et pour être plus libre.
— Je craignais que vous ne flissiei indisposée.
— Je le suis un peu , mais n'en parlons pas aujourd'hui. Je vais prendre un bouillon , parce que ceux qui ont sottement établi la prescription du maigre ne m'ont pas fait la politesse de me consulter. Il ne convient ni k mon goût ni à ma santé , et je ne me lèverai pas, même pour aller à taUe, quoique par là je doive me priver du plaisir de vous voir. Je lui dis naturellement que sfims elle le dîner me paraîtrait insipide , et je ne mentais pas.
Comme la présence de sa sœur ne la gênait pas, elle tira de son porte-feuille une lettre en vers que je lui avais écrite quand sa mdre m'avait fait défendre Ten-
2S1 Mtiiatu»
trée de sa maison. Wle me la «ecita par cœar , puis , tout attendrie , elle versa quelques larmes. Cette fatale lettre, me dit-elle, qàe Tons avez iDUtidée le phénix , a fait mon destin , et elle sera pent-^e la eatlse dema mort.
Je lui avais donné le titre de phénix, parce qu^après
m'être plaint de la rigueur de mon sort, je lui prédisais avec Texaspération poétique qu'elle donn^ait son eœnr à un mortel dont les qualités supérieures loi mériteraient le nom de phénix. J'employais cent vers à faire la description de ses qualités imaginaires physiques et morales, et certes, Tétre qui les réunirait pourrait bien être adoré , car il serait plutôt un dieu qu'un homme.
— Eh bien ! continua mademoiselle X. C. V. , je devins amoureuse de cet être imaginaire, et persuadée qu'il devait exister , je me mis à le chercher j et après six mois j'ai cru l'avoir rencontré, je lui ai donné mon cœur , j'ai reçu le sien , nous nous chérissons ; mais il y a quatre mois que nous nous sommes séparés , à no« tre départ de Venise , et pendant notre séjour à Londres et depuis notre arrivée ici , où nous sommes depuis six semaines , je n'ai reçu qu'une seule lettre de lui. Cependant je ne Taecuse pas ^ je sais que ce n'est pas sa fente. Je suis gênée ; je ne pius ni reoevoir de ses nouvelles ni lui en donner des miennes.
Ce récit me confirma dans mon système , que les actions les plus décisives sur notre existence entière tiennent le plus souvent aux choses les plus insignifiantes. Mon épitre n'était qu^un luxe de poésie plu»
n GA8&1I0TA.
OU moins bien fait, et l*étre que je peignais était impossible à trouver, parce qu^il était au-dessus de toutes les perfections humaines f mais le cœur d^unê femme voyage si vite et si loin ! Mademoiselle X. V, prit la chose au pied de la lettre , et devenue amoureuse d^une chimère , elle voulut lui substituer une réalité , sans songer qu il fallait que son imagination fit, sans le savoir, un pas rétrograde immense. Cepen* dant , dès qu'elle se fut imaginé qu'elle avait trouvé Forigiual du portrait fantastique que ma muse avait tracé , il ne lui Ait pas dUf&cile de lui trouver toutes tes qualités que jWais dépeintes , puisque son amour les lui donnait à volonté. Sans ma lettre, mademoiselle X. C. V. aurait été amoureuse , mais d'une autre façon , et les suites de son amour auraient probablement été différentes. Tout ici-bas, et là-haut peut-être, est combinaison , et nous sommes auteurs de feits^ dont nous ne sommes point complices. Tout ce qui nous arrive n^est positivement que ce qui doit nous arriver ; car nous ne sommes que des atomes pensans, qui allons oû le vent nous pousse. Je sens bien que mon lecteur va m'accuser de sacrifier sur Pautel de la faulité ; mais comme j'use du droit naturel de juger , je ne conteste le même droit à personne.
Dès qu'on eut servi, on vintm'àppeler et nous fîmes chère exquise avec Texcellente marée que M. de la Popeliuière avait fourme. Madame X. C. Y., Grecque et d'un esprit borné, ne pouvait être que superstitieuse ou bigote. L'alliance des êtres les plus opposés , Dieu et le diable, est immanquable dans la tète d une femme
MilIOIXBS
vaine 9 faible » Toluptaeuse et timide* Un prêtre lui avait dit qa*en convertissant son mari, die s^assorerait le bonheur éternel i car TÉcriture promet en termes formels ame pour ame à tout convertisseur qui amène dans le giron de Téglise un hérétique ou un païen. Or, comme madame X. €• Y. avait converti son mari, elle était fort en sûreté sur sou avenir; il ne lui restait plus rien à faire. Néanmoins elle mangeait maigre aux jours prescrits, mais c était parce qu^elle le préférait au gras.
Quand nous fûmes sortis de table, je retournai auprès du lit de mademoiselle , qui me tint tète jusqu'à neuf heures , et toujours assez maître de moi pour tenir en bride mes désirs. J^étais assez fat pour croire que ce qu'elle éprouvait n^était pas moins violent que mon ardeur ; et je ne voulais pas me montrer moins retenu qu'elle , quoique je susse alors comme aujourd'hui que c'est un faux calcul dans un homme* L'occasion est comme la fortune 3 il faut la saisir au toupet dès qu'elle se présente, ou, d'ordinaire, elle échappe sans retour.
N'ayant point vu Farsetti à table , je soupçonnai , quelquerupture,etje voulus m'en expliquer avee mademoiselle ; mais die tira de mon erreur, en me disant que .son persécuteur était un fou visionnaire que rien ne pouvait engager à sortir de chez lui le vendredi* Ce feu-là s'étant fait tirer Thoroscope par une bohémienne, il avait su que son sort était d'être assassiné un vendredi, et que pour prévenir le' malheur dont il était menacé , il devait ce jour-là se rendre inaccessible. On
86 moquait de lui , mais il tenait bon , et il avait raison de laisser dire, car il y a quatre ans quHl esimort tranquillement dans son lit à Fige de soixanteJix ans. I! croyait prouver par-là que la destinée d'un homme dépend d'une bonne conduite , de sa prudence , et des précautions qn*il prend avec sagesse pour éviter des maux qu^il a prévus. Ce raisonnement est excellent dans tous les cas , excepté quand il s'agit de maux annoncés dans on horoscope supposé tel que les astrologues veulent qu'on le suppose j car, ou les maux prédits sont évitables , et alors la prédiction devient une puérilité, on Thoroscope est fînterprète du destin , et alors toutes les précautions ne sauraient le faire fléchir. Le chevalier Farsetti était donc un sot en s'ima* ginant avoir prouvé qndqne chose. U aurait prouvé beaucoup auprès de bien de gens , si , sortant chaque jour, le hasard avait voulu qu'on Teut tué un vendredi. Pic de la Mirandola, qui croyait à Tastrologie, disait : Aiim inflmtnt, non co^funt (i). Je n^en dootepas. Hais aurait-il fallu croire à Tastrologie , si Farsetti avait été assassiné un vendredi? Non, assurément pas.
Le comte dVigreviDe m*avait présentéi sascsnr, h comtesse du Rumain, qui, depuis qu'elle avait entendu parier de mon oracle , désirait vivement me connaître, le ne fns que peu do jours à captiver Famitié dn mari et celle de ses jeunes filles , dont Taînée , qu^on appelait Cotenfau , épousa plus tard M. de Polignac. Madime du Humain était j^os belie que jolie, mais^e
(i) Les astres influent, ils ne frappent pas.
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96 faisait surtout aimer par sa douceur, par la bonté 4e son çaractère, par sa franchise et son empressement à servir ses amis. D^one taiUe superbe , c^était nne solliciteuse dont la présence imposait à tous les magistrats de Paris. Je fis chez elle la connaissance de mesdames de YalbeUe , de RonceroUes , de la princesse de Chimai et de plusieurs autres qui faisaient les délices de ce qu^on nommait alors k Paris la bonne compagnie. Quoique madame du Rumain ne donnât point dans les sciences abstraites, elle avait cependant besoin de mon oracle pins encore que madame d^Urfé* Elle me fut très-utile dans une occurrence fatale que je vais rapporter.
Le lendemain de mon long entretien avec mademoiselle X. C. y. , mou valet de chambre me dit qu un jeune homme demandait à me remettre une lettre en main propre. Je le fis entrer , et lui ayant demandé qui Tavait chargé de la missive , il me répondit que ia lecture me mettrait an fait de tout, et quUl avait or* dre d'atteudre ma réponse. Voici ce que conteuail le biUet.
11 est deux heures après minuit j j'ai besoin de repos , .mais un fardeau qui m^accable m'empêche de trouver le sommeil. Le secret que je vais vous confier, mon ami , cessera d'être un furdeau pour moi dès que je laurai déposé dans votre sein* Je me sentirai sou-» lagée dès que vous en serez dépositaire. Je suis enceinte , et ma situation me met au désespoir. Je me suis déterminée à vous Técrire , parce que je sçns qu'il
me serait impossible de vous le dire de vive voix. Accordez-moi uo mot de réponse* »
On devinera ce que je dus éprouver à cctle leclure. J étais pétriûé , et je oe fut ea état de lui répondre que ces mots : « Je «crû ^bes ywm à omeUinrci* 9
Il nff a véritablement de malheur qu^on puisse appeler très-grand , ^e quand il fait perdre la téte à rétre qui réprouve. La confidence que madeoMn* selle X« C. T. me faisrit par éorit me prosTa que sa raison yaciiiante avait. besoin d'appui. Je m^estii^ai heureux qu'elle eût pensé à moi de préférence à tout antre, èt je me promis de la senrir , dnssé-je périr avec elle. Peut-on penser autrement quand on aime? Cependant je ne pouyais me dissimuler rimprudenoe de sa démarche. U s*agit dans tous les cas de parler ou de se taire, et le sentiment qui, en pareille circonstance, fait préférer la plume à la parole, ne peut proTcnir que d^une fausse honte qui , daasle fisnd , n'est que pusillanimité. Si je n avais pas été amoureux de celte aimable et malheureuse personne, ilm^auratt été plus fiMÎle de lui reAiser mes senrices par écrit
qu'en lui parlant; mais je 1 adorais. Oui, inc disais-je, elle peut d'autant plus compter sur moi , que son malheur me la rcttd encore plus dière. Et puis un seattment secret , sentiment qui ne parle pas avec moins de force «pour avoir Tair de se taire, ce sentiment me disait que, si j avais le bonheur de réussir, ma récompense était certaine. Je sais bien que plus d'un girave moraliste va me jeter la pierre ; mais qu'il me
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HiKOIEES
8oit permis de douter qu'il soit amoureux 3 et moi je letais l>eaucoup.
Je fa» eiact à Fheiire et je tromrainabelleafBîgée à la porte de Photel.
— Vous sortez? où allez-vous ?
Je Tais à la meMe anx Avgnttilit*
— Est-ce un jour de ttte?
— Non, mais ma mère exige que j'y aille tous lea jours.
— Je vais vous y accompaguer.
— Oui i donaez-moi le bras , nous irons nous parler dans le oloitre.
Mademoisefle X. G. MêSA aoeompagnée de sa femme de ciiambre , mais ce n^était pas ud être gênant : nous la laissâmes dans TégUse, et nons passâmes dans le clottre. Dès que nons y fûmes j mademoiselle me dit : Avez-vous lu ma lettre?
— Oui, eertainement, mais la voici; je vous la rends* Yons la brAlerei.
— Non 9 je ne la veux pas^ vous la brûlerez vousmême.
^ Je vois que vous avei beaucoup de confiance
moiî mais je nen abuserai pas.
— Peu snia persuadée. Je suis grosse de quatre mois , J*en suis sûre et cela me met au désespoir;
— Consolez-vous , nous y trouverons remède.
— Oui , je m*abandonne à vous ; tachez de me kire avorter.
— Jamais , ma chère j c'est une scélératesse- •—Hélas! je le sais ^ mais elle nW pas plus grande
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que de ee donner la mort, et il faut opter : ou détruire
le malheureux témoin de mon déshonneur , ou m'empoisonner; j'ai le moyen tout prêt d'exécuter ce dernier dessein. Vous êtes mon unique ami ; vous voilà larbitre de ma destinée. Parlez. Êtes-vous fâché que je vous aie point préféré le chevalier f arsetti ?
Me voyant ébahi , elle s'arrête , et porte son mouchoir à ses yeux pour essuyer les larmes qui s'en échappaient. Mon cœur saignait. Scélératesse à part , ma chère mademoiselle , lui dis-je , Tavortement n'est pas en notre pouvoir. Si les moyens qu'on emploie pour se le procurer ne sont pas violons , leur effet est douteux i et s ils le sont, ils mettent dans le plus grand danger les Jours de la mère. Je ne m'exposerai jamais au hasard de devenir votre bourreau ; mais comptez sur moi , je ne vous abandonnerai pas. Votre honneur m'est aussi cher que votre vie. Calmez-vous , et dès cet instant, figurez-vous que c''est moi qui me trouve dans votre situation. Soyez sure que je saurai vous tirer d'affaires et que vous n'aurez pas besoin d'atten- •ter à des jours pour la conservation desquels je donnerais les miens. £n attendant , permettez*moi de vous dire qu'en lisant votre billet , j'ai éprouvé une sensation involontaire de plaisir de ce que , dans une occurrence de cette importance , vous m'avez choisi de préférence à tout autre. Vous ne vous êtes point trompée dans la confiance que vous avez placée en moi , car il n^y a personne à Paris qui vous aime avec une tendresse égale à la mienne , et personne au monde ne peut éprouver plus que moi un si vif désir de vous
%èê KttOIUS.
être «liie. Demain «a plus tard toss counaiicerei k
prendre les remèdes que je vous préparerai, mais je VOUS prévient ijpie yw» ne «auriez trop vous tenir mut 1FOS gardes loaehant le secret, car il s'a^ ici de lira* ver les lois les plus sévères. Il y va de la vie. Vous vous êtes peut-être <i^à confiée à quelqu'un ; à votre feouse de ebambfe peot-étre ou à quelqu'une de tos sueurs?
^ A personne qu^à vous, mon ami, pas mèjue à Paateor de mou malheur* ie frissoUM quaud^peuso à ce que dirait , à ce que ferait ma mère, si elle Tenait à être inibrmée de létat où je me trouve. Je eraÎDs qu'elle ne le devine eu obsenraut ma taille*
— Votre taille est encore parfaitement discrète | elle n a rieu perdu de sa ûuesse.
— Hais chaque jour va la déformer * et c!es| pour eda qu'il faut que nous fassions ^Ite. Vous me trou* verez un cbirur^en qui ne me connaisse pas et vous me conduirex ches lui ; il pourra me saigner à volonté.
— Je ne m'exposerai pas à cela , car il pourrait nous trahir. Je tous saignerai ou»«>méme; la chose est fa* eile*
— Que je vous suis reconnaissante I II me semble d^à que tous me rendez la vie* Le |4aisir que je vous prie de me faire, c^est de me conduire ehea une sage*
femme pour la consulter. Nous pourrons facilement nous y rendre sans être observés pendant le premier bal de fOpéra.
— Oui , mou amie 3 mais cela n'est pas néces-
Baire , efc eeUe dénutf che pourrait nom oompromettre.
— Point da tout , car dans cette ville immense , il y a des sages-iemmes partout, et il est impossible qo^e noua ÉOfùn» codiius , étant même lea mûtrea de nona tenir masques. l aites-moi ce plaisir. Les conseils d^une aage-iemme ne peuvent que m'étre utilea*
Je n^ena pas la force de kd refiiser ce plaisir > maia je la fis consentir à attendre le dernier bal, parce qué la foule y étant dWdinûre plua grande , nona aviona la cbance de pouvoir sortir avec plus de a&reté. Ie hri promis de m'y rendre en domino noir avec un masque blancà la vénitiemie , ayant une rose pmnte à eàté de Tœil gauche. Dès qu'elle me verrait sortir, elle devait me suivre et monter dans le fiacre où elle m'aurait vn monter/ Tout oela int fiût; mai» noua y retiendrons.
Je revins avec elle et je dinai en famille sans *faira attention à Faraetti , qui y dlnaanaai et qui m^a^H vu revenir avec elle* Nous ne nous adressâmes pas la parole i il ne mVdmait pas et je le méprisais.
Je dois raconter- ici mie faute grossière que je commis , et que je ne me suis pas encore pardonnée.
IH'étant engagé à conduire inademoiselle X* C* Y. chez une sage-femme, il est est naturel que j aurais dû la conduire chez une matrone honnête , car il ne s'agissait que de la consulter sur le régime que devait tenir une iemme pendant sa grossesse ; mais. conduit par un manma génie, je passe par la rue St4jouia pour aller aux Tuileries, je vois la Montigni entrant
Digitizcd
H&HOIBtS
ches elle a?ec une jolie personne qne je ne connaissab pas , et pouMé par la curiosité , je &is arrêter ma toiture et je monte chez elle. Après m^étre amusé, penaant toujours à mademoiselle X* €• Y. , je dis à cette femme de m'enseigoer la demeure d^une sage-femme que j^avais J)esoin de consulter sur quelque chose* Elle m'indique une maison au Marais et me dit que je trouverais là la perle des sages- femmes. Là-dessus elle me conte nombre d'eiploits qui l'avaient illustrée et qui tous me prouvent que c'est une scélérate. Comme je savais que je n'allais pas chez elle pour l'employer à des opérations illicites, je m*en tins à celle-là* Je pris son adresse, et comme je devais y aller de nuit, je fus dès le lendemain reconnaître sa maison.
Mademoiselle commença à prendre les remddes qne je lui portais et qui , TafTaiblissant , devaient détruire l'œuvre de l'amour ; mais comme elle ne s'apercevait d'aucon effet , elle était impatiente de consulter une sage-femme. La nuit du dernier bal étant venue , elle me reconnut comme nous l'avionsconcerté , etm'ayant suivi , elle monta dans le fiacre où elle me vit entrer , et en moins d'un quart-d'heure nous arrivâmes à la demeure de l'infSàme matrone*
Une femme d'une cinquantaine d'années nous ac-* cueille avec empressement et nous oifre de suite ses services.
Mademoiselle lui dit qu'elle croyait être grosse , et qu'elle venait la consulter sur les moyens de cacher sa grossesse le plus possible jusqu'à son terme* La scâé» ratu lui répond en souriant qu'elle pouvait lui dire
sans détour qu^elle serait bien aise d'avorter. Je suis prête à voiu servir , lui dit-elle , moyennant cinquante louis , la moitié payée d'avanoe pour Tachât des dro* gues , et le reste aussitôt qu elle aurait heureusement réussi : Comme je me fie à votre probité , vous voua fierez à la mienne. Donnes*moi les vingt-cinq louis , et revenez demain ou envoyez pour prendre les drogues et rinstruction pour en faire usage.
En achevant ces mots , elle troussa sans façon sa cliente 9 qui me pria avec douceur de ne pas la regarder, et après ravoir tâtonnée , elle lui dit , en baissant la toile , qu'elle pouvait tout au plus être à son qua* trième mois. Si mes drogues, lyouta-t-elle , sont inefficaces, ce que je ne crois pas, je vous indiquerai d^an* très moyens ; et dans tous les cas , si je ne réussis pas k voua servir complètement, je vous rendrai votre argent.
— Je n^en doute pas, lui dis-je ; mais quels sont , s'il vous plait, ces autres moyens?
— Je vous enseignerai à détruire le fœtus.
J^aurais pu lui répondre qu'il était impossible de
tuer Penfiint sana blesser mortellement la mère; mais je ne me sentais point disposé à dialoguer avec celte tile créature. Si madame se décide à prendre vos re* mèdes , lui dis-je , je viendrai demain vous apporter l'aigent nécessaire pour l'achat des drogues. Je lui donnai deux louis et nous partîmes.
Mademoiselle X. C. V. me dit qu'elle croyait celle femme une franche scélérate, car elle était persuadée qu'on ne pouvait détruire le fruit sans risquer de tuer
Ji4 M£llÛiii£S *
celle qui le portait. Je nai, ajouta-t-eUe , eonfiasc^ q«*e» TOUS «tnl. Je k fortifiai duis oet idées, es ekerehaiit k réMgner èe TUiét de ae rendre erimiiiene ,
et je rassurai de nouveau que je justifierais sa confituMe. Toutàconp, ae {rfaignaul du froid : N*aiiriMe> BOUS paa le tempa d*aller prendre on air de fea à la Petite Pologue? me dit-elle ; j'ai grande envie de voir TOtre jolie demenre. Cette fiuitaiaîe mtt aorpiit et me plnt. La nnitétant trè»obacnre, elle ne peatait rien voir des beautés extérieures du lieu ; Fiu lé rieur devait lui aafifire, et rimagination vojage» J'étaia loin de hû fiure part de mea obaerratîona; ear il y en a en amour qu'il faut savoir {tarder pour soi ; mais le fait est que je me figurais toucher au moment du bonheur. Je fia arrêter le fiacre an Pont-au-CfaaDge , et aprèa en être descendus , nous en prîmes un autre an coin de la me de la féronnerie, et lui promettant six franca ^ ponr boire, en on quart-d^enre il nona deaeendit à
ma porle. - *
Je sonne eu maître , la Perle m'ouvre et m'annonce qu'il n^ a^ait peraonne » ce qne je lavaia fort bien j
mais c^était une habitude. Yîte , allume-nous un fagot et donne-nous quelque chose pour vider une bouteUle de Champagne*
— Une omelette ?
— Soit.
— 7ort bien , dit mademoiaeUe , nne emdette.
Elle était raviasante , et aa raine riante aemblait me
présager un instant délicieux. Assis devant un bon feu, je la phce anr mea genou, je la couvre de bai*
•m qa^alle me remà aveo tendreste, «I je «ni» au mô* menl éa triomphe, quand éUe me prie de Flir le plu»
doux de me modérer. Je crois lui plaire en lui obéis- < aani, persuadé quelle ne veut retarder ma victoire qne pour la rendie^plns belle, et qu'dle ee rendm après le Champagne. Je voyais 1 amour, la douceur, la coofiance- et la plu» iprande reconnaissance peints dans ses Yegards , cl j'aofals été ftdié qu'elle eût pu croire que je voulusse exiger des signes de tendresse , de simples complaisances , à titre de récompense. J^étaia asaei généreax pour ne vonloir qne de
amour.
Nous voilà à notre dernier verre de Champagne « nous noue leTont, et moitié pathétiipiement, moifié usant d'une douce forée , je la place sur uncr coucbetA en la tenant amoureusement enlacée dans mes bras j mais au lieu de se rendre, elle s'opposç à mon dessin , d^alxird par de douces prières dont la ^ertn est d'ordinaire de rendre plus entreprenant, puis par des remontrances sérieuses et enfin en usant de ses for- * ces. C'en ét^ trop : la seule idée de idolence m^a ^ toujours révolté ; car je pense encore qu'il ne peut y avoir de bonheur dans Tunion amoureuse qu^autant qa^il y a accord parCût de confiance et d'alMmdon* Je plaide ma cause de loutee les matières ; je parle en amant flatté , puis trompé , puis niéplrisé. Enfin je lui dis que je suis désabusé d^unc^ manière cruelle i je la ▼oSs mortifiée. Je tombe à ses genoux, je lai demande pardon. Hélas ! me dit-elle du ton le plus triste, n^étant plus maîtresse de mon cœur, je suis mille fbis
TOKBTI. 21
HÉXOIRES
plus À plaindre que vous. Ses larmes coulaient en abondance ; sa téte tomba sur la mienne et ma bouche se colla sur la sienne ; mais la pièce était finie. L^idée de renouveler lassant ne se présenta point à ma pensée; je laurais rejetée avec dédain. Après un assez long silence qui nous était également nécessaire, à elle • pour étouffer des sentimens de honte , k moi pour donner à ma raison le temps de calmer des mouvemens de colère qui me paraissaient légitimes , nous re* primes nos masques et nous retournâmes à TOpéra. Chemin faisant, elle osa me dire quelle se verrait obligée de renoncer à mon amitié , si je la mcllais à ce prix-là.
— Les sentimens de Tamour, Mademoiselle, doivent céder le pas à ceux de Thonneur , et le vôtre autant que le mien m^oblige à rester votre ami , quand ce ne serait que pour vous convaincre dMnjustice à vos propres yeux. Je saurai faire par dévouement ce que j^aurais voulu faire par amour, et je mourrai plu* tôt que de tenter à lavenir de posséder des faveurs dont je croyais que vous m'aviez jugé digne.
Nous nous séparâmes à TOpéra , où Ténorme foule me la fit perdre en un instant. Le lendemain elle me dit qu'elle avait dansé pendant toute la nuit : elle espérait peut-être trouver dans cet exercice violent le remède qu elle n'attendait guère de la médecine.
Je rentrai chez moi de fort mauvaise humeur, cherchant en vain des raisons qui pussent justifier un refus qui me semblait humiliant et presque incroyable. Je ne pouvais justifier les motifs de mademoiselle X. C. Y.
DS CASANOYA,. 247
qu'en entassant ic^hisme sur sophisme. Le bon sens me démoDtraîlr que j étais outragé en àéfi% de toutes les ooDyeoances imaginables et de tous les préjugés âé mœurs que Féducation maintient dans la société. Je réfléchissais au bon mot dePopulia, qui ne se permettait de faire des infidélités à son époux que quand elle était grosse : iVo/i tollo vectorem, disait-elle, nîsi navi ^ plena. J'étais fâché d'êlre convaincu que je n'étais pas aimé , et je croyais indigne de moi de continuer ià aimer un objet que je ne pourais plus espérer de posséder. Je m'endormis déterminé k me venger en labandonnantr à son sort, me moquant de Thérmsme qu'elle serait forcée de trouTer dsns une eondUite contrai re. Je croyais que mon honneur me prescrivait de n'être la dupe de personnis.
La nuit apporte conselL A mon réral , je me re* trouvai calme et toujours amoureux. Ma dernière résolution fut d'en agir généreusement avec cette inibrtnnée. Il était certain que sans moi elle était perdue | je devais donc lui continuer mes services , et me montrer indifierent à ses faveurs. Le rôle n'était pas facile; fiais j'efs le courage de le jouer à merveille, et plus tard la récompiHise vint d*elle*mAme.