‹ Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt (volume 2)Chapitre 23 sur 25 · M MÉMOIRES · texte numérisé non relu

M MÉMOIRES

main je me rendis chez M. Chaban , premier commis de la police , pour Texciter à faire des perquisition» ior févatioii de mademoiseUe X. C. V. Je m^éteis persuadé que cette démarche ne bci virait qu^à me mieux couvrir ; mais cet iiomme, qui possédait à fond Tesprit de eoii métier, et qui iii*aiiiiak depuis que Sylyia m'a- Tsit fidt faire sa connaissance cinq ou six ans plus tôt , se mit à rire quand il entendit pourquoi je sollicitais ses bons offices. Sonhaiterîei-Tons tout de boa, me dit-il , que la police s'enquit du lieu où se trouve la jolie Anglaise ?

— Certainement, Honsiear.

Je compris alors qu il ne visait qu*à me faire parler pour me trouver en défaut, et je n'eus plus aucun doute qfnand, en sortant, je rencontrai Farsetti.

Le lendemain , je me rendis chei madame X. G. Y. pour lui faire part de mes démarches, infructueuses jusqu^alors. Je suis , me dit-elle , plus beorense qne voip, et si TOQS voulez m*acoompagner jusqu^à Fendroit où ma ûlle se trouve , et m'aider à la persuader de revenir avec moi, je sois sûre dn snccds*

— De tout mon cœur, Madame , lui répondis-je de lair le plus sérieux ^ je suis prêt à vous accompagner partout*

He prenant an mot, die passe son mantdet, me

prend le bras et m'entraîne jusqu^auprès d'un fiacre , et là , elle me remet une adresse en me priant d ordonner au cocher de nous conduire an lieu qu'elle in* diquait.

J^étais sur des charbons ardens î mon ccBur palpi* •

tait ; je me sentais étouiîer^ car je m^attendais à lire l'adresse du couYent* J'ignore ce que j'anraM fiât «i mon appi%liettftiott t'était Térifiée , mais bien oertaiaement je n'y serais pas allé. Enfin je lus et le calme rentra dans mon ame » en lisant place Maubert. Je donne Tordre an cocher, nons partons et bien»

tôt après nous descendons devant une allée obscure, malpropre , et qui ne donnait pas une haute idée des hahitans de la maison. Je lui présente moQ bras et je Ini donne la satisfaction, moyennant force politesses, de lui faire parcourir tous les appartemens des cinq étages; mais cette Tame perquisition ne pouTanl pas Ini faire découvrir Pobjet de sa recherche, je m attendais à la voir accablée. 11 n'en fut pas ainsi , car eu me regardant y je la vis affligée, mais satisfaite^ et ses yeux semblaient me demander pardon. Elle avait su du fiacre même qui avait servi à la première course de sa fille, qu*il Tavait Reposée devant cette maison et qu'dle était entrée dana rallée. Elle me dit qnt le marmiton lui avait dénoncé qu'il était venu deux fois chea moi m>apporter des lettres de mademoiselle, et que Hadelaine ne cessait de dire qu'elle était certaine que la jeune fugitive était amoureuse de moi comme je Tétais d'elle. Ils jouaietit leur rôle à merveille.

Dès que j'eus reconduit madame X. C. V., je me rendis chez madame du£.umain pour lui raconter tout ce qui m'était arrivé ; ensuite j^écrîvis è ma jeune recluse, que j'eus soin d'informer des^ioiudres particu* larités de ce qui s'était passé depuis sa disparition.

biyiiized

Trois ou quatre jours après , madame du Rumaiii me remit la première lettre de mademoUeUe , dans lai|BeUedle parlail de ia tranquillité dont «lie joiiitMÎt et de la vive reconnaissance qu'elle croyait me devoir. Elle me £ÛMdt Téloge de Tabbetse et de la sœur coaverte^ lae nommait les lÏTxeê qtt'on loi avait donnés , el qui étaient selon ses goûts. Elle m^informait aussi de «es dépenses et se disait heureuse , à la gène près que l'abbesêe lui awt imposée , en k priant de ne point sortir de sa chambre.

Cette lettre me fît beaucoup de plaisir, mais j^eo eus un bien plus gnmd en Usant odle que fabbesse avait écrite à madame dn Rumain. Elle avait pris sa protégée en ai&Gtion, ne tarissait pas sur son éloge, van* tait sa douceur, son esprit et la noblesse de ses procédés ; enfin elle assurait son amie qu'elle ne laissenât pas sa jeune malheureuse sans la voir chaque jour.

«Tétais enchanté du plaisir que madame du Rumain témoignait , et je vis sa joie augmentée par le contenii de la lettre de mademoiselle, que je lui remis après Tavoir lue. Il n'y avait de mécontens enfin que la pauvre mère, l'affireux Farsetti et le vieux fermier-général, dont ou contait déjà la mésaventure dans les cercles, au PakisAoyal et dans les cafés. Partout on so plaisait à me mêler dans cette affaire, mais me croyant à Tabri de tout , je riais du caquetage des oisifs.

Cependant la Popelioière prit bientôt s<m parti en homme de cœur, car il fitde cette aventure le sujet d'une pièce en im acte qu'il écrivit lui-même et qu'il fit représenter sur son petit théâtre à Paris. Tel était

DE CASAHOYA.

le caractère de cet homme, qui trois mois après se

maria, par procuration, avec une fort jolie demoiselle , fille d^un capitoul de Bordeaux. U mourut environ deux ans après, laissant sa yeuve enceinte d^un fils qui vint au monde six mois après la mort de son père* L'indigne héritière de ce richard osa accuser sa yeuTe d'adultère, et fit déclarer Tenfant illégitime, à la honte du parlement qui prononça cet inique arrêt, et au grand scandale de tout ce qu'il y avait en franco de gens de bien. Ce jugement fut d'autant plus honteux qu'indépendamment de ce qu on n'avait rien à redire à la conduite de l'accusée , et qu'il avait été prononcé contre toutes les lois divines et humaines, le parlement , quelque temps auparavant , n'avait pas rougi de déclarer légitime un enfiuit né once mois après la mort du mari de la mère.

Je continuai mes visites à la mère de mademoiselle pendant une dizaine de jours ; mais raccueil froid que j'y recevais me fit prendre le parti de ne plus reparaître chez elle.

HÀMOIKBS

Page 1