D8 CÀ8A1I0TA
— Compliment de condoléance , mon cher ; car c W de l^argent volé , et je me repens de Tavoir , quoique * je ne sois pas complice dtt yoL
— Comment! de Targent Yolé?
— Oui, on triche ici , et on m'a appris à faire le ser- Tice; je prends ma part de eé triste ffàn par «ne fausse honte* Mon hôtesse et trois ou quatre femmei^ de son espèce ruinent les dupes. Ce métier me révolte, et je sens que je n'y tiendrai pas longtemps. Une fois ou Fautre on me tuera , ou je tnerai , et , dans Fun et , l'autre cas , il m'en coûtera la vie ^ aussi , je pense sortir le pins t6t possible de ce coupe-gorge.
— Je te le conseille , mon ami , et mieux encore , je t'y engage fortement. 11 vaut mieux que tu en sortes aujourd'hui que demain.
— Je ne veux rien brusquer, car M. le Noir est un galant homme , il est mon ami , et il me croit cousin de cette malheureuse. Comme il ignore son infime commerce , il se douterait de quelque chose , peut-être même la quitterait-il après avoir appris la raison qui m'aurait fait partir. Dans cinq ou six jours , je trouverai un prétexte, et alors je m'empresserai de retourner auprès de toi.
- La Lambertini me fit complimeat d'être venu lui demander à diner en ami , et elle m'annonça que nous * aurions mademoiselle de la Mwùte et sa tante. Je lui demandai si elle continuait d*être contente de mon anri Six/où, et elle me répondit que , quoique le comte ne Ii^fe&t paa toigours dans son fief, «Ue en était pourtant toujours enchantée; an reste, ajoutait-elle, en
HÉBOIIBS
borne tiueraine, je n exige pas trop de mes vassaux. - Je lui eu fis complimeot , et uoim coattouâmes à plaisaiitef jusqu a TarrÎTée des deux cooTivet.
HademoiMlle de la Heurre , en ne voyaot, eal de la peine à dissimuler le plaisir qu^elle éprouvait. Elle était en domi-deuil, et ai belle aoua ce coatame , qui lelevait la bkndbenr de aa peau , que je aaia eneore étonné que ce moment n'ait pas décidé de mon sort.
Tiretta, qui noua avait quitté poor £iife aa toilette. Tint noua rejoindre ; comme rien ne m^empAchait de montrer du penchant pour Taimable personne , j'eus pour elle toutes les attentions poaaiblea. Jedia àla tante que je tromnia aa nièce ai jolie , que je renonceraia ku célibat si je pouvais trouver une compagoecomme elle.
— Ma nièce , Monsieur , est honnête et douce , mais elle n*a ni esprit ni religion. .
Paaae pour Tesprit dit la nièce ; mais pour la religion , ma cbère tante , c'est un reproche qu on ne m*a jaoMda fait anoouvent.
— le le ereia , car ee iont des jésnttesses*
— Mais qu'importe , ma tante ?
— Beaucoup » mn nièce; on eoanait les jésuites et leurs adhérons ; ce sont des gens sans religion , et il s'agit de la grâce. Mais parions d autres choses. Je déaire seulement que tu aachea plaire k celui qui aéra ton mari. *
— Ibis , MadaoK , est-ce que mademoiselle est à la veille de se> marier?
— Son futur doit arriver au commencement du mois prochain.
— Est-ce un homme do. robe ?
' — Nott f Monsieur , c'est lui négociant très à son aise.
M. le Noir m^a dit que mademoiselle est fille d^uii conseiller, et je n ai pas supposé que vous voulussiez contracter une mésalliance.
— Ce n^en sera pas une , Monsieur ; et puis , qu^estce que c'est que mésalliance ? Le iutjiir de ma nièce est noble puiaqu'il est honnête homme, et je suis sûre qu^il ne tiendra qu a elle d*étre parfidtement hmreaae avec lui.
— Oui , pourvu que mademoiselle raime-
— Oh ! 1 amour , eda se trouve avec le tonps.
Celte conversation ne pouvant que faire de la peine à la jeune personne qui Técoutait sans rien dire , je fis tomber le disoooM sur la grande quanlHé de monde qu il y aurait à la Grève pour rexécution de Damien , et les trouvant toutes très-curieuses de voir cet horrible spectacle , je leur oiXris une ample fenêtre d*oik nous pourrions tOHt voir. Les dames acceptèrent à Fenvi , et je leur donnai parole d'aller les prendre aaeesÀ temps pour les y mener*
Je n^avais poinf de fenêtre, mais je savais qu^à Paris, comme partout, avec de Fargent on peut tout avoir* Après le dîner, feignant une ailaire, je sortis, et m^étant jeté dans le premier fiacre que je rencontrai , dans un quart-d'heure je me trouvai possesseur d^une belle fenêtre que je louai pour trois louis dans un entresol* Je payai d'amioe, ayant soin de retirer* une quittance avec un dédit de six cents francs.
Monaiiùlire iiûte, je me hâtai de rejoindre la société, iet je retrouvai mon monde engagé a une partie de piquet. Mademoiselle de la Meure , qui n'y connaissait , rien , «^ennuyait à regarder» Je m^approcbai d^elle , et ayftnt à lui parler, nous nous retirâmes à Tautre bout de la salle«
— Votre lettre , ma charmante amie^ m*a rendu le , pins heureux des mortels ; tous y ayez «dévoilé un es*
prit et UD caractère qui doivent vous captiver 1 Woration de tous les hommes de bon sens.
— Je n^ai affaire que de Tamour d*un seul; il me suffira d^avoir Testime des autres.
— Vous serez ma femme , mon angéiique amie , et je bénirai jusqu^à mon dernier soupir Theureuse audace* à laquelle je dois la préférence que vous m^accordez sur tant d^autres , qui ne vous auraient jamais relbsée , même sans les cinquante mille écns qui ne sont rien en comparaison de vos qualités personnelles et de votre sage fiiçon de penser.
— Je suis bien aise que vous ayez cette bonne opinion de moi.
— Pourrait-il en être autrement? Maintenant que
vous connaissez mes seutimeus , ne précipitons rien, et fiez-vous à moi*
— Vous vous rappellerez ma situation*
— Je . ne puis l'oublier. Donnez-moi le temps de prendre une maison , de la meubler et de me mettre en possession d'être jugé digne devons donner mon nom. Songez que je vis encore en chambre garnie , que vous avez des parens et que j'aurais honte d^avoir
OB GASAROTA. St
Tair d'un aTentiirier dans une dénurche de cette im»
portance.
— Vous avez entendu que mou pré tendu futurne doit pas tarder à arriver. •
— Oui, cela ne. m'a pas échappé.
— Quand il sera ici| soyez sûr qu'on mènera la chose rapidement.
— Mais pas assez pour qu'en moins de vingt-quatre . heures je ne puisse vous délivrer de toute tyrannie, sans même que yotre tante sache que le coup vient de moi. Je puis vous assurer , ma chère amie, que le ministre des affaires étrangères, aussitôt qu^il sera certain que TOUS ne voulez que moi pour époux , vous procurera un asile inviolable dans un des meilleurs couvens de Paris. Ce sera encore lui qui vous donnera un avocat , et si le testament s'exprime d^une manière formelle, votre tante ne tardera pas à vous devoir payer votre dot et à fournil* hypothèque pour le reste de Phéritage. Soyez tranquille, et laissez venir le marchand de Dunkerque. Dans tous les cas , vous pouvez compter que je ne vous laisserai point dans rembarras , et que vous ne serez plus dans la maison de votre tante le jour que Ton désignera pour la signature du contrat.
— Je me rends, et je m^abandonne entièrement à vous 'j mais , de grâce , ne mettez pas eu ligne de compte une particularité qui blesse trop' ma délicatesse. Vous avez dit que je ne vous aurais jamais l'ait la proposition de m'épouser ou de cesser de me voir, sans la liberté que vous avez prise dimanche dernier.
S2 HtMOIBSS
— Ai-je en tort?
— Oui , aa moins d*un cAté , et vous devez sentir <jue , sans une puissante raison , j^aurais fait une démarche bien inconsidérée en vous offrant ma main de bnt en blanc ; mais notre mariage anrait pu arriver par une tout autre direction ^ car , il m'est permis de TOUS le dire actuellement, je tous aurais donné en
, toute occasion la préférence sur tout le monde.
Je ne me sentais pas d^aise, et lui saisissant la main, je la lui baisai à diverses reprises avec tendresse et respect ; et je suis persuadé que si dans l'instant nous avions eu un notaire et un prêtre autorisé à nous donner la bénédiction nuptiale , je n'aurais pas tardé un moment à l'épouser.
Absorbés dans notre tendresse , et pleins de nousmêmes comme le sont toujours les amoureux téte-a^ tête, nous ne faisions pas attention à Thorrible tapage que Ton faisait à lautre bout de la salle. Croyant de^ voir m^en mêler , je quittai ma future, et je me rapprochai de la compagnie pour calmer Tiretta. ^
Je vis sur la table une cassette ouverte , remplie de bijoux de tons prix , et deux bonraies qui se disf^utaient avec Tiretta qui tenait un livre à la main. Je vis d^abord qu'il s^agissait d'une loterie ; mais pourquoi se disputaitron ? Tiretta me dit que ces deux messieurs étaient des fripons qui leur avaient gagné trente ou quarante louis moyennant ce livre qu'il me remit.
— Monsieur, me dit lun des deux joueurs, ce livre contient une loterie où tout est calculé de la manière la plus loyale* Il est composé de |douze cents feuilles ,
DE CASAHOTA.
dont deux cents sont gagnantes ; il y en a mille qui sont vides. Chaque ieuillet gagnant est suivi de cinq feuillets perdans. La personne qui veut jouer doit donner un écu , et mettre la pointe d'une épingle au hasard entre les feuillets du livre fermé. On ouvre le livre à Tendroit de l'épingle, et si la feuille est blanche, le joueur perd ; si au contraire la feuille porte un numéro , on lui donne le lot correspondant , ou on lui en paie la valeur qui se trouve indiquée à côté de l'objet gagné. Remarquez , Monsieur, que le moindre lot coûte douze francs , et qu'il y a des lots qui vont jusqu'à six cents, et même un de la valeur de douze cents francs. Depuis une heure que la société joue , nous avons perdu plusieurs objets de prix , et madame (en désignant la tante de ma belle amie) a gagné une bague de six louis ; mais comme elle a préféré l'argent à l'objet, en continuant à jouer, elle les a reperdus.
— Oui , dit la tante , je les ai perdus ; et ces messieurs avec leur maudit jeu ont gagné tout le monde. C'est une preuve que leur jeu n'est qu'une pure déception.
— C'est une preuve , dit Tiretta , que ces messieurs sont des fripons.
— Mais , Messieurs , dans ce cas les receveurs de la loterie de l'École-Militaire le sont donc aussi? dit l'un des joueurs.
A ces mots, Tiretta lui lance un soufflet. Je me jette entre les deux champions et je leur impose silence pour finir l'afTaire. Toutes les loteries, leur dis-je, sont avantageuses aux tenans j mais celle de l'Ecole-