TOME VI
Militaire a le roi pour chef;, et j en suis le principal receveur. En cette qualité, je confisque cette cassette et je vous laisse le choix : ou rendez à toute la compagnie l'argent que vous avez illicitement gagné, et je vous laisse partir en vous rendant votre caisse ; ou bien je vais envoyer chercher un exempt de police qui vous conduira en prison à ma réquisition , et demain M. Berier jugera laffaire, car c'est à lui-même que je porterai ce livre demain matin. Nous verrons si , parce que vous êtes des fripons, nous sommes obligés de nous reconnaître pour tels.
Voyant qu ils avaient affaire à forte partie et qu'ils ne pourraient que perdre à résister , ils se déterminèrent d'assez bonne grâce à débourser tout Targent qu'ils avaient gagné , et peut-être même le double 5 car ils furent obligés de restituer quarante louis, quoiqu'ils jurassent n'en avoir gagné que vingt. La société était trop bien composée pour je me permisse de décider. Le fait est que je croyais assez l'assertion de ces deux escrocs j mais "j 'étais fâché , et je voulais qu'ils payassent d'avoir eu la hardiesse de faire une comparaison , très-juste au fond , mais qui me déplaisait souverainement. Ce fut sans doute aussi ce ressentiment qui m'empêcha de leur remettre leur livre, que je n'avais nul droit de garder , et qu'ils me supplièrent en vain de leur rendre. Le ton que je prenais à leur égard , mon air d'assurance , les menaces que je leur fis et peut-être aussi la peur de la participation active que la police aurait pu prendre dans notre contestation , tout cela fit qu'ils se crurent heureux de rattra-
per leur cassette intacte. Dès qu'ils furent partis , ces dames , bons apâtres , oommenodreiit à s'apitoyer sur leur compte. Vous auriez bien pu, me dirent-dles^ leur rendre leur grimoire.
— Oui , Mesdames , conmie tous leur argent.
— ^ Mais ils nous FaTaient gagné illiôitement.
— Tout ? et puis c'est aussi illicitement qu'ils ont fait usage de leur grimoire; en le leur prenant, je leur ai rendu senrice*
Elles sentirent Tbyperbole, et la conversation tomba sur autre diose.
Le lendenmin de bon matin mes deux joueurs de loterie vinrent me trouver , et pour me fléchir^ ils me firent présent d^une belle cassette contenant vinglquatre figures délicieuses en porcelaine de Saxe. Cet argument était irrésistible , et je crus devoir leur ren* dre leur livret, non toutefois sans les menacer de les faire emprisonner , s'ils osaient continuer leur genre de commerce à Paris. Us me promirent de s'en abstenir , quoique , sans doute , bien résolus à ne pas tenir parole j mais je m'en souciais peu.
, Possesseur d'un présent ricbe pour un amateur, je me décidai à Poifrir à mademoiselle de la Meure , et je fus le lui porter le jour même. Je fus accueilli à merveille , et la tante me combla de remercimens. • Le 28 mars , jour du martyre de Damien , j^allai de bonne heure prendre les dames chez la Lambertini , et comme ma voiture nous contenait à peine , je pris sans difficulté ma cbarmante amie sur mes genoux et nous nous rendîmes ainsi à la place de Grève. Les
hékoubs
trois dames se serrant tant qu'elles purent , se placèr^t de leur mieux sur le devait de la feaétre , se tenant inclinées en «'appuyant sur- leurs bras, pomr ne pas nous empêcher de voir par-dessus leurs têtes. Cette fenêtre avait deux marches ou gradins, et les dames étaient perdiées sur le second. Afin de pouvoir regarder par-dessus , nous étions obligés de nous tenir sur la même marche , car de la première , nous n'aurions pas dépassé leur hauteur* Ce n^est pas sans motif que je donne ces détails à mes lecteurs , car sans cela , il serait diflicile de deviner des détails que je suis obligé de leur taire«
Nous eûmes la constance de rester quatre heures à cet horrible spectacle* Le supplice de Damien est trop connu pour que j'en parle, d'abord parce <pie le récit en serait trop long , et puis parce que de pareilles horreurs outragent la nature* Damien était un fiinatique qui , croyant faire une bonne œuvre et mériter le ciel, avait tenté d^assassiner Louis XYj et quoiquUI ' ne lai eût fait qu'une légère écorchure , il fut tenaillé comme si le crime avait été consommé.
Pendant le supplice de cette victime des jésuites, je fus forcé de détourner h vue et de me boucher les oreilles quand j^entendis ses cris* déebirans , n'ayant plus que la moitié de son corps 3 mais la Lambertini et la grosse tante ne firent pas le moindre mouvement; était-ce un effet de la cruauté de leur cœur? Je dus faire semblant de les croire , lorsqu'elles me dirent que rhorreur que léur inspirait l^ttentat de ce monstre les avait empêchées de sentir la pitié que de-
Bl CASAHOYA. ST
Tait nécessairement exciter la Yue des tourmeiis inouïs qu'on Ivi fil sonlfriré Le fiJt est que Tirette tint la dévote tante singulièrement occupée pendant tout le temps de Texécution ^ et peut-être fut-il la cause que cette Tertseose dame n'osa faire aucun mottyement, ni même détourner la tête.
Se trouvant placé très-près derrière^ elle, il avait en la préeai^n de lelrousser sa robe pour ne point y mettre les pieds dessus ; c'était dans Tordre , sans doute , mais bientôt ayant fait un mouvement involontaire de leur côté , je m^aperçns que Tiretta avais pris trop de précautions, et ne voulant ni interrompre mon ami ni gêner la dame, je détournai la tète et me plaçai, sans affectation, de manière que ma belle amie ne pût rien apercet o ir; cela mettait la bonne dame à son aise. Pentendis des froissemens pendant deux beures de suite , et trouvant la «bose foui plaisante , j^ens la constance de ne point bouger pendant tout ce temps. J'admirais en moi-même plus encore le bon appétit que la bardiesse de Tiretta; mais j admirais encore davanlsge la belle résignation de la dévote
Quand , à la fin de cette longue séance , je vis madame** se tourner, je me retournai aussi, et fixant Tiretta, je le vis frais , gai et tranquille comme si de rien n'était ; mais la chère tante me parut pensive et plus sérieuse que d'ordinaire. Elle s était trouvée dans la fatale nécessité de dissimuler et de se laisser faire, minle de ftûre rire la Lambertinî et de scandaliser sa jeune nièce eu lui découvrant des mystères qu'elle devait ignorer.
Nous parfîmes, et ayant deacendii la uièce du pape à sa porte , je la priai de me céder Tiretta pour quelques heures , et je conduisis madame"^* à sa demeure, me Saint- André-des-Arts , où elle me pria de Palier voir le lendemain matin , ayant quelque choae à me communiquer. Je remarquai qu'en nous quittant, elle ne salua pas mon ami. Nous allâmes diDcr chez Laudel, à Fhôtel de Aussie, où Ton faisait excellente chère à six francs par téte ] je pensais que mon fou devaitavoir grand besoin de réparer ses forces. Qua^-tu fait derrière madame^"^ ? lui dis-je«
— Je suis sûr que tu n^as rien vu , ni personne.
— Ni personoe , c'est possible ; mais moi, ayant vu le commencement dg tes manœuvres , et prévoyant ce qui allait s'ensuivre , je me siiis placé de façon que vous ne puissiez être découverts ni de la Lambertini ni de la jolie nièy • Je denine où tu • t^es arrêté et je t avoue que j'admire ton gros appétit. Mais il parait que la pauvre victime est courroacée. .
— Oh I mon mi , minauderie de femme surannée. Ëlle peut bien faire semblant d'être fâchée , mais puis»* qu'elle s'est tenue parfaitement tranquille pendant deux heures que la séance a duré , je suis persuadé qu'elle est prête à recommencer.
— Au fond , je le crois aussi ; mais son amour-propre peut lui faire croire que tu lui as manqué de respect, et effectivement.
— De respect, mou ami? mais ne faut-il pas toujours manquer de respect aux femmes quand on veut en venir là ?
^ Je le êais bien; mais seuls tête-à-tête, ou exposés comme vous Pétiez , c'est bien di£fé«eiit« . — Oai , mais Taete étant cimsommé à quatre reprisses difTérentes , etsaos oppositîoa , ne dois-je pas préjuger d'un coosentément parfait? «
Ta logique esl fort bonne , mais tû Yok qu^elle te boude. D'ailleurs elle veut me parler demain, et tu seras mis sur le tapis.
— C'est possible , mais je ne suppose pas qu'elle te parle de ce badinage. Elle serait folle.
— Pourquoi non? Ne connais^tu pas lea dévotes? Elevées à Técole des jésuites , qui souvent leur donnent de bonnes leçons sur ce sujet, elles sontencfaantées. de saisir l'occasion de faire def coBfe9sions pftreilles à un tiers , et ces confessions bion assaisonnées de larmes de commandé, principalement quand elles sont laides , leur donnent.à leur» propres jfenx un vernis de béatitude.
Eh bien ! mon ami , qu'eUe t^en parle 3 nous verrons.
— Il se peut qu elle prétende une satisfaction , et je m^en mêlerai avec plaisir
— En vérité tu me fais rire ! car je ne vois pas quelle espèce de satisfaction elle pourrait prétendre , à moins qu'elle ne voulût me punir parla loi du talion, ce qui n'est guère possible , à moins de s'exposer à la récidive. Si le jeu n'avait pas été de son goût 5 elle n'aurait eu qu'à me donner un coup de pied qui m!au~ rait fait tomber à la renverse.
Mais alors elle aurait découvert la tenUtive.
— Eh bien ! le moindre mouvemtot lie «ud^raît-fl. pas pour la rendis nnlle ? mais douce comme un mouton j et prêtant àmerteiUe , jamais ri^n de plus aisé*
— L'affaire est tout-à-fait risible. Mais as -tu fait ^tentioa j^ue la Lambçrjtiui te boud« aus^ ? SU» a peut-ébnç tu 1» chose , et elle en est offensée.
^ — La Lambertini boude pour une autre raison ; car je lui ai rompu en visière^ et je délogerai ce soir.
— Tout de Bon ?
^ Sur ma parole ; voici Thiltoire : Hier au soir un jeune hosune employé aux fermes, qu'une vi^Ueifri* ponne firénoise a conduit à souper ehet nous , après avoir perdu quarante louis aux petits-paquets, jeta fes cartes eu ne^ de «non hôtesse en l'appelant voleuse* Dans un premier mowrement , je pris le £(aml>eau et je lui éteignis la bougie sur la figure, au risque de lui crever un ceil; je l'attrapai hearensem^nt à lajoue» II couilit à son épëe , j^avaîe déjà dégainé la mienne , et si la Génoise ne se iùt jetée entre nous , un meurtre aurait pu s'ensuixre. Ce malheureux , en voyant sa joue au miroir , devint si furieux , qu'on ne put Tapaiser . qu'en lui rendant sqn argent. Elles le hxi rendirent malgré mon instance , car la restitution ite pouvait se faire qu'en avouant , tacitement au moins , qu'on le lui avait gagné par tricherie. Cela donna lieu à une dispute très-aigre entre la Lambertini et moi après le départ du jeune homme. Elle me dit qu'il ne serait rien arrivé , et que nous tiendrions les quarante louis , si je ne m^en étais pas mêlé ; que c^était elle et non moi que le jeune homme ayait^ insultée. La Génoise ajouta
<|n^Ayeodti1iÉiig-firoid«.M«ê roiuqkm ea.pcmr longtemps , tandis qu^à présent , Biea seul éavÉÎt ce qa'3 aUait faire avec la tache de U brûlure à la figure. £nouyé des dî{Mor% înfiuBM de.C8s dem pMtdtuée», je les enwyaf faire pattre; iii«e moii^liAlesse., nontaiit «ar ses hauts talons y se permit de me dire que je u^étaîs
Saos TarriTée de H* le Noir , j^allaîs lai faire passer
. UQ mauvais quart-d^h^e , car j avais d^à pris ma ' eanne. Ak vue de M. le Noir, eUea me ^teÊH de me aaia j'aTM* la tète montée, et me tonnant yert
cet honnête homme , je lui dis que sa maîtresse m'avait traité de gueua» qu'elle n était qu'une prostituée , que je n^étaia pas son conain ni aon parent le moins dn monde, et que je délogerais aujourd'hui. En achevant #ette rapide tira^, je suis sorti et j'ai été m'enfermer * dans ma chambre* Dans une couple d*heares, j*irai prendre mes bardes, et demain matin je déjeunerai avec toi.
• Tirette avait raison ; il avait Tame noble, et qnel- . «{ues étoufderies de jeunesse ne devaient pas être la cause qu'il se jetât dans le bourbier» du vice. Aussi long-temps que Tliomme n'a point commis d'action flé* tristante , aussi long-temps que son cœur n^est point complice des égaremens de sa tête , il peut rentrer avec honneur dans la voie du devoir* J'en dirais au- Unt de la femme , si le préjugé ne parlait pas trop haut , et si la femme n'agissait pas par le cœur beaucoup plus que par la téte.
Nous nous séparâmes après savoir bien dîné et sablé
42 KÉMOaSS
du Sillery délicieux , et je passai la soirée à écrire. Le lencTemam matin je fis quelques coursea, et à midi je me rendKs chez Taffligée dévote, que je trouvai avec sa ravissante nièce. Nous causâmes un instant de la pluie et du beau temps, puis elle dit à mou amie de , WUfi laisser seuls , parce qu'elle avait à me parler* Je m'étais préparé à la scène , et j ^attendis sans mot dire qu'elle rompit le silence que toute femme à sa place ûe i^uique pas d^observer pendant quelques iustans^
— Vous idlez être surpris-, Xonsieur , du discours que je vais vous tenir et des confidences que je vais vous faire , car c'est une plainte d'une nature iuouie que je x|ie suis déterminée à VQUs porter* Le cas est assurément des plus délicats , et pour me décider il n a rien fallu moin^ que Tidée que j'a^ conçue de vous la première fois qu^ je vou% ai vu. Je tous crois sage , * discret, homme d'honneur sartout et de bonnes mœurs ; enfin je vous crois rempli de véritable religion 3 si je me trompe , il arrivera des malheurs , car offensée comme je le suis et ne manquant pas de moyens , je saurai me venger 9 et comme vous êtes son ami , vous en serez filché.
— Est-ce de Tiretta , JMadame , que vous vous plaignez ?
Qui , de lui-même* •—Et de quoi s'est-il rendu coupable à votre égard?
— C'est un scélérat qui^ ma lait un affront qui n'a . pas d^exemplel
— Je ne Fei^ aurais pas cru capable.
DK ^CASAUQVA* * 43
— Je le crois , parce que vous avez de bonnes mœurs* * — Mais de quelle espèce est Taffiréut dont vous tous plaignez? Comptez sur moi. Madame.
— Monsieur , je ne vous le dirai pas , la chose n'est pas possitde , mais j^espère que vous le deyinereK* Hier, au supplice de ce maudit Damieo, il a, pendant deux heures de suite , étrangement abusé de la position dans laquelle il se trouvait derrière moi*
— J'entends ; je devine ce qu'il a pu faire , et vous pouvez vous dispenser de m'en dire davantage. Vous avez raison d^Atref&chée j et je le condamne, car e^est une supercherie 5 mais permettez que je vous dise que le cas n^est pas' sans exemple) qn^il n'est même pas rare ] je crois même qu'on peut le pardonner soit à l'amour , soit au hasard de la situation , au trop grand voisinage de l'ennemi tentateur , el surtout quand le pécheur est jeune et ardent* Cêst'au reste un crime qu'on peut réparer de bien des façons , pourvu que les parties sVccordent. Tiretta est garçon » il est gentilhomme, il est beau et au fond très-honnéte^ et un mariage est fort faisable*
J'attendais une réponse , mais voyant que l'offensée gardait le silence , ce qui me paraissaft de bon augure, je continuai : Si le mariage ne répond pas à votre manière de penser , il peut réparer la faute par une amitié constante, qui vous prouvera son repentir etqui méritera votre indulgence^ Réfléchissez, Madame, que Tiretta est homme , et par conséquent sujet à toutes les faiblesses de rhumauité. Songez aussi que vous êtes coupable*
44 Mtsomis
Ho! ,'Hoiitieiir ?
— Oui , Madame , mais innocemment ; car vous n'êtes point directemeot la cause que vos charmeé aient ëgaré ses sens. Cependant je ne &is auenn doute qne sans leur influence , la chose ne serait pas arrivée j et je crois que cette circonstance peut contribuer à lui ùire dbtenirson pardon.
— Pardon? Vous êtes, Monsieur, un habile plai- 'deur ; mais j aime à yoos rendre justice et à reconnaître que tout ce que tous Tenez de me dire part d?ttne ame chrétienne. Cependant tout Totre raisonnement est fondé sur une fausse supposition. Vous i^orez le fait i mais comment le deTÎnerait-on ?
Madame Tersant alors des kmes, me mit aux champs. Je ne savais que me figurer. Lui aurait-il Tolé sa bonrse ? me disai»-je ; il n^en est pas capable , on je loi brûlerais la cenrelle. Attendons. Bientôt la dévote affligée essuya ses larmes, et poursuivit ainsi.
— Yona imaginei nn crime que , par on effisrt , on
pourrait encore combiner avec la raison, et y trouver, j^en conviens , une réparation convenable ; mais ce que le bmtal ml» fait est une infamie à Im^pieUe je Ton* drais pouvoir m'abstenir de penser, car c'était de quoi me faire devenir folle.
Grand Dieul Qo'entends^e I Je frémis I Ditesmoi , de grâce , si j'y suis ?
— Je crois que oui , car je pense quW ne saurait imaginer rien lie pire. Je TonsToîaémn, maieiaehose est ponrtant^insi. Pardonrez à mes larmes el nVn
olieicliez la êomree qM daa* ami défpitet dbuit khonte
dont je me sens couverte.
— £t dans la religion*
— Anaai, oertainement» C'est même le |Mriacipaiyel je ne rom^tais que dana la crainte que tous n'y fiia-
sïez pas aussi attaché que moi.
— Tant qoe je pubi Dieu aoit knié, et rien be aauyait m^ea dëtadier.
— Disposez-vous donc à souffrir que je me damne , car je yeux me yenger*
— Non , renoncez à ce projet , Madame ; je nepoar»
rais jamais en être le complice; si vous renoncez pas , sonffires au moins que je Tignore. Je tous pro*. mets de ne lui rien dire , quoique , logeant moi,
les saintes lois de rhospitalité m'obligent à Ten avertir. ^ Je le croyais logé avec la Lambertini*
— n «i est sorti hier. U y ayait du erioMf. C'était
un nœud scandaleux j je l ai leLiré du précipice. — - Que me dites*Y0us ?
— LayéritétotttentiAre. '
— Vous m^étonnez ! >Vou8 m'édifiez ! Je ne veux pas •a mort , Monsieur j mais convenez qu'il me faut une
— Tea conviens. On ne traite pas une Française
aimable à 1 italienne sans réparer sa faute d'une manière édalaate ; maisjoBO trouve pas de satîsfiustion éqnivaleiOe à llnsnlte. Je n*en commis qu'une, etjemefids fort de vous la procurer , si. vous voulez vous en contenter.
— Et qaeik est-elle?
46 lUfcMOIRSS
— Je mettrai par surprise le coupable entre vos maios , et je vous le laisserai téte-à-léte , exposé à toute TOtre colère ; mais à condition <}iie sans qu'il le sache , je me trouverai dans la chambre voisine ; car je dois me répondre à moi-même que sa vie ne courra aucun danger.
— J'y consens. Ce sera dans cette chambre que vous TOUS tiendrez ^ et tous me le laisserez dans l'autre , où je TOUS recevrai; mais qu'il ne s*eil doute pas.
— Pas le moins du monde. Il ne saura pas même que je le conduis chez tous; car il ne faut pas qu^il sache que je suis informé de sa perfidie. Dès qu'il sera ici et que la conversation sera engagée sur un objet qudconqne , je sortirai sous un prétexte en l'air.
— Quand coniptez>>yous me Famener? Il me tarde de le confondre. Je le ferai trembler. Je suis curieuse d'entendre les raisons qu'il me baragouinera pour justifier un pareil excès.
— Je ne sais , mais il est possible que votre présence" M rende éloquent, et je le désire; car il me serait doux de vous voir satisfaits l'un de l'autre.
Elle m'obligea à diner avec elle et l'abbé Des Forges qui arriva à me heure. Cet abbé était un élève du fameux évôque d'Auxerre , qui vivait encore. Je parlai si bien de la grâce pendant le diner , je citai tant saint Augustin , que l'abbé et la dévote me prirent pour un zélé janséniste, ce qui était en tout contraire à Fapparence. Ma chère amie, l'aimable nièce, ne me regarda pas une seule fois pendant tout le repas, et lui supposant des raisons, je ne lui adressai pas une seule fois la parole.
DB CASANOtA. 47
Après le dîner , qui, par parenthèse, était excellent , je promis à Foffensée de lui reniettrele coupable pieds et poings liés , l^lendemain , eu sortant de la comédie oû je le mènerais.. Je lui dis de plus , aûn de la mettre tout-à-£Edt à son aise, que je viendrais à pied, certain que le soir il ne reconnaîtrait pas la maison.
Dès que j^eus rejoint Tiretta , prenant un air serio- Gomique,je lui reprochai Thorrible action dont il s'était rendu coupable envers une femme dévote et respectable de tous les côtés^ mais le fou se prit à rire, et l^nrais perdu mon latin à le morigéner.
— Quoi ! elle a pu se déterminer à te dévoiler le fait?
— Tu ne nies donc pas le fait?
— Si elle le dit , je ne me crois pas autorisé à lui . donner un démenti ; mais je jure sur mon honneur que j*en suis incertain. Dans la position où j^étais , il m'est impossible de savoir dans quel appartement j'ai été me li^er* Au reste 9 je la calmerai , car je tâcherai d'être court pour ne pas la faire attendre
— Court! garde-t'en bienj tu gâterais raifaire. Sois le plus long possible i cela lui sera agréable) d'ailleurs c^est ton intérêt. Ne te presse pas i j'y gagnerai aussi | car je suis sûr de ne pas m'ennuyer tandis que tu métamorphoseras sa colère en un plus doux senlamenL Souviens^oi que tu doit ignorer que je sois dans la maison 3 et si par hasard tu venais à ne re^r avec elle que peu de temp^t ^ que je ne crois pas, prend» un fiacre et va-t'en. Tu sens bien que la moindre politesse que la dévote me doive est de ne pas me laisser sans
biyiiized
4» ttsanis
feu et sans compagnie. IToublie pas qn^eDe est eomme
toi de bonne naissance* Ces femmes de qualité , qui A^OBt pas de meilleures mœurs que lis antres , parce
qu^dles sont bâties de même , veulent pourtant des égards qui Ûattent leur orgueil. Elle est riche, elle est dévote et de plus Tohiptueuse; tâche de captiver son
amitié, mais noo pas tête-à-nuque, mais bien de faciem adfaciem^ comme dît le roi de Prusse (i). Tu feras peut-éM un coup de fortune. Si elle te demande pomv quoi tu as quitté la nièce du pape , garde-toi de lui en dire la raison , ni d'en supposer une. Ta discrétion Ini plaira* Tâche enfin de bien expier la noireeur de ta faute.
— Je n ai qu^à lui dire la vérité : je suis entré en aveugle.
— La raison est unique, et une Française peut bien la croire bonne*
Le lecteur n*a pas besoin que je lui dise que je rendis à Tiretta un fidèle compte de mon entretien avec la matrone* Si quelques ames timcnrés allaient se ré* - crier sur ce manque de bonne foi , je leur dirais que y avait restriction mentale dans mes promesses, et çeuXr , ipii connaîtront un tant «ok pei^la morale des enfans • d^gnaca sauront bien que cela me met parfaitement à mon aise.
Tout étant bien arran|^ avec mon ami, nous allâmes
(l) l>*Alembert a osé corriger le grand roi; j'en aurais fidt autant, avec aussi peu de réflexion ; car quel besoin a un roi de savoir le latin ?
D£ GASAROYA*
à rOpéra le lendemain , et de là nous nous renijlpes à pied chez la vertueuse oUteuêée, qui noua reçut ayec grand too de dignité , mais avec une eeptaine aménité de^ manières qui me parut de fort bon augure» Je ne soupe jainaîa, noua dit-elle ; mais «i vous «Viviez prévenue de votre arrivée, Messieurs, j*aurais eu soin de vous faire trouver quelque chose.
Après lui avoir appris toutes les nouveautés que j*avais entendu débiter an foyer, je feignis une affaire , et je la priai de me permettre de la laisser pour quelques tnst^s avec mon amL Si je tarde un quart» d^heure, mon cher comte , ne m'attends plus. Prends un fiacre pour te retirer et demain nous nous rever^ rons.
Au lieu de descendre, je me dirigeai ver la chambre voisine, qui avait une entrée sur le corridor , et deux minutes après je vis entrer ma charmante amie^ portant un flambeau et qui fut agréablement surprise de me voir. Je ne sais si je réve , me dit-elle 9 mais ma tante m'a dit de ne point vous laisser seul et de dire à la l'emme de chambre de ne monter que lorsqu'elle sonnerait. Vous avez laisssé votre ami avec elle et elle m'a ordoraié de parler bas , panée quHl ne doit pas savoir que vous êtes ici. Puis-je savoir ce que sigoiûe cette singulière histoire ?
— Tous êtes donc curieuse?
— Mais je la voue , en ceci , je le suis 5 car tout ce mystère est bien Mt pour ezckei^la curiosité*
Y<ras saurez tout , mon ange ^ mais il fiiit
froid.
Ml nioiiiis
— Ma tante n^a ordonné de faire bon feu ; elle esl
tout-à'coup deTenue généreuse^ même prodigue ^ ^ voyez , des bougies.
— C*e$t done du nouToau ?
— Oh ! très-nouveau , assurément.
Dès que nous lûmes installés devant le feu , je me mis à lui eonter toute Payentnre, ee ijuVUe éeouta avec toute Tattention dont une jeune fille est capable en pareille matière ^ mais ayant cru devoir un peu gazer le si:yet, elle ne comprit pas bien Fespèce de crime dont Tiretta s'était rendu coupable. Je ne fus pas fâché de devoir lui expliquer la chose en termes précis , et pour rendre la peinture plus expressive , j'y lyoutai le langage du geste , ce qui la fit rire et rougir tout à la fois. Je lui dis ensuite qu'ayant dû ménager à sa tante une satis^tion , une réparation de Tontrage dont elle se plaignait, gavais arrangé la chose de façon que j'étais sûr de me trouver seul avec elle tout le temps que mon amie foccuperait. Là-dessus je me mis k inonder sa jolie figure de baisers amoureux, et comme je ne me permettais aucune autre liberté, elle reçut mes embrassemens comme des témoignages de ma tendresse et de la pureté de mes sentimens. Mon ami , me dit-elle , ce que vous m'avez dit me confond , et il y a deuxcho-. ses que je ne saurais comprendre. Comment Tiretta a^t^il fait pour commettre avec ma tante un crime que je conçois possible quand il y accord de la partie atta* quée , mais que je crois impossible sans son consentement? ce qui me ferait croire que, ai le crime a été consommé', c'est qu die Ta bien voulu.
•B CASAHOTA. » ftl
Cest trèftgotle, car pour fendre k ehoee impo»- «Me , elle n^aTait qak changer de posture.
— £t même sans cela j car il me semble qu'il ne tenait qu À elle de tenir la porte close*
— En cela , chère amie , tous yous trompez , car un homme comme il faut ne demande que la constance de position , et alors la barrière se trouve bientôt frandûe. Et puis, ma chère, je ne crcm pas que ches Totre tante la porte soit aussi bien close c][u clic Test sans doute chez vous.
^ Je crois que je défierais to«s les Tiretta du monde. La sccoiide chose ({ue je ne coiiçois pas, cV^st que ma dévote tante ait pu vous rendre compte de cet aiïront ; car, si elle avait eu de Tesprit, elle aurait dû prévoir que cela n^aurait fait que vous faire rire. Et puis quelle espèce de satisfaction peut-elle prétendre d'un fou brutal qui peut-être n'attache pas à tout cela la moindre importance? Je crois qu^il aurait tenté de faire le même affront à toute femme qui se serait trouvée à la place de ma tante.
— Vous penseï fort juste sur ce point , car 0 m*a dit qu'il était entré en aveugle, ne sachant pas où il allait.
— C'est un drôle d'animal que votre ami , et si tous les hommes lui ressemblaient, je me sens bien sAre que je n aurais pour eux que du mépris.
Pour ce qui est de la réparation que votre tante peut se promettre et que, peut-être, elle se flatte d'obtenir, elle ne m'en a rien dit, mais elle peut se deviner; et , si je ne me trompe j elle consistera dans une déclaration d'amour que mon ami lui fera dans
les formes, et qu'il expiera son crime, qu*il mettra sur le compte de Tigoorauce , en devenant son anuuit* dans toutes les règles , et sans doute cpie la noce aur» lieu cette nuit.
Ohl pour le coup, lliistoire deyient plaisante* Je nVn crois rien« Ha chère tante est trop éprise de son salut ; et puis comment youlez-vous que ce jeune homme soit amoureux d'elle , ou qu'il puisse en jouer le rAle ayant sous les yeux une figure comme la sienne? Passe pour sa folie , il ne la voyait pas. Avez-vous jamais vu un visage aussi dégoûtant que celui de ma tante? Une peau couperosée , des yeux qui distillent de la cire fondue , des dents et une haleine capables de décourager chaque homme. Elle est hideuse.
Ce sont des bagatelles , mon cœur, pour un gaillard de vingt-cinq ans. A cet âge, on est toujours prêt à livrer un assaut. Ce n'est pas comme moi qui ne puis être homme que par des charmes comme les vôtres , et qu^il me tarde de posséder légitimement, c — Vous trouverez en moi réponse la plus tendre , et je suis sûre de parvenir à captiver votre cœur de manière à nWoir pas à craindre de le perdre.
Une heure s'était déjà écoulée dans cette agréable conversation, et Tiretta était encore avec la tante. J'en augurai bien pour la réconciliation , et je jugeai que* l'affaire était devenue sérieuse. J^en fis part k ma char^ mante compagne , et je lui dis de me donner quelque chose à mangor. Je ne puis* tous donner, me dit-eUe,
ma tante dit être délicieux.
n CAlAUtTA. it
— Apportai yAtê tonl cela*; ear je Mube d'imnilioB* Leste comme une biche, eUe couvre une petite taUe,
met deux couyerts et place dessus tout ce qu^elle avait.
il!
lÉL
glacé exceUent* Il y avait de quoi satisfaire dix personnes bien disposées; pourtant je ne sais comment nous nous y primes , mais le (ait est que tout disparut avec den bovteillea d*OB Ghambertîn qii^il me semble déguster encore. Le plaisir brillait dans les yeux de ma belle maîtresse. Oh ! <pie le Chambertin et le Boquelbrt •ont d^eiceUena meta pour reatawrer ramour él pour porter à prompte maturité un amour naissant !
— N'étes-vous pas curieuse de savoir ce que votre tante £ût depuis dans hemaa et demie qu'elle est aenle avee If . Skcfbkf
— Ils jouent peut-être 3 mais il y a un petit trou et je wtiê voir. Je ne vma qnelea boufpeaqni ontla mèche iongoe dNsn pouce.
Ne vous lai-je pas dit? Donnez-moi une couverture, je me coucherai sur ce canapé $ et voua, ma chère amie , aOex voua oouiAer. Maia montreMnoi votre lit.
Elle me fît entrer dans sa petite chambre , où je vis un joli lit, un prie-dieu et un grand cruciûx. *
Votre lit est trop petit pour voua, mon ooenr.
— Oh ! mon Dieu , non , j'y suis très à Taise. £n disant cela , elle se coucha de tout son long»
^ Quelle charmante famwic j'aurai I Ahl ne boufei pas, laisses-moi Toueeenlempler masi.
£t ma main de presser un petit corset , véritable prison de deux i^bea qœ semblaîent gémir de leur
captivité. Je vais plus loin, je délace*. • car où s'arrête le désir !
— Mon ami , je ne puis me défendre j mais ensuite vous ne m'aimerez plus.
— Toute ma vie.
Bientôt la gorge la plus belle fut en proie à mes ardentes caresses. Ma flamme alluma la sienne , et ne se connaissant plus, elle m'ouvrit ses bras, me faisant promettre de la r/^pecter ; et que ne promet-on pas ! A-tH>n le temps de savoir si l'on promet dans ces momeus de délire? La pudeur inhérente au sexe, la crainte des résultats , un certain instinct peut-être qui leur révèle Pincônstance natnrdDe aThomme, peuventluen porter les femmes à demander ces promesses ; mais quelle est Tamante, si elle aime bien, qui puisse songer à sommer son amant de la respecter dans ces instans où l'amour a absorbé toutes les facultés de la raison ; dans ces momens où toute l'existence est concentrée dans FaccompUssement du désir dont on se sent consumé ? Il n'y en a pas.
Après avoir passé une heure dans ces badinages amoureux, qui Tenfiammèrent d'autant mieux que c'était la première fois que ses charmes avaient été exposés aux contact des lèvres ardentes d^un homme , et aux badinages d'uoe main libertine : Je suis, lui dis-je, au désespoir de devoir te quitter sans avoir rendu à tes charmes le principal hommage quHls méritent*
Un soupir fut sa réponse.
U faisait froid , le feu étj^ éteint et je devais passer . la nuit sur le canapé.
DS GitôAROVA.
— Bonne-moi une couverture , mon ange , que je m'éloigne de toi ; car je monrraie iei et de froid et d V mour , si tn me forçais à TÎTre d^abetinenee.
— Couche-toi à ma place , mon ami , je vai» aller alittner du feu*
EHe se lève nue et ravissante ; dBe met un fagot an feu , la flamme pétiUe ; je me lève , je la trouve dans la position la plus faite pour dessiner ses formes 3 je n'y tiens pas , je la presse dans mes bras ; elle me rend ca- * resses pour caresses et nous nous plongeâmes dans la volupté juscju^au point du jour.
Nons avions passé qnatare à einq heures délicienses sur le canapé. Elle me quifta, fit un bon feu et puis elle alla se coucher dans sa chambre et je restai sur le canapé, où je dormis d*an profiond sommeil jusqu'à midi. Je fus réveillé par madame^^ qui se montra dans un galant déshabillé.
— Vons dormei encore , Monsienr Casanova?
— Ah! bonjour, Madame. £h bien! qu'est devenu mon ami ?
— Il est devenu le mien.
— Est*i] bien vrai. Madame?
— Tout-à-fait vrai ; je lui ai pardonné.
Et eommint a-t-U fait poor mériter un pardon
— 11 m'a donné des preuves évidentes qu'il s'est trompé.
~ J'en suis véritablement ravi. Où eal-il?
— Il s'est retiré : vous le trouverez chez lùi j mais ne loi dites pas qne vons aven passé k nuit idi , car il
croirait que vous l'aves passée ayec ma nièce* Je you$ sois infiBimem obligée, et j'ai besoin de TOire indal* gence, et surtout de votre discrétion.
— Tous povvez y compter tout-à-£ût, car je crois TOUS doToir de la reconnaissance pour avoir pardonné à mon ami.
— Et-comment non? Ce cher jeune homme est quelque chose au-dessus des mortels* Si tous savies comme
il m'aime! Je lui suis reconnaissante, et je Fai pris en pension pour un an; il sera bien logé , bien nourri , et le reste.
— Disposition charmante, et tous avez , je pense , ré|^é le prix de la pensioA?
— Oda se règle à Famiable , et nous ne recourrons pas aux arbitres. Nous partirons aujourd'hui pour La Yillette , où j'ai une jdie maison ; car vons sentez que dans le commencement , il faut agir de manière à. ue donner aigL mauvaises langues que le moins de prise possible* Là, mon ami aura tout ce qui pourra lui être agréable , et vous , Monsieur , toutes les fois que vous daignerez nous réjouir de votre présence, vous y trouverez une jolie chambre et un bon lit* Je suié seulement fâchée d'une chose , c'est que vous vous y ennuierez, car ma pauvre nièce est si maussade*
— Votre nièce , Madame , est fort aimable, et eHe m'a donné hier soir un délicieux souper et m'a tenu < bonne compagnie jusqu'à trois, heures du matin*
^ En vérité? je Tadmirei car où a-t-elle< trouvé quelque chose , puisqu'il n y avait rien ?
Je ne sais, Madame, mais elle m'a donné uo
ra CASANOVA. 57
souper délicieux , dont il n'est rien resté , et apr^ m avoir fait bonne compagoie , elle est allée ée COU'cher 9 et moi j'ai parfiûtemnf; repooé mxt «et eicdent canapé.
— Je sais ravie que tout se soit passé à votre satisfiustioii , comme à la mientie ; mais je n^aurais pas em
ma nièce susceptible de tant d^esprit.
Elle en a beaucoup, Madame, au moins à mes
yeux.
— Vous êtes connaisseur ; alloiis la voir. Elle s^est enfermée* Ouvre donc. Pourquoi t'enfermer, bégueule? Qa*as-ta à craint ? Montieur est un parftil honnête homme.
L'aimriile nièce ouvre h porte , «a demandant pa^• don de se montrer dans le plus grand négligé ; mais quelle parure Faurait rendue aussi belle 1 elle était éblouissante. Tenec, me dit la tante, la 'Voyel^•voas? Elle n'est pas mal. C'est dommage qu'elle soit si sotte. Tu as bien fait de donner à souper à monsieur ; je te remercie de celte attention* 1I<h j^ai joué toute la nuit et quand on joue , on ne pense qu'à son jeu; on perd la téte sur tout ce qui n'est pas sa partie. Je ne me suis pas du tout souTenue que vous étiez ici f ne sachant pas que le comte Tiretta soupaît , je n'ai rien ordonné, mais nous souperons à Tavenir. J'ai pris ce garçon en pension. 11 a un excellent caractère et beaucoup d^esprit , et je suis sûre qu'il ne sera pas long-tei&ps à bien j^arler en frânçâis. Habille-toi, ma inèee.,-oaril faut fiiire nos paquets. Nous nous rendrons cet après-dtner à la Yillette et nous y passerons tout le printemps.
Oigitized
EooQtei^ ma nièce, il n^est paa nécesaaire que ta contes cette aventure à ma sœur.
— Moi, ma tante? oh certes! non. D^ailleurs, est-ce que je lui ai dit quelque chose les autres fois?
— Les autres fois! mais voyez comme cette filie est béte. Avec ces autres fois, ne dirait-on pas que ce n est point la première fois que cela m'arrive ?
— Ce n'est pas ça , ma tante ; je voulais dire que je ne lui conte jamais rien de ce que vous faites*
— C^est bien , ma nièce , mais il faudrait apprendre à t'exprimer comme il faut. Nous dînerons à» deux heures. M. Casanova nous fera le plaisir de diner avec nous , j'espère , et nous partirons en sortant de table. Tiretla m'a promis quMl sera ici avec sa petite malle , et elle partira avec nos effets.
Après lui avoir promis de ne pas manquer au rendez-vous, je saluai ces dames, et je me rendis chez moi en toute hâte» car j'éprouvais une curiosité de , femme de savo» conunent cette grande affaire s'était arrangée. £h bien ! dis-je à Tiretta en Pabordant, te voilà colloqué. Dis-moi vite ce qui s^est passé.
— Mon cher , je me suis vendu pour un an , pour vingt-cinq louis par mois , bonne table , bon logement, etc.
— Je t'en fais mon compliment.
— Si tu crois que cela en vaille la peine*
— Point de roses sans épines* Au reste elle m'a
dit que tu es une créature au-dessus de l'espèce humaine.
— J'ai fiiit pour le lui prouver une jforte course
n CASAHOTA. 59
pendant tomte la nuit ; mais je suis bien sûr que ton temps a été mieux employé que le mien.
— J'ai dormi comme un roi. Habille-toi , car je sois du dîner , et je veux te voir partir pour la ViUette , où j^irai te voir quelquefois, puisque ta mignonne m'a ditquejVaiimm.cluuDbr«.
Nous arrivâmes à deux heures. Madame**, habillée en jeune fille, était une singulière figure, mais mademoiselle de la Heure était belle comme un astre. L'amour avait développé son être et le plaisir lui donnait une nouvelle vie. Nous dinàmes fort bien , car la bonne dame avait mis de la coquetterie dans son dîner comme dans sa mise ; mais dans les mets , au moins , rien nelait ridicule, tandis que tout en elle portait Fempreinte du comique le plus risible. A qnatre hen«» res elles partirent avec Tiretta , et moi j^allai passer ma soirée à la Comédie-Itidienne.
T était amonreuz de mademoiselle de la Meure , mais la fille de Sylvia, avec laquelle je n avais d'autre plaisir que celui de souper en famiUe , affaiblissait cet amour qui ne me laissait plus rien à désirer.
Nous nous plaignons des femmes qui , bien qu'amoureuses et sûres d'êtres aimées, nous refiisent leurs faveurs, mais nous avons tort; car si elles nous -aiment, elles doivent craindre de nous perdre en nous contentant; elles doivent donp naturellement faire tout ce qu'dles peuvent pour nous retenir, et ce n'est qu'en nourrissant le désir que nous avons de les posséder ; or, le désir ne se nourrit que par la privation; la jouissance leteint , oxt on ne désire pas ce qu'on
fo$iBèà»0 Je conehi» donc <pe le$ femnieB ont mêon de se reAiser à nos désira. Kais si daûs les deux sexes
Iqs désirs sont égaux, pourquoi narrive-t-il jamais ^ un honune se refuse à une femme quHl aime et qui
le sollicite ?
Nous ne pouvons admettre ici la crainte des suites ^ eeltehypotb^ nWstant pas en thèse générale* Nous croyons que la seule raison se trouve dans ce que Vliomme qui se sait aimé fait plus de cas du plaisir quUl prooure que de celui qa^û reçoit , et que pour cela il est pressé de communiquer la jouissance. L^homme sait aussi qu'en général la femme qui a reçu Tétincelle vivifiante du plaisir redouble de tendresse , de pvévenance et d^attachement. Au contraire , la femme , préoceupée par sou propre intérêt, fait fibu de cas duplai* sir qu'elle aura que de eelni dont eUe sera la cause , et pour cette raison elle diffère tant qu'elle peut , puisqu'en s'abandonnant , elle a peur de perdre ce qui Tin* léresse , son propre plaisir* Ce sentiment est particulier au sexe , et il est la cause unique de la coquetterie que la raison pardonne aux fonmes et qu'elle ne peut que condamner dans un homme. Aussi, dans Phomme, la coquetterie n'est-elle qu'une ridicule fatuité* • La fille de Sylvie m'aimait , et elle savait que je l'ai* mais , quoique je ne le lui eusse jamais dit ; mais la femme a le sentiment si fin ! Au reste eUe se gardait bien deiae le fiiire comiakre, car elle aurait craint de m'encourager à exiger des faveurs , et ne se sentant pas sûre d^étre assez forte pour me les refuser, elle appréhendait mon inoonstanee. Ses parens Tavaient
DB CASA]fO?A« M
deMiaée & Clément, qui deiuiis troiê«i$ loi wieignaft
à jouer du clavecin; elle le savait et rien ne Fempêcbait de coo^eiUirà deveoir sa feoune ; car c[uoiqu elle ne Faifliât pas , die le voyait arec plaiiir. La plutgrande partie des demoiselles bien élevées se soumettent à Thymeo sans que Tainew ;s^ea œéleet elles a'eo sont pas fâchées. Elles sentent qne cVst par le mariage qu'elles sont quelque chose dans le monde ; et c^est peur être étabUes, pour avoir m état qu^elles se ma* rient. Elks semblent sentir qn'un mari n a pas besoin d'être amant. A Paris ce même esprit règne parmi les hommes, et voilà poorquoi la plupart des mariages sont des liens de convenanee. Les Français sont jahm de leurs maîtresses , et jamais de leurs femmes.
M* Clément était visiblement amonreux de la jenne Balleltiet celle^si était ravie qoeje m'en aperçusse, car elle ne doutait pas que cette certitude ne me forçât à me déclarer, et elle jae se trompa pas* Ledépart de mademeisdle de la Meure contribua beaucoup a me faire prendre cette résolution , et je m'en suis repenti^ car après ma déclaration. Clément fut congédié, et je me trouvai à pire condition. L%onime qui se déclare amoureux d'une i'emme autrement qu en pantomime a besoio d*aUer à fécule.
Trois jours après le départ de Tirette j^allai lui porter à la Villette tout son petit équipage , et madame** me vit avec plaisir. L'abbé Des Forges arrive an mo* ment où nous allions nous mettre à table. Ce rigoriste, qui à Paris m^avait témoigné une grande amitié , cBna sens m^onorer d'un seul regard ; il en agit de
MÉMOIASS
même avec Tiretta. Je me souciais fort peu du bonhomme , mais moB ami , moins endurant que moi , finit par perdre patience, car au dessert il se leva en priant madame^^ de vouloir bien le prévenir quand elle aurait cet honune-là à sa table. On se leva sans rien dire, et le taciturne abbé passe avec madame dans une pièce voisine»
Tiretta me mena voir sa chambre , que je trouvai fort bien et qui , comme de raison , était attenante à celle de sa belle» Pendant qu'il mettait ses effets en ordre , mademoiselle de la Meure me mena voir mon gite* Cétait un très-joli cabinet au rez-de-chaussée et sa chambre en face. Je ne manquai pas de lut iaire observer la facilité avec laquelle je pourrais Faller trouver quand tout le monde serait couché , mais elle me dit que nous serions mal à Taise chez elle et que par conséquent elle m^éviterait la peine de me déplacer. Je trouvai la chose fort commode , et on pense bien que je n^eus aucune objection à faire à cet arrangement.
£lle me conta ensuite toutes les folies que sa dévote tante faisait pour Tiretta. Elle croit, me dit-elle , que nous ignorons qu'il couche avec elle.
— £lle le croit ou feint de le croire»
— Cest possible. EHe a sonné ce-matin à onse heures et elle ma ordonné d^aller lui demander s^il avait bien passé la nuit. J^ai obéi ^ mais voyant son lit intact, je lui ai demandé s^il ne s^était pas couché. Non, m'a-t-il répondu , j'ai passé la nuit à écrire , mais n en dites , je vous prie 9 rien à votre tante* Je le lui ai bien prends.
Te fait-il les yeux doux ?
— Non : mm qmad.bien mênie, pour peu c|u*H
ait dWprit , il doit bien savoir le peu de cas que je dois faire de lui.
— Fi donc ! ma tante le paie* Se Tndre! e^est affreux.
^ Hais tn paies aussi.
— Oui 9 mais c*est de la même monnaie qne je reçois de loi.
La vieille tante croyait que sa nièce n^avait point d^esprit, et ne rappelait jamais que béte. Moi, au contraire , je lui en trouvais beaucoup ; mais je lui trouvais tout autant de vertu , et je ne laurais jamais sédoâte si elle n'avait pas été élevée dans un eouvent de béguines.
Je retournai chez Tiretta et je passai une bonne lieure avec lui. Je loi demandai s^il était content de son emploi.
— Je le fais sans plaisir , mais comme il ne me coûte rien, je ne me trouve pas malheureux.
— Mais son visage !
^ Je n*y regarde pas , et ce qui me plaît c^est qu elle est d'une grande propreté.
Te ménage-t^Ue?
— Elle regorge de sentiment. Ce matin elle a refusé ' le bonjour que je voulais lui donner. Je suis sûre,
mVt^lIe dit , que mon refus doit te faire de la peine , mais ta santé m'est si chère quUl faut que tu la ménages.
64 AâaOlRES
Le morose abbé Des foirg^s étant parti et madame étant sQole, nous enferimes dans aa ehambce* Elle me traita en vrai compère , faisant Taimable avec Tiretta et jouant Teniant à faire peur. Tiretta ripostait en ' brave , et je ne pus m^empécber de Tadmirer* Je ne reverrai plus ce sot abbé, lui dit-elle , car après m'a voir dit que j'étais une femme perdue dans ce monde et dans Pautre, il m*a menacée de m^abandonner , et je lai pris au mot.
Une comédienne, qu^on appelait IffQuinault, qui avait quitté le théâtre et qui étut voisine, vint filtre une visite à madame'^'^. Un quart-d^beure après, madame Favard avec Tabbé de Yoiaenon vinrent auasi» et un peu pins tard nous vîmes paraître mademoiselle Amelin avec un très-joli garçon qu'elle appelait son neveu et qui se nommait Galabre. Ce jeune homme hû ressemblait comme deux gouttes d'eau , mais elle ne , trouvait pas cette raison suffisante pour s'avouer sa mère. M. Paton , Piémontais , qui était venu avec elle, après s'être fait beaucoup prier, fit une banque de pharaon, et en moins de deux heures il gagna Targent de tout le monde , moi, excepté, parce que j*eus le bonheur de ne pas jouer. Je passai beaucoup mieux mon temps avec ma jolie maîtresse* J'avais deviné le Piémontais , il était visiblement fripon ; mais Tiretta fut moins fin que moi , car il perdit tout son argent
récolte, mit bas les cartes, et Tireita lui dit en bon italien qu'il était un franc fripon. Le Piémontais avec le plus grand sang-firoid lui répondit qu'il en avait
menti. Voyaot que la chose aUait mal fipir» je lui dia ^TiiiftUai^ fJaieaftté, et je fiofçai mon ami d'en eonveDir , quoiqu en riant. Il #e retira enfvile dant sa chambre»
BvUm pl«i tei!d, je wit ca PaUoa à Sej«l^PéWr9* boorg, et en 1767 , il hatt aaeassiné en Pologne.
Le même soir, ayaut rejoint Tiretta,je lui fis un
sermon aéf ère el amical» hi 4é«antra que di$ qn^l jonaît il devenait sujet da Padreese da banquier,
qui pouvait être fripon , mais brave , et que , par conséquent , en osaut le lui dire^ il risquait «a yie*
— Bois-je donc me laisser voler ?
Oui j car tu as le choix* Tu es le maître de ne pas jouer*
— Je ne paierai certes pas cent loois*
— Je te conseille Je les payer, méaic avant qu il ne te les demande*
Tu as un art de peranadmr tout ee que ta veu , lors mtme qu'on a la meilleure yolonté de ne fidre aucun cas de tes a?is«
— C'est , mon cher, qne je te parle le Uajsjge da eceor sooteaa par la raison, «t mieni: ettcore, par
l'expérience.
Trois quarts^'heore après je me eonchai, et ma maîtresse ne fiit pas long^ea^ps k paraître. Cetle nit-
là iuL beaucoup plus douce que la première j car cneiUir la première âeur est souvent allaire diificile , et le prKK qœ les hommes en géu&ral mettent à cette
bagatelle est plus de Té^oïsme que de la jouissance. Le lendemain , après avoir di^eûné en famille et
Digitizeu Lj ^jQOgle
' aÉMOIftSS
avoir joui du vermillon qui colorait les jolies dé ma belle amie , je retournai à Paris. Trois ou quatre jours plus tard, Tiretta vint me dire que le marchand de Dunkerque était arrivé, qu'il devait dîner chea madame**, et qu'elle désirait queje fusse de la partie. T étais préparé à cette nouvelle, mais le feu me monta à la figure. Tiretta s'en aperçut , et me devinant en partie : Tu es amoureux, de ma nièce, me dit-il.
— A quoi devtnes-tu cela?
— A ta surprise , mon cher, et au mystère que tu m'en £ms} mais Tamour est un indiscret qui se trahit par son silence même*
• — Tu es savant , mon cher Tiretta. Je dînerai avec vous , mais souviens-toi d'Harpocrate.
n me quitta.
J'avais le cœur déchiré. Peut-être un mois plus tard la venue de ce marchand m'eùt-elle causé du plaisir ; mais avoir è peine porté le nectar an bord des lèvres et voir le vase précieux s'échapper de mes mains ! 11 m'en souvient encore , et ce souvenir n'est pas sans amertume*
J'étais dans un état de perplexité douloureuse et vraiment pénible. Cet état m'était habituel toutes les fois que j'étais dans la nécessité de prendre une résolution et que je me. sentais dans l'impossibilité de le faire. Si le lecteur s'est trouvé dans ce cas , il pourra deviner tout ce que ma position avait de cruel. Je ne pouvais ni consentir à ce mariage , ni me déterminer à le rompre enan'-MiiUpaat la possession d'mne femme quê jeidroyaii faite pour assurer mon bonheur.
DB CAflâirOVA.
Sé me rçadts k la Vîllette et je fus un peu surpris de trouver mademoiselle de la Meure plus parée que de coutume» Votre. prétendu, hii dis-je, n^anra pas besoin de tout cela pour vous trouver charmante.
— Ma tante ne pense pas comme vous.
— Vous ne Tayes pas encore vu ?
— Non 9 mais je suis curieuse de le voir , quoique , comptant sur vous , je sois sûre de n'être jamais sa femme*
Ce prétendu arriva peu dlnstans après avec le banquier Corneman, qui avait été courtier dans cette transaction commerciale. Je vis un bel homme, d^environ quarante ans , d'une physionomie ouverte , trèsbien mis , quoique sans recherche. Il s'annonça à ma^ dame d'une manière simple, mais aisée et polie, et il ne jeta les yeux sur sa prétendue que lorsque sa tante la lui présenta. Son air , en la voyant, devint plus doux, et sans chercher de belles phrases , il lui dit avec sentiment qu'il désirait que Timpression qu'il produirait sur elle ressemblât un peu à celle qu elle lui faisait éprouver. Elle ne lui répondit qu'en lui faisant une belle révérence , mais elle l'étudiait avec attention.
On sert , on dîne et on parle de mille choses , mais pas un mot de mariage. Les prétendus ne s'entre-* regardaient que par surprise, mais il n'échangèrent pas un mot. Après le diner, mademoiselle se retira dans sa chambre, et la tante passa dans son cabinet avec le banquier et le futur , et ils furent deux heures en coUoque. En sortant , ces messieurs 4eTant retour-* ner à Paris , madame fit appeler sa nièce , et en sa
wÈManÊB
pféseiMSe, elle dit âisi prétendant qu'elle rattendait à
dtner le lendemain et qa^elle était sûre q«e sa nièce le verrait avec plaisir. N'est-ce pas , ma nièce ?
— Oui, ma chère tante, je reverrai monsienr aviec plaisir.
Sans cette réponse , M. le négociant serait parti sans avoir entendu la voii de sa future.
— Eh bien ! que dit^tu de ton mari ?
— Permettez-moi , ma tante , de ne vous en parier que demain^ mais à table, ayes la bouté de me faire parler ; car H se pent Men qtie ma figure ne Tait point
rebuté , mais il ne sait pas encore si je raisonne , et il serait possible que mou esprit détruisit le peu d'impression que ma figate peut avoir ikite.
— Oui , f ai peur que tu ne dises des bêtises et que tu ne détruises par^là la bonne idée qu'il semble avoir conçue de toi.
— n ne ftul tromper personne , ma tante. Tant mieux pour lui si la vérité le désabuse, et tant pis pour lui et pour moi si nous nous déterminona à noua unît sans nous connaître et sans pouvoir «m tant soit
peu juger de notre manière de penser.
— Gomment le trouves-tu ?
— n ne me 'semble point mal ; il me {Mirait même
aimable et très comme il faut j mais attendons à demain. Ce sera peut-être lui qui ne Voudra plus de moi , car je suis si bète !
— Je sais bien que tu crois avoir de Tesprit j mais e*est précisément là le mal ; c'est la bonne opinion que tu an de |oi-mème qui fiiil que ta es bête, malgré Topi-
nion de H. CasanoTa qui ttmm que ta es pirofinide.
— U en sait peut-être quelque chose.
— Non , S se moque de toi, ma fawrre nièee.
— Je crois |K>im)ir penser le contraire ^ ma chère tante.
— Tiens , ToSà précisàneni une béftise dans toutes les' formes.
— Je ne pense pas comme vous, Madame, soit dit sans TOUS ofiGanser. Mademoiselle a raison de croire que je suis bien loin de me moquer d'elle , et j^ose TOUS promettre que demain elle brillera dans tout ce que nous lui fournirons Toccasioit de dire*
— Vous restez donc ici , et j'en suis bien aise» Nous ferons une partie de piquet et je yous.iiBrai la chouette. Ma nièce jouera avec vous, car il faut quelle apprenne*
Tiretta demanda à sa pouponne la permission d'aller à la comédie. Nous fûmes seuls, et nous jouâmes jusqu'à r heure du souper. Tiretta étant re^u , nous fit mourir de rire en nous racontant en baragouin l'intrigue de la pièce qu'il avait vue, et nous nous séparâmes*
Il y avait un quart-d'heurc que j'étais dans ma chambre dans la douce espérance de voir ma maîtresse dans son jolie négligé , mais fbot-àpeoup je la voiaenA trer tout habillée. Cela me surprit et me sembla d'un '^mauvais augure. Tu es étonné de me yoir habillée, me dil-dïe, mais jVd besoin de te parier un instant, ensuite j'irai me déshabiller. Dis-moi sans détour si je dois consentir à ce mariage ?
— Comment tfouyes-tu ce mondeur ?