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230 MÉMOmBS DE CASAMOYA.
tir, Tambassadeur, prétextant quelques lettres dont il Toalait me communiquer le contenu, me pria de passer arec lui dans son cabinet, et là il me demanda ce qu*on disait à Venise de ce mariage.
— Personne n'en sait rien, et on dit môme que Fainé de la maison des Querini allait épouser une Grimani; mais j'écrirai cette nouvelle à Venise.
— Quelle nouvelle?
— Que Juliette est vraiment Querini, puisque Votre Excellence la présentera pour telle à Louis XV.
— Qui vous l'a dit?
— Elle-même.
— Il se peut qu'elle ait changé d'avis.
Je lui rapportai alors les paroles que le roi avait dites à M. de Richelieu & son sujet. — Cela, dit Son Excellence, me fait deviner pourquoi Juliette ne désire plus lui être présentée. J'ai su plus tard que M. de Saint-Quentin, ministre secret des volontés particulières de Louis, était allé après la messe dire à la belle Vénitienne qu'il fallait que le roi de France eût bien mauvais goût, puisqu'il ne l'avait pas trouvée plus belle que plusieurs autres dames qui étaient & sa cour. Juliette partit de Fontainebleau le lendemain.
J'ai parlé, au commencement de mes Mémoires, de la beauté de Juliette : elle avait dans sa physionomie des charmes extraordinaires ; mais elle en avait usé trop longtemps pour qu'ils ne fussent pas un peu fanés à Fontainebleau.
Je la revis chez l'ambassadeur à Paris, et elle me dit en riant qu'elle avait plaisanté en se disant madame Querini, et que je lui ferais plaisir de ne la nommer à l'avenir que par son vrai nom de comtesse Preati. Elle me pria d'aller la voir à l'hôtel de Luxembourg où elle logeait. J'j allai souvent pour m'amuser de ses intrigues ; mais j'eus le bon esprit de ne jamais m'en mêler.
Elle passa quatre mois à Paris, et eut le talent de rendre fou M. Zanchi, secrétaire de l'ambassade de Venise, homme aimable, noble et lettré. Elle le rendit si amou-
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nnx, qu'il était résoin de l'épouser ; mais, par on caprice
dont peat-étre eUe se repentit plus tard, ellelemaltraita, et le sot en mourut de chagrin. Le comte de Eannitz, ambassadeur de Marie-ThérèEe, eut dn goût pour elle, ainsi que le comte de Ziuzendorf. Le médiateur de ces amours passagères était un certain abbé ûuasco, peu favorisé des dons de Plutus, et qui, laid par-dessus tout, ne pouyait espérer quelques faveurs que par ses complaisances. Mais l'homme sur lequel elle avait jeté un dévolu et dentelle voulait devenir la femme, était le comte de Saint-Simon. Ce comte l'aurait épousée, si elle ne lui avait pas donné de fausses adresses pour qu'il s'informât de sa naissance. La famille Preati de Yérone la renia, comme de juste. M. de Saint-Simon, qui, malgré son amour, avait conservé du bon sens, eut la force de la quitter. Enfin Paria ne fiit pas l'Eldorado pour ma belle compatriote : car elle fut obligée d'y laisser ses diamants en gage. De retour à Venise, elle y épousa le fils de ce même Uccelli qui, seize ans plus tét, l'avait tirée de la misère. EUe est morte il y a dix ans.
Xallais toitj'^i^''^ prendre mes leçons de français chez mon bon vieux Crébillon ; malgré cela mon langage, rempli d'italianismes, me faisait souvent dire en compagnie l'opposé de ma pensée; mais il résultait presque toujours de mes quiproquo des plaisanteries curieuses qui faisaient fortune ; et, ce qu'il y avait de bon, c'est que mon jai^on ne me préjudiciait pas sous le rapport de l'esprit; il me procurait, au contraire, de belles connaissances.
Plusieurs dames comme il faut me prièrent d'aller leur euseigner l'italien, pour se procurer, disaientelles, le plaisir de m'apprendre le français ; dans cet échange, je gagnais plus qu'elles.
M™ Préodot, qui était une de mes élèves, me reçut un jour dans son lit en me disant qu'elle n'avait pas envie de prendre sa leçon, parce qu'elle avait pris médecine le soir. Traduisant alors sottement une phrase italienne, je lui demande, avec le ton de l'intérêt le plus marqué, si elle avait bien déchargé!
SM UÉHOIBBS DB CAfiANOYA.
— Monsidar. que me demandez-Tons donet vous êtes in« BOtttenable I
Je renouvelle ma question : nouyelle explosion de sa part.
— Ne prononcez jamais ce mot affreux!
— Vous avez beau vous fâcher, c'est le mot propre.
— Très-sale, au contraire, monsieur ; mais brisons. , Voulez-vous déjeuner?
— Non, c'est fait ; j'ai pris un eofé avec deux savoyards. «- Ah ! bon Dieu I je suis perdue : quel furieux déjeuna !
Expliquez-vous.
— J'ai pris un café et j'ai mangé deux savoyards trem« pés dedans, ainsi que je le fais tous les matins.
— Mais c'est béte, mon ami. Un café, c'est la boutique où on le vend, et ce qu'on prend, c'est une tasse de café.
— Bon I est-ce que vous buvez la tasse ? Nous disons en Italie un café, et nous avons l'esprit de ne pas croire que c'est la boutique.
— Il veut avoir raison. Et les deux savoyards, comment les avez-vous avalés?
— Trempés dedans ; car ils n'étaient pas plus gros que ceux que vous avez sur votre table.
— Et vous appelez cela des savoyards? Dites des biiS* cuits.
— En Italie, nous les appelons des savoyards, parce que c'est en Savoie qu'on les a inventés ;et ce n'est pas ma faute si vous avez pensé que j'avais avalé deux commissionnai^ res du coin, gros gaillards que vous surnommez Savoyards à Paris,et qui bien souvent n*ont jamiais été en Savoie.
VoilÀ son mari qui entre, et elle de lui raconter tout notre entretien. Il en rit beaucoup, mais il me donna raison. Sa nièce vient dans ces entrefaites : c'était une jeune personne de quatorze ans, sage, modeste et pleine d'esprit. Je lui avais donné cinq ou six leçons, et comme elle aimait beaucoup la langue et qu'elle s'y appliquait sans relâche^ elle commençait à parler Voulant me faire un compliment en italien, Siffnore, me dit-elle, sonoincantatadivivedere in'buona soluté.