CHAPITRE XIV
tii^. Le oomtô ae le croyait p»a. — Allons, me di1>eUe, il faut le convaincra : que voulez vous que je demande?
— Tout ce que Votre Altesse voudra.
Elle pense un instant, et, tirant de sa poche une petite boîte d'ivoire, .elle écrit : Dis-moi pourquoi cette pomnaade ne me fait plus aucun effet.
Elle fait la pyramide, les colonnes et les clefs, comme je lui avais enseigné, et, prête À faire la réponse je lui apprends À faire des additions, des soustractions qui paraissaient sortir des nombres et qui pourtant n*étaient qu'arbitraires ; ensuite je lui dis d'interpréter les nombres en lettres, et je sors taisant semblant d'avoir quelque be- 0oin. Je rentre lorsque je crois que sa traduction peut être achevée, et je trouve la princesse dans le plus grand étonnentent.
— Ah I monsieur, quelle réponse ?
— Fausse, peut-être; mais, madame, cela peut arriver.
— Fausse, monsieur? Divine I La voici : Elle n'a de force que sur la peau d'une femme qui n'a pas engendré.
— Je ne trouve point cette réponse-U étonnante, madame.
— Je le crois, monsieur; mais c'est parce que vous ne savez pas que cette pommade est celle que l'abbé de Brorses me donna il y a cinq ans, et qui alors me guérit : o^était dix mois avant que j'accouchasse du duc de Montpensier . Je donnerais tout au monde pour apprendre à faire moi-même cette sublime cabale.
— Gomment, dit le comte, c'est cette pommade dont je sais l'histoire?
— • Précisément.
— C'est surprenant.
— Je voudrais encore faire une question qui regarde une £3mme dont je ne voudrais pas dire le nom.
— Dites la temme que j'ai dans ma pensée.
Alors eUe posa cette question : Quelle est la maladie do cette femme? Elle fait l'opération, et je lui fais obtenir pour réponse : Elle veut en imposer à son nxari. Pour le coup, la duchesse jeta les hauts cris.
S7Ô MÉMOIRBS DE CASANOVA.
— n était fort tard, et je me disposais t partir, quand M. de Melfort, qui parlait à Son Altesse, me dît qae nous sortirions ensemble. Nous sortîmes en effet, et il me dit qne la réponse cabalistique sur la pommade était vraiment étomiante. En Toid l'histoire :
— Madame la duchesse, jolie comme vous la voyez, avait la figure si chai^^ée de boutons que le duc, dégoûté, n'avait pas la force de l'approcher maritalement; aussi la pauvre princesse languissait-elle dans l'inutile désir d'être mère. L'abbé de Brosses la guérit au mojen de cette pommade, et, son beau visage uni comme un satin, elle se rendit À la loge de la reine au Thé&tre-FrançaiB. Le duc de Chartres, sans savoir que sa fenmie fftt au spectacle, où elle n'allait que rarement, se trouvait en face dans la loge du roi. Sans reconnaître la duchesse, il la trouve belle et s'informe qui c'est ; on le lui dit ; mais, n'en croyant rien, il sort de la loge du roi, se rend auprès de sa femme, lui fait compliment, et la môme nuit il lui fit annoncer sa visite. Il en est résulté que neuf mois après madame la duchesse mit au monde le duc de Montpensier, qui maintenant a cinq ans et qui se porte fort bien. Pendant sa grossesse, la duchesse continua d'avoir un beau visage ; mais dès qu'elle fut accouchée, les boutons revinrent et la ponmiade est demeurée sans effet.
En achevant son récit, le comte tirade sa poche une boite en écaille avec le portrait très-ressemblant de la duchesse, et me dit : — Son Altesse vous prie d'accepter son portrait, et, si vous voulez le faire monter, elle vous prie de vous servir de ceci.
C'était un rouleau de cent louis. Je reçus la boîte et les cent louis en priant le comte d'exprimer toute ma reconnaissance À Son Altesse. Je n'ai jamais fedt monter le portrait, car alors j'avais besoin d'argent pour autre
Dans la suite, la duchesse me fit plusieurs fois l'honneur de me ûdre appeler; mais il ne fut plus question delà guârir : elle était incapable d'observer le régime nécessaire. Elle me faisait quelquefois passer cinq ou six