CHAPITRE XV
tonchaît à sa fin, et on n'avait pas à craindre son ressentiment pour lui avoir caché cet événement.
Enchanté du séjour de Tienne et des plaisirs que je trouvais avec les helles fravleins dont j'avais fait la connaissance chez la baronne, je pensais à partir de cette jolie ville, lorsque le baron Vais me trouva à la fête du mariage de M. le comte Durazzo, et m'engagea à un pique-nique à Schœnbrunn. Nous y allâmes, et je n'y fus sobre d'aucune manière : aussi retournai-je & Vienne avec une si forte indigestion qu'en vingt-quatre heures je me Tis à deux doigts du trépas.
Je fis un usage de la dernière parcelle d'esprit que mon épuisement me laissait pour me sauver la vie. Campioni et MM. Roquendorf et Sarotin étaient auprès de mon lit. M. Sarotin, qui avait conçu pour moi une forte amitié, était venu avec un médecin, quoique j'eusse déclaré positivement que je n'en voulais aucun. Ce nouveau Sangrado, croyant pouvoir user du despotisme de son art, avait fait venir un chirurgien, et on allait me saigner contre mia volonté. A demi mort, je ne sais par quelle inspiration j'ouvre les yeux et je vois mon homme, la lancette à la main, prêt & m'ouvrir la veine.
— Non, non, dis-je.
Et languissanmient je retire mon bras; mais le' bourreau voulant, à ce que disait le médecin, me donner la vie malgré moi, s'empare de nouveau de mon bras. A l'instant je me sens une augmentation de force et, étendant la main, je saisis un de mes pistolets et d'un coup de balle je lui emporte l'une de ses boucles de cheveux. C'en fut assez pour faire décamper tout le monde, à l'exception de ma servante qui ne m'abandonna pas et qui me fit boire autant d'eau que je voulus. Le quatrième jour j'étais parfaitement rétabli.
Mon aventure amusa tous les oisifs de Vienne pendant plusieurs jours, et l'abbé Grosse-Tête m'assura que si j'avais tué le pauvre chirurgien, il aurait été mort et rien de plus, car les témoins présents auraient déclaré la vérité qu'on allait me saigner par force ; ce qui mettait mon
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fait dans la oas de légitime défense. On me dit anssl en plusieurs endroits que les médecins de \lenne étalent d'avis que, si Ton m'avait tii'é du sang, je n*en serais pas revenu : si mon eau ne m'avait pas guéri, ees habiles gens auraient dit tout le contraire. Je sentis pourtant qu'il fallait que je me donnasse de garde d'être malade dans cette capitale ; car il était trôs-probable que j'aurais difficilement trouvé un médecin. A l'Opéra, beaucoup de monde voulut me connaître; et on me regardait eonune un homme qui s'était défendu contre b mort à coups de pistolet. Un peintre en miniature nommé Morol, fort suiei aux indigestions, qui finirent par lui dennw la mort, m'avait endoctriné; il ne fallait, m'avait-il dit, pour guérir d'une pareille incommodité, que boire de l'eau abondanmient et avoir de la patience. Il mourut, parce qu'on le saigna dans un moment où il ne pouvait point opposer de résistance.
Mon indigestion me rappela un bon mot d%n homme qui n'avait guôre coutume d'en dire; c'était M. de Maisonrouge qu'on oonduisait un jour chez lui mourant d*ane indigestion. Sa voiture arrêtée en face des Quinze-Vingts par un embarras de charrettes, un pauvre homme s'approche de sa portière et lui demande l'aumône en lui disant :
— Monsieur, je meurs de Mm.
— Bh I de quoi te plains-tu? lui dit Maisonrouge en soupirant; coquin, je voudrais bien être & ta place !
Je fis vers ce temps-là la connaissance d'une danseuse milanaise qui avait de l'esprit, un ton excellent, de la littét*ature, et qui de plus était fort jolie. Elle recevait bonne compagnie, et faisait à merveille les honneurs du salon. Je connus chez elle un comte Christophe Erdodi, aimable, riche et généreux; et un certain prince Elinski, qui avait toutes les grâces d'un arlequin. Cette fille m'ins|nra de l'amour, mais vainement; ear elle était éprise d'un danseur florentin qu'on appelait Argiolini. Je lui faisais la cour, mais elle se moquait de moi ; car une fille de théâtre amoureuse de quelqu'un est une place inabordaMe, à moins de se faire un pont d'or, et je n'étais pas riche. Ce-