CHAPITRE XT. fiOS
pendant je ne désespérais pas, et Je continuais à bi^ep mon encens sur son autel. Ma société lui plaisait, parce qu'elle me montrait les lettres qu'elle écrivait et que j'avais soin d'en relever les beautés. Elle avait en miniature son portrait, qui était d'une ressemblance parfaite. La veille de mon départ, dépité d'avoir perdu mon temps et mes fadaises amoureuses, je me d^erminai à le lui voler : faible ressource pour un malheureux qui n'avait pu obtenir l'originaL Au moment où je prenais congé d'elle ayant trouvé le bijou à ma portée, je m*en saisie, fk je partis pour Presbourg, où le baron Vais m'avait invité & l'accompagner avec de jolies fraij^n» peur une pai^tie de plaisir.
Descendu de voiture, la première p^isonne avec laquelle je me rencontre nez à nez, c'est le chevalier de Talvis, le protecteur de M"*« Gondé-Labré, que j'avais si bien traité à Paris. Dès qu'il m'eut reconnu, il s'approcha et me dit que je lui devais une partie de revanche.
— Je vous la promets, lui répondis-je; mais je ne quitte jamais une partie pour une autre : nous nous re* verrons.
— Cela suffit. Me feriez-vous Thonneur de me présenter à ces dames!
— Bien volontiers, mais non pas dans la rue.
Nous montons, il nous suit. Pensant que cet homme, qui d'ailleurs était brave comme un chevalier français ^ pourrait nous divertir, je le présentai. Il logeait à la même auberge depuis une couple de jours et il était vêtu en deuil. Il nous demanda si nous irions au bal du princeévê^ue, dont nous ne savions rien : Vais lui dit que oui.
— On y va, dit-il, sans être présenté, et voilà peui^ quoi je compte y aller; car ici je ne suis eonnu de personne.
Il sortit, et l'hôte, étant entré pour prendre nos ordres, nous donna des informations sur ce bal ; nos belles frauleins téipoignant le désir d'y aller, nous les satisfîmes.
N'y étant connus de personne, neus parcouriaiis en IL
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bertë tons les appartements, quand nous arrivâmes devant une vaste table où le prince-ëvôqae taillait an pharaon. Il nous sembla que la pile d*or que le noble prélat avait devant lui pouvait être de treize à quatorze mille florins. Le chevalier de Talvis était debout entre deux dames auxquelles il disait de jolies choses, tandis que monseigneur mêlait. Le prince, ayant £ait couper, fixe le chevalier et s*avise de lui dire d'une manière engageante de mettre aussi une carte.
— Volontiers, monseigneur, dit Talvis ; va la banque sur cette carte.
— Va, dit révoque, voulant feùre voir qu*il n*avait pas peur. Il tire, la carte de Talvis sort, et mon heureux Français, de Tair le plus calme, ramasse tout For du prélat et en remplit ses poches. L*évéque étonné, et reconnaissant un peu tarrd sa sottise, dit au chevalier :
— Monsieur, si votre carte avait perdu, conmient auriez-vous fait pour me payer}
— Monseigneur, c'eût été mon affaire.
— Monsieur, vous êtes plus heureux que sage.
— Possible, monseigneur; mais ce sont là mes affaires.
Voyant le chevalier prêt à sortir, je le suis et, au bas de Tescalier, après lui avoir fait compliment, je le prie de me prêter cent souverains. Il me les compte à Tinstant, m'assurant qu*il était ravi de pouvoir me rendre ce service.
— Je vous ferai mon billet.
— Point de billet.
Je mis cet or dans ma poche, me souciant fort peu de la foule de masques que j'avais pour témoins et que la curiosité avait attirés sur les pas de Theureux gagnant. Talvis partit et je rentrai dans la salle.
Roquendorf et Sarotin, qui se trouvaient au bal, ayant su que le chevalier m'avait donné de Tor, me demandôrent qui il était. Je leur fis un récit moitié vrai, moitié faux, et je finis par leur dire que Tor que je venais de recevoir était le payement d'une sonmie que je lui avais prêtée à