CHAPITRE XVT
*- Je ne le rendrais pas aussi facilement à tout autre.
•^ Je TOUS eu remercie; et pour remplacer eet aaiour, je vous prie de compter sur mon amitié»
— Je la mets inûniment au-dessus du portrait et même de Toriginal. Oserais-je tous prier de lui envoyer ma réponse?
— Je vous le promets. Tenee^ voilà du papier; écrivez* Uii vous n*aves pas besoin de la cacheter.
Yoici oe que j'écrivis t
«» En se débarrassant du portrait, Casanova éprotive un plaisir bien supérieur à celui qiill eut quand, par Telffet d^une misérable fantaisie, il ât là folie de le mettre dans sa pocbe. »
Le mauvais temps ayant forcé de diiférer au dimanche les merveilleuses épousailles, et M. de Bragadin partant le lendemain pour Padoue^ je ïy accompagnai. Oet ainaable vieillard abandonnait h la jeunesse les plaisirs bruyants qui ne lui convenaient plus, et il allait passer au sein de la paix les jours que les fêtes vénitiennes lui rendaient ennuyeux. Le samedi suivant, après avoir dîné avec lui et lui avoir baisé la main, je montai dans une chaise de poste pour retournera Venise. Si j'étais parti de Padoue deux minutes plus tôt ou plus tard, tout ce qui m'est arrivé depuis aurait été bien différent, et ma destinée, s'il est vrai qu'elle dépende des combinaisons, aurait été tout autre. Le lecteur en jugera.
Parti de Padoue dans ce moment fatal, je rencontre à Oriago un cabriolet qui venait au grand trot de deux (dievaux da poste. Il y avait dedans une très-jolie fenmie et un homme en uniforme allemand* A quelques pas de moi, le cabriolet verse du c6té de la rivière, et la femme, tombant par-dessus le cavalier, court le plus grand danger de rouler dans la Brenta. Je saute hors de mon chariot sans me donner le temps de faire arrêter et je vole au secours de la dame, réparant d'une main chaste le désordre que la chute avait occasionné à sa toilette.
aOO MÉMOIBBS X>B GASANOTA,
Son compagnon, qui B*était releyé sans accident, aocoorty et voilà la belle versée sur son séant, tout ébahie et moins confdse de sa chute que de Tindiscrétion de ses jnpee qui avaient laissé à décoavert tout ceqa*ane honnête femme ne montre jamais à on inconnu. Dans ses remercîments, qui durèrent tout le temps que son postillon et le mien mirent à relever le cabriolet, elle m'appela souvent son sauveur, son ange tutélaire.
Le dommage étant réparé, la dame continua sa route vers Padoue ; et moi vers Venise, où à peine arrivé, je n*eus que le temps de me masquer pour aller à TOpéra.
Le lendemain je me masque de bonne heure pour aller suivre le Bucentauref qui, &vorisé par un beau temps, devait être mené au Lido pour la grande et ridicule cérémonie. Cette fonction, non-seulement rare, mais unique, dépend du courage de Tamiral de Tarsenal, qui doit répondre sur sa tête que le temps sera constamment beau, le moindre vent contraire pouvant renverser le vaisseau et noyer le doge avec toute la sérénissime seigneurie, les ambassadeurs et le nonce du pape, garant de la vertu de cette burlesque noce, que les Vénitiens révèrent jusqu'à la superstition. Pour surcroit de malheur, cet accident tragique ferait rire toute TËurope, qui ne manquerait pas de dire que le doge de Venise est enfin allé consommer son mariage.
Je prenais mon café à visage découvert sous les procu" ratie de la place Saint-Marc, quand un beau masque femelle me donna galamment un coup d*éventail sur Tépaule. Ne connaissant pas le masque, je ne fis pas grande attention à cette agacerie ; et après avoir achevé mon café je reprends mon masque et je m'achemine vers -le quai du Sépulcre, où m'attendait la gondole de M. de Bragadin. Vers le pont delà Paille, j'aperçois le même masque attentif A regarder l'image d'un monstre qu'on montrait pour dix sous. Je m'approche du masque et je lui demande ponr^ quoi il m'avait battu.
— Pour vous punir de ce que vous ne me connaisses pas après m'avoir sauvé la vie.