CHAPITRE XVI
Je deTÎne que c*est la belle que j'ai secourue la veille aux bords de la Brenta, et, après lui avoir fait compliment, je lui demande si eUe va suivre le Bucentaure,
— J'irais volontiers, me dit-elle, si j'avais une gondole sûre.
Je lui ofSre la mienne, qui était des plus grandes, et, ayant consulté le masque qui l'accompagnait, elle accepte. Prêts à 7 entrer, je les invite à se démasquer ; mais ils me disent qu'ils ont des raisons pour demeurer inconnus. Je les prie alors de me dire s'ils appartiennent à quelque ambassadeur, car, dans ce cas, je me verrais, quoique à regret, forcé de les prier de descendre ; mais ils m'assurent qu'ils sont Vénitiens. La gondole étant à la livrée d'un patricien, j'aurais pu me trouver compromis avec les inquisiteurs d'État, ce que je désirais éviter.
Nous suivions le Bucentaure^ et assis auprès de la dame, je me permets quelques libertés; mais elle me déconcerte en changeant de place. Après la fonction nous retournâmes à Venise, et l'officier me dit que si je voulais leur faire l'honneur d'aller dîner avec eux au Sauvage, je les obligerais. J'acceptai, car j'étais curieux de connaître cette femme : ce que j'en avais vu lors de sa chute rendait ma curiosité très-naturelle. L'officier me laissa seul avec elle et prit les devants pour aller conmiander le dîner.
Dès que je fus seul avec ma belle, à la faveur du masque je lui dis que j'étais amoureux d'elle, que j'avais une loge à l'Opéra dont je lui oflà^ais l'entière jouissance, et que, si elle voulait me laisser l'espoir de ne pas perdre mon temps, je la servirais pendant tout le carnaval,
— Si vous avez l'intention d'être cruelle, je votuEi prie de me le dire franchement»
— Je vous prie aussi de me dire avec qui tous croyez être.
— Avec une fenmie tout aimable, que vous soyez princesse ou de basse condition. Ainsi j'ose espérer que vous me donnerez, dès aujourd'hui, des marques de vos bontés, ou, après le dîner, j'aurai l'honneur de vous tirer ma révérence.
— Vous ferez ce que vous voudrez ; mais j'espère qu'après