‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 151 sur 235 · CHAPITRE XVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIL

Progrès de mes amoars STec la belle C. G.

Le lendemain P. C. entra chez moi d*un air de trionipb^ en me disant que sa soeur avait dit à sa mère que nous nous aimions et que, si elle devait se marier, elle ne pourri^it être heureuse qu avec moi.

— J'adore votre sœur, lui dis-je ; mais croyez-vous que votre père veuille me raccorder?

— Je ne le crois pas; mais il est vieux. En attendant, aimez. Ma mère permet qu'elle aille ce soir à l'Opéra avec nous.

— Eh bien, mon cher ami, pous irons.

— Je me vois obligé de vous prier de me rendre un léger service.

— Ordonnez.

— Il y a de l'excellent vih de Chypre & vendre et à bon marché : je puis en avoir un tonneau moyennant un billet payable en six mois. Je suis sûr de le revendre de suite avec bénéfice; mais le marchand veut une caution, et il accepterai la vôtre si vous voulez bien me cautionner. Voulez-vous signer mo'' %t?

314 IfteO&BS J>E GASÀNOTA.

— Avec plaisir.

Je signai sans biaiser; car quel est le mortel amonreux qui, en pareil cas, aurait refusé ce service À celui qui, pour se venger d*un refus, aurait pu le rendre malheureux? Nous nous donnâmes ensuite rendez-vous pour le soir, et nous nous séparâmes contents Fun de Tautre.

Aprôs m*étre habillé, je sortis et j'achetai une dpuzaine de paires de gants, autant de paires de bas de soie et une paire de jarretières brodées avec des agrafes d*or, me faisant une fête de fetire ce premier présent À ma nouvelle amie.

Je n*ai pas besoin de dire que je fus exact au rendezvous ; cependant en y arrivant, je les aperçus qui me cherchaient. Si je n*avais soupçonné les intentions de P. C, j'aurais été flatté de me voir ainsi prévenu. Dès que je les eus joints, P. G. me dit qu*ajant des affaires il me laissait avec sa sœur, et qu'il viendrait nous rejoindre au théâtre. Quant il fut parti, je dis À 0. 0. que nous ne pouvions que nous aller promener en gondole jusqu*arheure de TOpéra. Non, me répondit-elle; allons plutôt dans un jardin de la Zuecca.

— Bien volontiers.

Je prends une gondole de trajet et nous allons À Saint- Biaise dans un jardin que je connaissais et dont, au moyen d'un sequin, je me rendis maître pour toute la journée, et personne ne pouvait plus y entrer. Il se trouva que nous n*avions dîné ni Tun ni Tautre, et, ayant ordonné un bon repas, nous montons dans un appartement, d'où, après avoir quitté nos habits de masque, nous redescendons dans le jardin.

Kaîmable C. C. n'avait qu'un corset de taffetas et une petite jupe de même étoffe ; mais elle était À ravir dans ce léger costume. Mon œil amoureux perçait ces voiles,* et mon âme la voyait toute nue ; je soupirais de désirs, de re* tenue et de volupté.

Dès que nous fûmes dans la longue allée, ma jeune comi pagne, leste comme la biche légère, se vovant libre sur I

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