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pressentais ce qui allait aniver. J*ayaîs ea soin de louer une loge à TOpéra, mais pour attendre le soir nous allâmes à notre jardin. Comme c'était un jour de fête, il y avait plusieurs petites sociétés à des tables séparées, et, ne voulant nous mêler avec personne, nous résolûmes de rester dans un appartement que nous nous fîmes donner, ne nous souciant de voir Fopéra que vers la un : en conséquence, j'ordonnai un bon souper. Nous avions sept heures devant nous, et ma charmante amie me dit que nous ne nous ennuierions pas. Elle se débarrassa de son accoutrement de masque, et vint s'asseoir sur mes genoux eu me disant que j'avais achevé de la subjuguer par la manière dont je l'avais ménagée après laflfreux souper ; mais tous nos raisonnements étaient accompagnés de baisers qui peu à peu devenaient de flamme.
— As-tu vu, me dit-elle, ce que mon frère ût à sa dame lorsqu'elle se mit à cheval sur lui?
— Je ne vis rien qu'au miroir, mais je me figurai bien la chose. N'as-tu pas craint que je ne te traitasse de même?
— Non, je te l'assure. Comment aurais-je pu le craindre, sachant combien tu m'aimes? Tu m'aurais tellement humiliée, que je n'aurais plus pu t'aimer. Nous nous réserverons pour quand nous serons mariés, n'est-ce pas, mon ami? Tu ne saurais te figurer la joie que j'ai éprouvée en t'entendant t'expliquer à ma mère ! Nous nous aimerons toujours. Mais à propos, mon ami, explique-moi les mots qui sont brodés sur les jarretières.
— Y a-t-il une devise ? Je n'en savais rien.
— Ohl oui; c'est français : faites-moi le plaisir de lire.
Assise sur moi, elle détache une jarretière pendant que je lui détache l'autre. Voici les deux vers, que j'aurais dû lire avant de lui faire ce présent :
En yoyant chaque jour le bijou de ma belle, VoQS lui direz qa'Amour veut qu'il lui soit fidèle.
Ces» vers, fort libres sans doute, me parurent bien
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âdts, comiques et pleins d*esprit. J'éclatai de rire, et j^ redoublai lorsque, pour la contenter, îe dus lui en traduire le sens. Comme c'était une idée neuve pour elle, j'eus besoin d'entrer dans des détails qui nous mirent tout en feu.
— Je n*oserai plus, me dit-elle, (sûre voir mes jarre* tiôres & personne, et j'en suis fâchée.
Gomme j'avais pris un air pensif :
— Dis-moi, me dit-elle, & quoi tu penses?
— Je pense que ces fortunées jarretières ont un privilège que je n'aurai peut^tre jamais. Que je voudrais être & leur place ! Je mourrai peut-être de ce désir, et je mourrai malheureux.
— Non, mon ami, car je suis dans ton même cas, et je suis sûre de vivre. D'ailleurs nous pouvons hâter notre mariage. Pour moi, je suis prête â te donner ma foi dès demain, situ veux. Nous sommes libres, et mon père devra y consentir.
— Tu raisonnes juste, car Thonneur même l'y forcerait. Cependant je veux lui donner une marque de respect en te faisant demander, et ensuite notre maison sera bientôt faite. Ce sera dans huit ou dix jours.
— Sitôt ? Tu verras qu'il répondra que je suis trop jeune.
— Et il dira peut-être vrai.
— Non, car je suis jeune, mais non pas trop, et je suis bien sûre que je puis être ta femme.
J'étais sur une fournaise, et toute résistance au feu qui me brûlait commençait â me devenir impossible. Toi que je chéris, lui dis-je, es-tu bien sûre que je t'aime? Me croistu capable de te tromper? Es-tu certaine de ne jamais te repentir d'être mon épouse ?
— J'en suis plus que certaine, mon cœur; car tu ne saurais vouloir faire mon malheur.
— Eh bien, devenons époux dès cet instant. Dieu seul sera témoin de nos serments, et nous ne saurions en avoir de plus loyal, car il connaît la pureté de nos intentions. Donnons-nous réciproquement notre loi, unissons hOB des-
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fnéed et soyons heureux. Nous fortifierons notre tendre "^ I^eh du consentement de ton père et des cérémonies de la religion aussitôt qu'il noua sera possible : en attendant sois à moi, sois toute à moi.
— Dispose de moi, mon ami. Je promets à Dieu et à toi Têtre dès ce moment et pour la vie ta fidèle épouse : je m'expliquerai ainsi à mon père, au prêtre qui bénira notre union, enfin à tout le monde.
— Je te fais le même serment, ma tendre amie, et je t'assure que nous sommes parfaitement mariés. Viens dans mes bras ! achève mon bonheur.
— Ohl mon Dieu! est-il possible que je touche de si près au bonheur I
Après l'avoir tendrement embrassée, j'allai dire à la maîtresse du casino de ne nous apporter à manger que lorsque nous l'appellerions, et de ne point nous interrompre Pendant cela ma charmante C. C. s'était jetée sur le lit tout habillée, mais je lui dis que les voiles importuns effarouchaient l'amour, et en moins d'une minute j'en fis une nouvelle Eve, belle et nue comme si elle n'avait fait que sortir des mains du suprême artiste. Sa peau, douce comme un satin, était d'une blancheur éblouissante, que relevait encore sa superbe chevelure d'ébène que j'avais étendue sur ses épaules d'albâtre. Sa taille svelte, ses hanches saillantes, sa gorge parfaitement moulée, ses grands jeux d'où s'échappaient à la fois la douceur et l'étincelle du désir, tout en elle était d'une beauté parfaite et présentait à mes avides regards la perfection de la mère des amours embellie de tout ce que la pudeur répand de charmes sur les attraits d'une belle femme.
Hors de moi-même, je commençais à craindre que mon bonheur ne fût pas réel, ou qu'il ne pût pas devenir parfait par une complète jouissance, quand l'Amour malin s'avisa, dans un moment si sérieux, de me fournir matière à rire.
— Serait-ce une loi, me dit ma déesse, que l'époux ne dût pas se déshabiller?
— Non, cher ange, non ; et si c'en était une, je m trou- ▼erais trop barbare pour m'y soumettre.
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En an instant je fiis débarrassé àe tons mes YMemeiM, et mon amante se livra ft son tour & tontes les impulsions de rinstinot et de la curiosité ; car tout en moi était nouveau pour elle. Enfin, comme accablée de la jouissance des jeux, elle me presse contre son sein et s*éerie :
^ Oh! mon ami, quelle différence de toi à mon oreiller!
^ A ton oreiller, mon cœur? Mais tu ris : explique-moi cela.
— C*est un en&ntillage, mais tu n*en seras pas fâché)
— Fâché I pourrais-je Tétre avec toi dans le plus doux instant de ma vie?
— Eh bien, depuis plusieurs jours, je ne pouvais pas m*endormir sans tenir mon oreiUer entre mes bras; je le caressais, je l'appelais mon cher mari; je me figurais que •'était toi, et quand une douce jouissance m*avait rendue immobile, je m'endormais, et le matin je relirouvais mon grand coussin entre mes bras.
Ma chère C. 0. devint ma femme en héroïne, car Texcès de son amour lui rendit la douleur même délicieuse. Aprôs trois heures passées dans les plus doux ébats, je me levai et j'appelai pour qu'on nous apportât a souper. Le repas fut frugal, mais délicieux. Nous nous entre-regardions sans parler, car que nous dire qui valût ce que nous sentions? Nous trouvions notre bonheur extrême, et nous en jouissions dans la persuasion que nous pouvions le renouveler à notre gré.
L'hôtesse monta pour nous demander si nous désirions quelque chose, et elle nous demanda si nous n'irions pas à rOpéra, qu'on disait si beau.
— Est-ce que vous n'y avez jamais été?
— Jamais, car pour des gens comme nous c'est trop cher. Ma fille en est si curieuse que, Dieu me pardonne, je crois qu'elle se donnerait pour avoir le plaisir d'j aller une fois.
— Elle le payerait cher, dit ma p otite femme en riant. Mon ami, nous pourrions faire son bonheur sans qu'il lu^ •^u contât si cher, car cela fait bien mal.
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— Tj penssiis, mon amie. Tiens, voilà la def de la loge ^ tu peux leur en faire présent.
— Tenez, dit-elle à Thôtesse, voici la clef d'une loge du théâtre Saint-Moïse : elle coûte deux sequins, allez-j à notre place, et dites à votre fille de garder sa rose pour quelque chose de mieux. Pour que vous puissiez bien vous divertir, la mère, voilà deux sequins, lui dis-je : faites bien amuser votre fille.
La bonne femme, tout ébahie de la générosité de ses hôtes, courut trouver sa fille pendant que nous nous applaudissions de nous être mis dans la nécessité de nous recoucher. L'hôtesse remonta avec sa fille, belle blonde três-appétissante, et qui veut absolument baiser la main à ses bienfaiteurs. Elle va partir à l'instant avec son amoureux, nous dit la mère. Il est là-bas ; mais je ne la laisserai pas aller seule, car c'est un gaillard ! J'irai avec eux.
— Fort bien, ma bonne; mais à votre retour faites attendre la gondole qui vous mènera; nous nous en servirons pour retourner à Venise.
— Quoi! vous voulez rester ici jusqu'à notre retour?
— Oui, car nous nous sommes mariés aujourd'hui.
— Aujourd'hui? Dieu vous bénisse I
S'étant alors approchée du lit pour l'arranger, elle aperçut les traces vénérables de la sagesse de mon épouse, et dans un mouvement de joie elle vint embrasser ma chère C. C. ; ensaite elle se mit à faire un sermon à sa fille en lui montrant ce qui, selon elle, faisait un honneur infini à la jeune mariée : marques respectables, disait-elle, que l'Hymen ne voit que rarement de nos jours sur son autel.
La fille répondit en baissant ses beaux yeux bleus qu'elle était sûre qu'il lui en arriverait autant à ses noces.
— J*en suis certaine aussi, car je ne te perds jamais de vue. Va chercher de l'eau dans cette cuvette et porte-la ici; car cette charmante mariée doit en avoir besoin.
SM MÉMOUtBS PB CA8AM0TA.
La fille obéit; ensuite, ces femmes étant sorties, nom nous couchâmes et quatre heures de délicieuses extases se passèrent avec une extrême rapidité. Notre dernière lutte aurait été plus longue s*il n'était venu à ma charmante amie le caprice de se mettre a ma place et de renverser leg rôles Epuisés de bonheur et de jouissance, nous nous endormions, quand l'hôtesse vint nous dire que la gondole nous attendait. Je me levai de suite pour lui ouvrir dans l'espoir de rire de ce qu'elle nous conterait de l'Opéra; mais elle laissa ce soin à sa fille, qui était montée avec elle, et elle alla nous préparer du café. La blondine aida mon amie à s'habiller, mais de temps en temps elle me donnait des œillades qui me donnèrent a penser qu'elle avait plus d'expérience que sa mère ne lui en supposait.
Rien n'était plus indiscret que les yeux de ma charmante mutresse, ils portaient les marques irrécusables de ses premiers exploits ; mais aussi elle venait de soutenir un combat qui l'avait positivement rendue tout autre qu'elle n'était auparavant.
Nous primes du café bien chaud, et je dis à notre hôtesse de nous préparer, pour le jour suivant, un dîner délicat; ensuite nous partîmes. L'aube du jour commençait à poindre lorsque nous débarquâmes â la place Sadnte- Sophie pour mettre en défaut la curiosité des gondoliers, et nous nous quittâmes heureux, contents, et certains que nous étions parfaitement mariés. J'allai me coucher, déterminé â obliger, par la voie de l'oracle, M. de Bragadin &, me faire avoir légalement la main de mon adorable G. C. Je restai au lit jusqu'à midi, et je passai le reste de la journée â jouer malheureusement, comme si la fortune avait voulu m'avertir qu'elle n'était pas d'accord avao hua
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