‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 155 sur 235 · CHAPITRE XVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIL

Cr;o'nttation de mes amours avec C. U. — M. de Sragadin Jemanoe celte jeune personne pour moi. — Son oère la rel'use et îa met dans jn couvent. — Delà Uave. — ie perds aa :eu. ~ Association avec Croce qui me remet eu tonds. — Divers accidents.

La douceur du sentiment que me causait mon amour m'avait rendu peu sensible k la perte que j'avais faite, et, tout occupé de mon aimable amie, ma tête semblait termée à toute idée qui ne lui était pas relative.

Je m'occupais d'elle le lendemain matin quand son frère se présenta d'un air rayonnant an me disant :

— Je suis sûr que vous avez couché avec ma sœur, et j'en suis ravi. Elle n'en convient pas, mais son aveu est inutile. Je vous l'amènerai aujourd'hui.

— Vous me terez plaisir, car le l'adore, et je vais la faire demander à M. votre père d'une manière qu'il ne pourra point me la refuser.

— Je le désire, mais j'en doute. En attendant, je me trouve forcé de vous pner de me rendre un nouveau service. Je puis avoir, moyennant un biUet payable en six mois, une bague qui vaut deux cents sequins et que je suis sur de revendre aujourd'hui pour le même prix. Cette somme m'est indispensable; mais, sans votre caution, le bijoutier, qui vous connaît, ne me la donnera pas. Me terez-vous ce plaisir ? Je sais que vous avez perdu hier; si vous en avez besoin, je vous donnerai cent sequins, que vous me rendrez à l'échéance du billet.

Comment taire pour lui retusert Je voyais bien que je serais sa dupe ; mais j'aimais tant sa sœur !

— Je SUIS prêt, lui dis-je, à signer le billet; mais vous avez tort d'abuser de ma tendresse pour votre sœur.

JNous sortîmes, et, le marchand ayant accepté ma caution, nous Unîmes cette altaire ; mais ce marchand, qui no me connaissait pas, si ce n est de nom, croyant me faire

un complîment, dit à P. C. que, sous ma caution, tout son magasin était à son service. Je tus peu flatté du compliment, mais je crus j reconnaître ia tourberiede P. C, qui avait 1 adresse de découvrir, un sur cent, le malavisé qui, sans fiucun londement, m'accordait sa confiance, car je n avais rien. C'est ainsi que monangélique C. C, qui gea\blait devoir taire mon bonheur, était J'innocente cause de ma ruine.

A midi, P. C. vint me mener sa sœur ; et voulant sans doute me prouver qu'il était honnête homme, car ce sont toujours les tripons qui se mettent en trais pour cela, il me rendit le billet du vin de Chypre que j'avais cautionné, m assurant en même temps qu'A notre première entrevue il me remettrait les cent sequins qu'il m'avait promis.

Je menai comme à l'ordinaire mon amie à la Zuecca, je fis fermer le jardin, et nous dînâmes suus une treille. Ma C. C. me paraissait plus belle depuis qu'elle était à moi ; et, Tamitié se joignant â l'amour, nous éprouvions une douce satisfaction qui se peignait sur tous nos traits. L'hôtesse, qui m'avait trouvé généreux, nous servit en gibier et en poisson, et sa blondineuuas servit à table. Ce fut elle aussi qui vint déshabiller mon amie dès que nous tûmes montés pour nous livrer aux douceurs de notre nouvel hyménée.

Dès que nous fûmes seuls, mon amie me demanda ce que c'était que les cent sequins que son frère devait m'apporter, et je lui dis ce qui s'était passé entre nous.

— Je t'en supplie, me dit-elle, mon ami, à l'avenir refuse-lui absolument tout ; car le malheureux est si obéré, qu'il finirait par t'entraîner dans le précipice où il ne peut manquer de tomber.

Cette lois nos plaisirs nous parurent plus solides : nous les savourions avec plus de délicatesse, et, pour ainsi dire, nous les raisonnions.

— Oh! mon ami, me disait-elle, fais ton possible pour me rendre mère; car alors mon père ne pouiTa plus prétexter de ma trop grande jeunesse pour refuser de me marier.

J'eus beaucoup de peine à lui faire comprendre que l'ac-

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