CHAPITRE XVIli
manqueraît pas de visiter sa chambre et de lui prendre tout ce qu'on y trouverait d'écrit. Brûle toutes mes lettres, mon amie, lui disais-je, et règle-toi sur la nécessité de te confesser souvent sans nous compromettre. Communiquemoi toutes tes peines, qui m'intéressent plus encore que tes plaisirs.
Après avoir cacheté ma lettre de manière que le sequin sous la cire fut indevinable, je récompensai la femme en l'assurant que je continuerais à la récompenser 'de même chaque fois qu'elle m'apporterait une lettre de mon amie. Quand elle se vit un sequin dans la main, la bonne femme se mit à pleurer de joie, et elle me dit que, n'y ayant poiri de clôture pour elle, elle remettrait la lettre aussitôt qu'elle trouverait la demoiselle seule.
Yoici le billet que C. C. avait donné à la femme en/ lui remettant sa lettre :
« C'est Dieu, ma bonne femme, qui m'inspire de me confier à vous plutôt qu'à une autre. Portez cette lettre à son adresse, et si la personne n'est pas à Venise, vous me la rapporterez. Vous devez la lui remettre en main propre, et, si vous la trouvez, vous aurez de suite une réponse que vous ne me remettrez que lorsque vous serez sûre de n'être point observée. »
L'amour n'est imprudent que dans l'espoir de jouir ; mais, lorsqu'il s'agit de se ménager le retour d'un bonheur détruit par quelque accident, l'amour prévoit tout ce que la plus parfaite perspicacité peut faire découvrir. La lettre de ma charmante femme me combla de joie, et je passai en un instant d'une extrême peine à un extrême plaisir. Je me sentais sûr de l'enlever, quand bien même les murs du couvent auraient été garnis d'artillerie; et ma première pensée, après le départ de la messagère, fut de trouver le moyen de bien passer les sept jours après lesquels je devais recevoir la seconde lettre. Il n'y avait que le jeu qui pût me distraire, et tout le m^onde était à Padoue. Je fois faire ma malle, et je la fais porter de suite au iMr-
chieïlo qui allait partir, et moi-même je pars pour Fusine ;