‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 179 sur 235 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ans, et ]a coupe de son visage était de la plus belle forme. Elle était d'une taille bien au-dessus de la moyenne, son teint très-blanc tirant un peu sur le pâle, Tair noble et décidé, mais /en même temps réservé et modeste ; ses yeux bien fendes étaient d'un beau bleu céleste, sa physionomie douce et nante, ^es lèvres belles et humides de la plus suave volupté ; ses dents étaient deux rangées de perles du plus brillant émail. Sa coiffure ne me laissait pas voir ses cheveux; mais, si elle en avait, ils devaient être d'un beau châtain clair, ses sourcils m'en répondaient. Ce qui me ravissait le plus était sa main et l'avant-bras que je voyais jusqu'au coude. Le ciseau de Praxitèle n'a jamais rien taillé de mieux arrondi, de plus potelé ni de plus gra* cieux. Malgré tout ce que je voyais et tout ce que je devinais, je ne me repentais pas d'avoir refusé les deux rendezvous que cette beauté m'avait offerts, car je me sentais sûr de la nospéd^r en peu de jours, et jq JQujssais de pouvoir lui faipe hommage de mes désiris. Il ipe tardait de ma yoirseqlà la grille avec elle, et j'aurais cru lui faire injure si, dès le leqden^ain, je n'étais allé l'agsurer ^ue je lui rendais toute la justice (ju'elle méritait. flljQ f»it constante â ne pas me regarder u» seul instant; mais 4 tP» fin cette sorte de réserve me plut, Tout 4 coup les deux amies baissèrent la voix, et la délicatesse m'imppsa le devoir de m'éloigner. Leur entretien secret dur^ un quart d'heure que je passai à, faire seuiblant de considérer un tableau : au bout de ce temps ell.es s'embrassèrent co^^n^e an coo^mencement, et la religieuse, ayant refermé la grille mouvante, tourna le dos et s'ei| alla s^fis me jeter le moindre regard.

Lacon^tesse, en retournant 4Yeni.se, lass§ peut-être ie mon silence, me dit en SQuriant ;

— M. M. est bell^ et elle a beaucoup d'esprit.

— J'ai vu l'un et je crois l'autre.

— Elle ne vous a pas dit un mot,

— r^'ayant pas voulu lui être présenté, elle pa'ep a

Duni en faisant semblant de ne pas s'apercevoir que j'étais

la.

st.

378 MÉMOmES DE CASANOVA.

La comtesse n'ayant pas répliqué, nous amyàmes devant sa maison sans plus échanger une parole. Je la laissai à la porte, où une belle révérence accompagnée de ces mots : Adieu, monsieur I m'annonça que je ne devais pas aller plus loin. Je n*en avais pas envie, et j'allai autre part rêver à cette singulière aventure, dont il me tardait de voir le dénoûment.

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