‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 18 sur 235 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

me mena sa âlle et me laissa au boat du jardin de la C^oix, où, après avoir ;r6çu les six sequins, elle nous laissa et partit.

Lorsque je voulus profiter de i^es droits acquis, la fille, instruite, je pe»se, par sa mère, trouva moyen de m en empêcher. D'abord ee manège jm plut; mais eoôn, fatigué, je lui dis ^^rieusement de finir. ]SU/9 n^ répondit avec douceur que ce n'était pas sa faute si je ne pouvais pâs. Piqué et ennujé, je la mis alors dans une position qui la mettait en défaut ; mais, agissant de t^v^e, elle se dérangea et me mit dans rimpossibilité de rien entreprendre.

— Pourquoi, lui dis-je, te déranges-tu?

— Parce que comme ^ je ne veui: pas»

— Tu ne veux pas?

— Non.

Alors, me remettant, et sans faire le moindre bruit, je prends un manche à balai qui se trouvait là et e lui donne une leçon d'importance, pouf tirer quelque profit des si^ sequins que j'avais eu la folie de payer d'avance. Mais je ne lui ai cassé ni bras ni jambe, ayant eu soin de ne la châtier que sur son postérieur, où doivent être toijites les marques de ma correction. Le soir, après l'avoir forcée à se rhabiller, je la fis entrer dans un bateau qui vint à passer par hasard, et qui la débarqua en sûreté. La mère de cette fille eut six sequins, la fille a conservé sa détestable virginité ; et, si je suis coupable, je ne le suis que d avoir battu une fille infâme, élève d'une mère plus infâme qu'elle.

Ma déclamtion fiit de nul effet, car le magistrat con* naissait la ÔU^* et la mère riait de m'avoir dupé. Les offices furent i^iiitiles. On me cita, je ne comparus point; et 'allais être décrété de prise de corps, lorsque la plainte en ppofafliation des morts fut portée devant le même magistrat. C'mi été be^Axaoup moins mal poup pioi que cette seconde affai^^e eût été portée au Conseil des Dix, car un tribunal m ^^.ait peut-êt? e sauyé de l'autre.

Ce second crime, qui au fond n'était que risible, était.

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par rimportance ecclésiastique, une félonie au premier chef. Je fus cité personnellement dans les vingtquatre heures , avec la certitude d*être décrété de suite de prise de corps. M. de Bragadin, toujours homme de bon conseil, me conseilla, pour conjurer l'orage, de prendre la clef des champs. Trouvant le conseil trèssage, j'allai faire mes préparatifs sans perdre une minute.

Jamais je n'ai quitté Venise avec plus de regret que cette fois-là; car j'avais quelques intrigues galantes des plus agréables et la fortune me favorisait au jeu. Mes amis m'assurèrent que dans un an, au plus tard, mes deux affaires seraient étouffées ; car, à Venise, tout s'accommode quand le public a oublié.

Je partis à l'entrée de la nuit, et le lendemain je couchai à Vérone. Je ne m'y arrêtai pas, car, deux jours après, j'allai coucher à Milan. J'étais seul, bien équipé, parfaitement monté en bijoux, sans lettres de recommandation, mais la bourse bien fournie, jouissant d'une brillante santé et affligé de vingt-trois ans.

Je me fis servir un excellent dîner, car il faut commencer par là dans un grand hôtel, ensuite j'allai me promener. Le soir, après avoir vu les cafés, les promenades, j'allai au théâtre, et je fus ravi d'aise en voyant Marine paraître sur la scène en danseuse grotesque et applaudie à l'envi. Elle le méritait, car elle dansait parfaitement ; elle était grande, belle, parfaitement formée et très-gracieuse. Je prends aussitôt la résolution de renouer avec elle si elle n'était pas engagée, et après l'opéra je me fis conduire chez elle. Elle venait de se mettre à table avec quelqu'un, mais dès qu'elle m'aperçut elle jeta sa serviette et courut m'embrasser; ce que je lui rendis, jugeant à ses caresses l'individu sans conséquence. Le domestique, sans se le laisser dire, se hâte de mettre un troisième couvert, «t Marine me prie de souper avec elle. Me sentant piqué |ue l'individu ne se fui point levé pour me saluer, avant d'accepter l'invitation de Marine, je lui demande qui était ce monsieur, en la priant de me présenter.

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