CHAPITRE n
— Ce monsieur, me dit-elle, est le comte Céli^ Romain, et mon. amant.
— Je t'en fais mon compliment, lui dis-je ; et me tournant vers le soi-disant comte : Monsieur, lui dis-je, ne prenez point notre tendresse en mauvaise part, car c'est ma fille.
— C'est une p
— C'est vrai, dit Marine, et tu peux l'en croire, car il est mon procureur.
A ces mots le brutal lui lance le couteau à la figure ; mais elle l'évita en se sauvant. Le butor la poursuit ; mais lui mettant la pointe de mon épée sur la poitrine : Arrête, lui dis-je, ou tu es mort I
Aussitôt j'ordonne à Marine de me faire éclairer ; mais, mettant vite son mantelet et s'accrochant à mon bras, elle me supplie de l'emmener. Volontiers, lui dis-je. Le prétendu comte m'invite alors à me trouver seul, le lendemain, à la Cassine de Pomi, pour entendre ce qu'il avait à me dire. A quatre heures après midi, lui dis-je. Je conduisis Marine à mon auberge, où je la as loger dans une chambre attenante à la mienne ; ensuite nous nous mîmes à table.
Marine, me voyant un peu pensif, me dit :
— £s-tu fâché que je me sois sauvée des fureurs de ce brutal?
— Non, au contraire, je t'en sais gré; mais dis-moi en détail ce que c'est que cet individu.
— C'est un joueur de profession qui se fait appeler comte Céli. J'ai fait sa connaissance ici. Il me ût des avances, il m'invita à souper, il fit une partie de jeu, et, ayant gagné une forte somme à un Anglais qu'il y avait attiré en lui disant que j'y. serais, il me donna cinquante guinées en me disant qu'il m'avait intéressée à la banque. A peine devenu mon amant, il a exigé que je fusse complaisante pour tous ceux qu'il voulait duper. Enfin il a fini par venir se loger avec moi. L'accueil que je t'ai fait lui a apparemment déplu. Tu sais le reste. Me voici, et j'y l<^erai jusqu'à mon départ pour Mantoue, où je suis en-
4S MEMOIRES DE CASASOVk.
gagëe comm« premiéPâ danseuse. Mon ilomsBtiqa» v* m'apporter ce dont j'ai besoin pour cette nuit, et denu^ je lui ordonnerai de m'apporter tout ce qui m'appartient. Ta na voivni nlus ce coquin. Je n9 veui être qu'à toi si tu lé, comms à Corfou, et si tu m'aimea «n-
chère Marine, je t'aime ; maia, ci tu es A e ce soit sans parta^.
i certainement. J'ai trois eenta seqnins, et irai demain sans autre condition que d'être
is besoin d'ai^nt, atjan» vaai. Ab toi que ins, c'est fibit; demain an smr nous serons
: peatrétre que tu te battras t N'en crois
: je connais l'homme, c'est un franc poltron.
}nir ma parole.
8 bien; mais il ne tiendra pas la sienne, et
lée.
de propos et parlant de nos connaissances,
elle s'était brouillée avec son frère, que sa
tatrice à Gênes, et qu'enfin BeDino -Thérèse
â Maples, où elle continuait & ruiner des
r par ces mots :
t, malheureuse? Tu es devenue belle, exise. Sois moins prodigue de tes faveurs, et ossl quelqu'un qui se chargera de faire ta
) mes faveurs, c'est difficile; car lorsque
is plus & moi : mais aussi, quand je n'aime
ais avoir bonne gr&ce. Enfin, mon ami, j«
e avec toi.
je ne suis pas riche, et mon honnear ne me
je t'entends.
i, au lieu d'un domestique, n'as-tu pas une
abreî
ÔHAPItRB It. 47
— Ta as raison, eala me ferait respecter un peu plas ; mais mon domestique est si adroit, si fidèle I
— Je devine tout ee qu'il est ; mais il ne te convient pas. La lendemain, aprôs avoir dîné avec elle, je la laissai h
sa toilette de théâtre ; et ayant mis dans mes poches ^ut ce que j^avais de précieux, je fis venir un fiacre, et je me rendis à la Cassine de Pomi. J'avais la confiance de mettre mon fripon hors de combat, et je renvoyai la voiture. Je sentais que je faisais une sottise d'exposer mes jours contre un pareil honmie, et que je pouvais lui manquer de paroles sans manquer à l'honneur; mais, dans le fait, j'avais envie de me battre, et, la raison me paraissant tout À fait de mon côté, la chose me semblait délicieuse. Une visite à une danseuse, un impudent, soi-disant homme de condition, qui l'outrage en ma présence, qui veut la tuer, qui se la laisse enlever à sa barbe, et qui, pour toute opposition, me donne un rendez-vous I II me semblait que si j'y avais manqué je lui aurais donné le droit de me feire passer pour lâche.
Le supposé comte n'étant pas encore au rendez-vous, je vais l'attendre dans un café voisin. J'y trouve un jeune Français, à la mine avenante, et je lui adresse la parole. Sa conversation me plaisant, je lui dis qu'à l'arrivée d'un individu que j'attendais, mon honneur voulait qu*il me trouvât seul, et qu'ainsi je le priais de disparaître à son approche. Un quart d'heure après je vois venir mon a^ta>' goniste, mais avec un second. A cette apparition, je dis au Français qu'il me ferait plaisir de rester ; ce qu'il accepta comme une partie de plaisir. Mon homme entre avec son acolyte, qui portait une rapière d'au moins quarante pouces, et dont l'air annonçait un vrai coupe-jarret. Je me lève, en disant d'un air seo au faquin :
— Vous m'aviez dit que vous viendriez seul.
— Mon ami n'est pas de trop, puisque je ne viens ici que pour vous parler.
— Si j'avais su cela, je ne me serais pas ineommodé. Mais point de bruit, et allons nous dire deux mots où B0U8 ne soyons vus de personne. Suivez-moi,
48 UÉMOmSS DE CASANOVA.
Je sors avec le Français, qui, connaissant l'endroit, me
. mène au lieu le plus favorable, et là nous noua arrêtons
nrair ftttfnrli-e les deux champions, qui venaient & pas
ant ensemble. Dès qu'ils furent & dix paa, je
e, disant & mon adversaire de se mettre en
rançais dégaine aussi, tenant son épée soua
intreuni ditCéli.
partir votre ami, et monsieur partira aussi ;
rs votre ami a une épée, ainsi nous sommes
ieux.
le Français, faisons partie carrée, le bats pas contre un danseur, dit le coupe-
mota mon second e'approcbe et, en lui disant r valait bien un jean-f...... il lui applique un
lup de plat d'épée. Je suis son exemple sur ule avec son confrère an disant qu'il ne vonlire un mot et qu'il se battrait ensuite.
a connaiflaez et je ne vous connais pas ; dites-
êtes.
i réponse, je recommence & taper d'impor-
Français de déployer la plus grande adresse
e genre sur le dos de l'autre ; mais nos deux
int mis à fuir à. toutes jambes, nous fûmes
Qgainer. Voilà le grand duel uni plus risible-
que Marine ne l'avait prédit.
I Français attendait du monde ; je le quittai
le venir souper avec moi après le théâtre. Je
im que je m'étais donné à la consigne, et
ogeais.
Marine en rentrant, et je lui conte comment
it passée. Je vais, me dit-elle, conter es soir
« bistoire & tout le tbéâtre. Ce qui me lait le
>laisir, ajouta la cbarmante fille, c'est que,
que ton second soit danseur, ce ne peut étro
ti, qui doit danser avec moi & Mantone.
ir remis dans ma malle mes bijous et mM