CHAPITRE XXU
vous offense : pardon ; car je suis au désespoir de vous avoir parlé de cela. Êtes-vous sûre que personne ne vous voie sortir du couvent?
— Vous en serez sûr vous-même quand vous verrez le tour de Tile et que vous observerez la petite porte qui donne sur la petite rive. J'ai la clef d'une chambre qui donne sur cette petite rive, et je suis sûre de la sœur converse qui me sert.
— Et la gondole?
— C'est mon amant qui pie répond de la fidélité des gondoliers.
— Quel homme que votre amant ! Je m'imagine qu'il est vieux.
— Vous vous trompez, et si cela était j'en serais honteuse. Il n'a pas quarante ans et il a tout pour être aimé, beauté, esprit, douceur de caractère, nobles procédés.
— , Et il vous pardonne des caprices ?
— Qu'appelez-vous caprices? Il y a un an qu'il s'est emparé de moi, et avant lui je n'avais jamais connu aucun homme, comme vous êtes le premier qui m'ait donné une fantaisie. Lorsque je lui en fis la confidence, il fut un peu étonné, puis il se mit à rire et me fit une courte remontrance sur le danger que je courais de me livrer à un indiscret. Il aurait désiré que je susse au moins qui vous êtes avant de pousser la chose plus loin ; mais c'était trop tard. Je lui répondis de vous, et naturellement je le fis iTLre de répondre si positivement de quelqu'un que je ne connaissais pas.
— Quand lui avez-vous tout confié?
— Avant-hier, et sans lui rien cacher. Je lui ai montré mes lettres et les vôtres, et il vous croit Français, quoique vous vous y donniez pour Vénitien. Il est fort curieux de savoir qui vous êtes; mais ne craignez rien : je vous promets de ne jamais faire la moindre démarche pour le savoir moi-même.
— Ni moi pour savoir quel est cet homme aussi rare que vous. Je suis désespéré quand je pense à Içi peine que Je vous ai faite.