II. u
— N'en parlons plus; car quand j'y pense, je vois qu'un fade seul aurait pu en agir autrement.
Avant de la quitter, j'obtins à la petite fenêtre un nouveau gage de sa tendresse, et elle m'accompagna du regard jusqu'à la porte.
Le soir, & l'heure convenue je me rendis au rendez-vous, et, suivant exactement ses instructions, je parvins dans un salon où je trouvai ma nouvelle conquête habillée en séculière avec la plus grande élégance. Le salon était éclairé par des girandoles dont la lumière était réfléchie par des glaces et par quatre superbes flambeaux placés sur une table avec des livres. Elle me parut une beauté tout à fait différente que lorsque je l'avais vue en religieuse. Elle était coiffée en cheveux avec un superbe chignon; mais je glissai là-dessus, tant l'idée d'une perruque m'offusquait, et je me serais bien gardé de lui en faire compliment. Je me jetai à ses genoux pour lui témoigner de ma vive reconnaissance, et je baisai avec transport ses belles mains en attendant la lutte amoureuse qui devait en être l'issue; mais M. M. crut devoir opposer de la résistance. Qu'ils sont charmants, ces refus d'une amante amoureuse qui ne retarde l'instant du bonheur que pour mieux en savourer les délices I En amant tendre, respectueux, mais hardi et entreprenant, certain de la victoire, je mêlais avec délicatesse la douceur des égards au feu qui me consumait; et, ravissant sur la plus belle bouche les baisers les plus ardents, je sentais mon âme prête à s'échapper. Nous passâmes deux heures dans ce combat préparatoire, à la fin duquel nous nous félicitâmes également, elle d'avoir su résister et moi d'avoir su modère, mon impatience.
Ayant besoin d'un instant de repos et nous entendant par instinct, elle me dit :
— Mon ami, j'ai un appétit qui promet de faire honneur au souper ; me promets-tu de me tenir tête ?
Me sentant homme à cela :
— Oui, lui dis-je,je te le promets; et tu jugeras ensuite si je me comporte envers l'Amour aussi bien qu'envers Comus.