CHAPITRE XXn
ii*en pouvant plus d'impatience, je détache une agrafe de brillants qui retenait son jabot. Lecteur, il est des sensations si vives et si douces, dont les ans peuvent à peine affaiblir le souvenir et que le temps ne détruit jamais I Ma bouche avait déjà couvert de baisers cette gorge enchanteresse; mais le corset importun ne m*avait pas permis d*admirer toute sa perfection. Je la sentais alors libre de toute gêne et de tout soutien inutile : je n*ai jamais rien vu, rien touché de plus beau ; et les deux globes admirables de la Vénus de Médicis, eussent-ils été animés par Tétincelle de Prométhée, auraient pâli devant ceux de ma divine nonne.
Je brûlais de désirs, et je me disposais à les satisfaire quand cette femme enchanteresse me calma d*un seul mot :
— Attendons après souper.
Je sonne, elle frémit.
— Calme-toi, mon amie. Je lui montre alors le secret ;
— Tu pourras dire à ton amant que personne ne t'aura vue.
— Il admirera ton attention, et il devinera que tu n'es pas no.vice dans l'art de plaire. Mais il est évident que je ne suis pas la seule qui jouis avec toi des délices de ce charmant séjour.
— Tu as tort ; crois-m'en sur ma parole : tu es la première femme que j'y aie vue. Tu n'es pas, femme adorable, ma première passion, mais tu seras ma dernière.
— Je serai heureuse si tu es constant. Mon amant l'est : il est doux, bon et aimable ; cependant, avec lui, mon cœur a to^jours été vide.
— Le sien doit l'être aussi; car, si son amour était de la nature du mien, jamais tu n^aurais fait mon bonheur.
— n m*aime comme je t*aime ; et crois-tu que je Vaimef
— J'aime à le croire ; mais tu ne me laisserais pas...
— Tais-toi; car je sens que, pourvu que tu ne me laissasses rien ignorer, je pourrais tout te pardonner. La
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joie que jMprouve en ce moment tient plos de Tespérance que j*ai de ne te laisser rien À désirer qne de ridée que je vais passer avec toi une nuit délicieose. Elle sera la première de ma vie.
— Gomment! tu n'en as jamais passé avec ton unantt
— Plusieurs; mais Tamitié, la complaisance, et la reconnaissance peut-être, en firent tous les û^ais : TesseQliel, Tamour, manquait an rendez-vous. Malgré cela mon amant te ressemble ; il a Tesprit enjoué, monté à Tinstar (lu tien ; et, sous les rapports de la figure, il est fort bien ; cependant ce n*est pas toi. Je le crois aussi plus riche que toi, quoique ce casino mlnduise à juger le contraire; mais qne fait la richesse à Tamour ? Et ne va pas ^imaginer que je te reconnaisse moins de mérite qu*à. lui parce que tu te crois incapable de Théroïsme de me permettre une absence; au contraire, je sais que tu ne m*aimerais pas comme je suis ravie que tu m'aimes, si tu me disais que tu pourrais avoir pour une de mes fantaisies la même indol* gence que lui.
— Sera-t-il curieux des particularités de cette nuitt
— Il croira me faire plaisir en m en demandant des nouvelles, et je lui dirai tout, excepté les circonstances qui pourraient Thumilier.
Après le souper, qu'elle trouva délicieux, elle fit du punch, et elle s'j entendait ; mais, sentant mon impatience s'accroître :
— Réfléchis, lui dijs-je, que nous n'avons que sept heures devant nous, et que nous serions dupes de les passer
— Tu raisonnes mieux que Socrate, me dit-elle, et ton éloquence me persuade : viens. Elle me mène dans le gar lant cabinet de toilette, où je lui fis présent du beau bonnet en la priant de se coiffer en femme. Elle le prit avec joie, et me pria d'aller me déshabiller dans le salon« mo promettant de m*appeler dès qu'elle serait couchée»
Je n'attendis pas longtemps; car, quand le plaisir est de la partie, la besogne se fait vite. Je tombais dans ses bras ivre d'amour et de bonheur, et pendant sept heures