‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 198 sur 235 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

Saite da précédent chapitre. —^ Visite au parloir et conversation avee M. M. — Lettre qu'elle m'écrit et ma réponse* — Noûyelle entrevue au eaaino de Muran en présence de son amant.

Ainsi que je le lui avais promis, j'allai la voir le surlendemain ; mais aussitôt qu'elle fut au parloir, elle me dit que son amant s'était fait annoncer, qu'elle l'attendait à chaque instant, et qu'elle espérait me revoir le lendemain. Je pars. Auprès du pont, je vois un masque mal masqué sortir d'une gondole. Je regarde le barcarol, et je le reconnais pour être au service de l'ambassadeur de France. C'est lui, me dis-je. Et, sans faire semblant de l'observer, je le vois entrer au couvent : plus de doute ; et je pars

pour Venise, charmé d'avoir fait cette découverte; mais je me détermine à n'en rien dire à mon amante.

Je la vis le lendemain, et voici la conversation que nons eûmes ensemble. — Mon ami, me dit-elle, vint hier pour prendre congé jusqu*aux fêtes de la Noôl. Il va à Padoue, mais tout est disposé pour que nous puissions souper t son casino quand Tenvie nous en prendra.

— Et pourquoi pas À Venise t

— n m*a priée de ne pas j aller pendant son absence. C'est un homme sage et prudent; je n*ai pas dû le lui refuser.

— A la bonne heure. Quand souperons-nous ensemble!

— Dimanche, si tu veux.

-— Si je le veux n'est pas le mot, car je veux toujours. Dimanche donc je m'y rendrai sur la brune, et je t'attendrai en lisant. As-tu dit à ton ami que tu n'as pas été mal à mon petit palais ?

^ Tout, il sait tout; mais, mon cœur, une chose l'inquiète : il craint le fatal en^bonpoint.

— Je veux mourir si j'y ai pensé. Mais, ma chère, ne cours-tu pas le même risque avec lui?

— Non, c'est impossible.

— Jet'entends.Ilfaudradoncquenoussojons bien sages à l'avenir. Je pense que neuf jour^ avant Noèl il n'y a plus de masques, et qu'alors je serai obligé d'aller à ton casino par eau, car autrement je pourrais facilement être reconnu par le même espion qui m'a déjà suivi.

— Oui; c'est une idée fort sage, et je te ferai facilement reconnaître la rive. J'espère que tu pourras aussi y venir pendant le carême, quoiqu'on dise que Dieu veut qu'alors nous mortifiions nos sens. N'est-il pas plaisant qu'il y ait un temps où Dieu veuille que nous nous amusions comme des fous, et un autre où pour lui plaire il faille que nous vivions dans l'abstinence? Qu'est-ce qu'un anniversaire peut avoir de commun avec la Divinité, et comment l'action de la créature peut-elle agir sur le Créateur, que ma raison ne peut concevoir qu'indépendant? Il me semble que si Dieu avait créé l'homme capable de l'offenser, l'homme

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