CHAPITRE xxm
doates pas^ je Tespère, de mon tendre amonrje veux me mettre en repos et risquer le tout pour le tout. Sache donc^ mon cher ami, que le dernier jour de Tan mon amant sera au casino et qu*il n*en partira que le lendemain matin. Tu ne le verras pas, et il nous verra. Comme tu es censé n^en rien savoir, tu sens combien tu dois être naturel en tout ; car, si tu ne Tétais pas, il pourrait concevoir le soupçon que j*ai trahi le secret. La chose sur laquelle tu dois t'observer senties propos. Mon ami a toutes les vertus excepté la vertu théologale qu'on appelle /bf , et sur cette matière tu auras le champ libre. Tu pourras parler littérature, voyages, politique, tant que tu voudras, ne point te gêner sur les anecdotes, sûr d'avoir son approbation.
•» Maintenant, mon ami, il ne me reste plus qu'une chose à te dire : es-tu d'humeur de te laisser voir par un homme dans les moments où tu te livres à la plus douce volupté des sensf Cette incertitude fait maintenant mon tourment, et je te demande en grâce un oui ou un non. Comprendstu ce que ma crainte a de pénible? Sens-tu la difficulté que je dois avoir eue à me déterminer à cette démarche? Je m'attends à ne pas fermer l'œil la nuit prochaine, car je n'aurai de repos qu'après que j'aurai vu ta réponse. Dans le cas où tu ne croirais pas pouvoir te montrer tendre en présence d'un tiers, et surtout d'un inconnu, je prendrai le parti que l'amour me suggérera. J'espère cependant que tu viendras ; car quand bien même tu ne jouerais pas le rôle d'amoureux en maître, cela ne tirerait point à conséquence. Je lui laisserai croire que ton amour n'est plus a son apogée. *•
Cette lettre me surprit ; mats, toute réflexion faite, trouvant mon rôle plus beau que celui que l'amant se proposait, j'en ris de bon cœur. J'aVoue pourtant que la chose ne m'aurait pas fait rire si je n'avais connu la trempe de l'individu que je devais avoir pour témoin. Sachant mon amie très-inquiète et voulant la tranquilliser, je lui écrivis de suite en ces termes :
« Tu veux, femme divine, que je te réponde oui ou non; et moi, plein d'amour pour toi, je veux que ma réponse te
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paryienne Avant midi afin que ta dînes sans la inoindre inquiétude.
• Je passerai la nuit du dernier jour de Tan avee toi, et je t*assure que Tami, auquel nous donnerons un spectacle digne de t'aphos et d^Amathonte, ne verra et n'entendra rien qui puisse lui iaire conjecturer que je suis dépositaire de son secret ; et sois certaine que je jouerai mon rôle non en simple aniateur, maison maître. Si le devoir de Thomme est d être toujours esclave de sa raison ; si, tant qu*il dépend de lui, il ne doit rien se permettre sans la prendre pour guide, je ne pourrai jamais comprendre qu'an homme puisse avoir honte de se montrer à un ami dans un moment où la nature et Tamour le favorisent égale-
inent.
m Je t*avouerai cependant que tu aurais mal £ait de me confier le secret la première fois, et que sans cloute, je me serais refusé à te donner cette marque de complaisance; non que je t^aimasse moins alors que je lofais aigourd'hui: mais il j a des goûts si bizarres dans la nature, que j'aurais pu m'imaginer que le goût dominant de ton ama&t était de jouir de la vue des jouissances d'un couple ardent et efiréné dans le plus doux des rapprochements : et alors, concevant de toi une idée désavantageuse, le dépit aurait pu glacer Tamour que tu m'as inspiré et qui ne faisait que de naître. Aujourd'hui, ma charmante amie, le cas estt)ien différent ; car je sais tout ce que je possède, dt, tout ce que tu m'as dit de ton ami m'ayant bien fait connaître son caractère, je l'aime et je le crois mon ami. Si un sentiment de pudeur ne t'empêche pas de te laisser voir de lui tendre, amoureuse et ardente avec moi, comment pourrais-je être honteux moi-même, quand tout au contraire doit m'enorgueillirîJe nepuis, ma déesse, ni rougir d'avoir fait ta conquête, ni avoir honte de me montrer danià ces instants, où je fais preuve de la libéralité avec laquelle la nature m'a départi la forme et les forces qui m'assurent de si vives jouissances et la certitude de les faire partager à la femme que j'adore. Je sais que, par un sentiment qu'on appelle naturel et qui n'est peut-être qu*un produit de la