‹ Mémoires de Jacques Casanova de SeingaltChapitre 203 sur 235 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Je donne nonportnh à M. M. — Présent qa'elle me Alt. — Je tais à 1*0péra arec elle. — Elle joae, me remet en fonds. ^ Conversation philosophique avee M. M. — Lettre de G. C. —Elle sait tout. - Bal au monastère ; mes exploite en Pierrot. — C* C. ^ient au caaino au lieu de M. M» — Sotte nuit que je passe avec elle.

Ma chère M. M. m*avait témoigné le désir d^avoir mon portrait dans le genre de celui de C. C, mais plus grand, pour le porter en médaillon. Il devait être recouvert du portrait de quelque saint ou sainte et muni d'un ressort imperceptible pour iaire sauter le couvercle et mettre le portrait en évidence. Voulant lui tenir parole, je me rendis chez le peintre qui m'avait &it ma première miniature, et, en trois séances, j*eus ce que je désirais. Le même peintre me fit une Annonciation, où Fange Gabriel était translormé en un brunetet la sainte Vierge en une belle femme blonde qui lui tendait les bras. Le fameux peintre Mengs imita cette idée dans TAnnonciation qu'il peignit à Madrid douze ans après ; mais j'ignore s'il avait les mêmes raisons que mon peintre. Cette allégorie était exactement de la même grandeur que mon portrait, et l'orfèvre qui fit le médaillon la plaça de manière que personne ne pouvait soupçonner que l'image sacrée ne fût là que pour servir d*écrin à une figure profane.

Le lendemain du jour de Tan 1754, avant d*aller au casino, je passai chez Laure pour lui remettre une lettre pour C. C. et en recevoir une quime fitrire. Ma religieuse avait initié cette jeune personne, non-seulement dans les mystères de Sapho, mais aussi dans la haute métaphysique, car G. C. était devenue un esprit fort. Elle me di sait que, ne voulant point rendre compte de ses affaires à son conièsseur, et ne voulant point lui dire des faussetés elle ne lui disait plus rien. — Il m'a dit, s^outa-t-elle, qu« je ne loi coniassais rien, parce que je n'examinais peut-

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être pas bien ma conscience ; et je lui ai répondu qne |e n'arais rien à lai dire, mais que, s'il le tronYait bon, je ferais quelques péct|Al t^t «f fftfS aftt de lui dire quelque cliose.

Je trouvai la répli<}ue d^nn sophiste consommé et j'en ris tout & mon aise.

Je reçus le même jour dd mon adorable nonne la lettfo que Toici :

« Je t'écris de mon lit, mon cher brunet, car il m*est impossible de rester debout, me sentant presque moulue. Pourtant je ne m*eii iqquiôte point ; car cela sa passera avec du repos, puisq^o je mange bien et que ja dors 4 merveille. Tu m*as mis du baume dans le sang en m'apr prenant que Te^fusion du tien n*a eu aucune suite fâcheuse» et je te préviens que je m'en apereevrai à Venise le jour des Rois, si pourtant tu le veux ; c'est bien entendu et tu me le feras savoir. En cas que tu te rendes ft mes voaux, mon cher cœur, je désire que nous allions à TOpéra. Au reste, souviens-toi bien que je te défends les blancs dœufs à tout jamais; car je veux un peu moins de jouissance et plus de sécurité pour ta santé. A Tavenir, quand tu iras au casino de Muran, tu demanderas s'il j a quelqu*un, et, si Ton te répond affirmativement, tu t*en ii^; mon ami en agira de môme. Pe cette manière vous ne courrez pas la hasard de vous rencontrer; mais cela doit durer peu, si tu veux, car mon ami t'aime à la folie» et il désire ardemment de faire ta connaissance. Il m'a dit qu'il n'aurait jamais cru, s'il ne l'avait vu, qu'un homme pût fournir la carrière que tu ^ parcourue sous ses yeux; mais il prétend qu'en faisant l'amour de cette manière, tu déâos la mort; car il assure que le sang que tu as répandu doit partir de ton cerveau. Mais que dira-t-jl quand il saura que tu t'en moques! Je vais te faire rire : il veut manger de la salade au^ blancs d'œufs, et je dois te prier de me donner de ton vinaigre; car il dit qu'on n'en trouva pas à. Venise. Il m'a dit qu'il a passé une nuit délicieuse, malgré, la crainte qu'il avait eue des suites de nos ébats ; car il atrouvé mes efforts supérieurs & la délicatesse de mon sexo.

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